La Gazette Drouot
Coup de coeur - Un uniforme militaire d'époque Louis-Philippe
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Qu’il est beau ce militaire !
À la vue de cette collection, personne n’ose plus les trouver uniformes.
Pour applaudir la revue, allons à Drouot. Visite guidée.

Adjugé 2000 euros sans les frais.
France, époque Louis-Philippe.
Dolman du 8e hussards, premier modèle, 1840.
Drap blanc, tresses mêlées et parements ;
boutons grelots et demi-grelots en laiton,
garni à l’intérieur de toile écrue ; ceinture en maroquin fauve.
Paris, jeudi 8 mars 2007, salle 8.
Ader SVV. M. Dey.

Les sabots des chevaux résonnent sur les pavés, la ville vient applaudir ses militaires. Une persienne s’entrouvre, Mathilde admire au passage un bel officier, avantageusement sanglé dans son uniforme à épaulettes et boutons dorés. Un échange de regards et la belle est conquise...
La scène a fait rêver les lecteurs de Lucien Leuwen et chavirer les coeurs des admiratrices de Gérard Philipe dans Les Grandes Manoeuvres. Elle aurait pu se passer un peu partout au XIXe siècle, époque bénie pour les amoureux de l’uniforme. Auparavant, il a fallu attendre les réformes de Louvois pour que l’État prenne à son compte l’habillement des soldats, fort peu différent des tenues de ville. Jusque-là, seuls les gardes du roi portaient un uniforme, équivalent d’une livrée domestique, dont les couleurs doivent indiquer au premier regard la fonction de celui qui porte cette tenue. Le vêtement militaire est peu pratique, manches trop larges, basques trop longues, bicornes ou tricornes peu pratiques pour ajuster le tir... Dans le feu de l’action, il faut reconnaître ses troupes en un clin d’oeil. Les uniformes vont se différencier : chaque corps, chaque grade – du maréchal au trompette – possède sa tenue réglementaire. Pour ne pas se tromper d’ennemis, la couleur principale de l’armée nationale est le rouge pour les Anglais, le vert pour les Russes, le gris blanc pour la France, hélas aussi adopté par les Autrichiens. Les basques rétrécissent et s’agrafent sur le côté pour faciliter la marche. Les coiffures adoptent des formes plus ou moins tronconiques, s’ornent de plumes ou de fourrure – indissociable de la figure du "grognard" de l’Empire. Les lanciers de toutes les armées d’Europe portent un habit à la polonaise, avec les caractéristiques schapska (coiffe à pavillon carré) et kurtka (veste aux basques rejetées en arrière et aux retroussis latéraux). Les hussards ne manquent pas de séduire dans leur uniforme à la hongroise, avec dolman à brandebourgs, pelisse retenue sur l’épaule gauche bordée de fourrure. Une culotte très collante, des bottes courtes et – au choix – un bonnet à flamme en drap, un mirliton (coiffure en forme de tube autour duquel s’enroulent des flammes d’étoffe), un colback (toque de fourrure) ou un simple shako placent, haut la main, le hussard vainqueur de l’élégance militaire. Notre très seyant dolman du 8e hussards, en drap blanc à parements bleus pour les manches, écarlate et noir pour le col et le dos, fut-il jugé insuffisamment martial ? Après un an de service, il est remplacé par un modèle bleu ciel à tresses jaune d’or. Uniforme, peut-être, mais avec quel panache !
Anne Foster
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp