La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une paire de vases en bayeux
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Quand Bayeux était sous l’emprise du Japon
Au menu d’une vente pascale, ces porcelaines réalisées en Basse-Normandie aiguiseront l’appétit des collectionneurs. Gros plan sur deux vases en bayeux.
Adjugé 15 000 €.
Bayeux, période Joachim Langlois (1812-1830), paire de vases à col, porcelaine à décor
polychrome à "l’arbre de vie", marque au caducée en bleu, H. 48,3 cm.
Bayeux, dimanche 8 avril 2007.
Bayeux Enchères SVV.
La découverte d’un gisement de kaolin aux Pieux, village proche de Cherbourg dans le Cotentin, suscite, à la fin du XVIIIe siècle, la création de quatre manufactures de porcelaine : Valognes (1792-1812), Caen (1797-1814), Isigny (1839-1845) et, surtout, Bayeux (1812-1951). Un passionné de leurs réalisations artistiques, le bâtonnier Jean-Claude Delauney, les a rassemblées avec ferveur durant cinquante ans. Aujourd’hui, cent soixante-dix d’entre elles sont présentées aux enchères, offrant un panorama incomparable de l’histoire porcelainière en Basse-Normandie. Ainsi, une cinquantaine de pièces illustrent d’abord la rare et méconnue production de Caen, les bombardements en 1944 ayant détruit quantité d’objets. Monogrammée et proposée avec son présentoir, une extraordinaire soupière s’avère sans doute par ses dimensions la plus grande pièce répertoriée de cette manufacture. D’autres porcelaines arborent des personnages mythologiques, des papillons et des insectes au naturel. Les fresques "à la Salambier" viennent aussi compléter le répertoire iconographique caennais, qui toujours souligne la finesse des créations.
La fabrique de Valognes, le "Versailles normand" du XVIIIe siècle, se distingue quant à elle par son élégance, comme en témoignent une trentaine de pièces. Après dix-neuf années de prospérité, Valognes dépose son bilan, en 1812. Joachim Langlois, qui y avait lancé la production de luxe, s’installe alors à Bayeux et établit la même année une manufacture dans l’ancien couvent des Bénédictines. Comme Delft au début du XVIIIe, Bayeux va développer une production aux motifs décoratifs inspirés de l’Extrême-Orient. Si l’influence des porcelaines des Compagnies des Indes est indéniable, on ne peut parler de copies. Les ornements sont en effet interprétés avec un sens décoratif très sûr. Joachim Langlois, formé à la manufacture de Sèvres, se révèle administrateur habile, bon financier et remarquable technicien. La pâte employée est d’excellente qualité, de bonne épaisseur, et présente un rare reflet bleuté. D’ailleurs, une visite de l’impératrice Marie-Louise, en 1813, vaut à Bayeux le titre de Manufacture impériale et royale de Sa Majesté. Langlois ouvre aussi un dépôt à Paris, faubourg Saint-Martin, la porcelaine bayeusaine est vendue dans toute la France, mais aussi en Europe, en Russie et en Amérique...
Aidé de son fils, Frédéric, et de ses deux filles, Jenny et Sophie, Joachim Langlois crée, entre 1820 et 1830, le décor qui fera le prestige de Bayeux, jusqu’à sa fermeture au milieu du XXe. Inspirés de la porcelaine anglaise de Chelsea et de Minton, ses motifs font aussi référence à l’Extrême-Orient, comme nos superbes vases travaillés en trois couleurs, bleu, rouge et or. Celles-ci rappellent la gamme des porcelaines japonaises dites "imari". Le décor «à l’arbre de vie», qu’animent dragons et perroquets polychromes, est encore une adaptation très libre des thèmes peints sur les porcelaines extrêmes orientales. Dernier atout, et non des moindres, de nos objets : leurs marques au caducée bleu, caractéristique de la période Langlois, sont parfaitement dessinées. Bref, de quoi éveiller aussi la passion de nouveaux collectionneurs !
Chantal Humbert