La Gazette Drouot
Une paire de portraits
EN RÉGIONS / Ainsi font, font, font...

Provenant de la célèbre collection du ventriloque Jacques Courtois, les marionnettes feront plus que trois p'tits tours à Chartres, pour la plus grande joie des amateurs.

Leur nom - diminutif de Marion ou " petite Marie " - désigne à l'origine une figurine articulée de la Vierge Marie. Après une fonction religieuse, les marionnettes envahissent les foires et les marchés, puis animent des spectacles populaires. Propageant au XIXe siècle Guignol et ses compères, elles tirent leur succès de moqueries et de parodies. Expressives, amusantes, elles enchantent tout en s'accordant aux répliques à l'emportepièce de la satire. Avec humour, elles caricaturent la société contemporaine, raillent aussi les autorités comme le font, dans la seconde moitié du XXe siècle, le Bébête Show et les Guignols de l'info. Ces deux créations télévisées doivent beaucoup à Jacques Courtois. Né à Calais - une région marquée par la tradition des géants -, il débute sa carrière comme illusionniste dans des cabarets de la Rive-Gauche, où il fait rire le public à gorge déployée. Grâce à ses interventions dans l'émission 36 chandelles de Jean Nohain, il devient le ventriloque français le plus connu. À l'image de Maigret, il fait de la pipe son accessoire favori, fumant avec plaisir durant son numéro. Passionné d'automates, Jacques Courtois crée aussi divers personnages animés, grâce à la complicité de Michel Bertrand, dernier grand ouvrier de la maison JAF. Le plus populaire est sans conteste le facétieux Omer. La marionnette, très élaborée, est même munie d'un système de poire lui permettant de faire pipi... Jacques Courtois l'emporte avec lui au restaurant, où il réclame même son couvert. Notre modèle, destiné à la télévision, est proposé dans une valise de transport, accompagné de divers ustensiles. Jacques Courtois donne rapidement une famille au pantin espiègle. Il crée le chien Hercule, le Canard et bien sûr Catherine, une adorable fillette : en chantant, elle fait tomber ingénument sa petite culotte devant les caméras ! Producteur de ses propres émissions - comme Et avec les oreilles ? Que savez-vous faire -, il anime aussi les arbres de Noël des présidents de la République, de René Coty à Valéry Giscard d'Estaing. Familier des grands fabricants d'automates, Jacques Courtois les collectionne durant vingtcinq ans avec passion. Il se met en quête de leur histoire, de leurs inventeurs, qu'il nomme " automaticiens ". Mais, le 23 octobre 1977, l'artiste de music-hall désormais boudé du public décide de les disperser, à Chartres déjà. Le score le plus élevé, 100 000 francs, s'inscrivait sur une Charmeuse de serpent, un chef-d'oeuvre de la maison Descamps adjugé au grand collectionneur Jacques Damiot. Grâce au succès de cette vacation qui fait date sur le marché de l'art, il part en Asie du Sud et s'installe un temps dans une île des Maldives, où il crée un centre de plongée sous-marine. Aujourd'hui, âgé de 86 ans, il réside en Thaïlande et vient d'adopter une petite fille abandonnée à sa porte. Le produit des automates, estimés de 2 500 € à 4 000 €, et des boîtes à musique (3 000 à 10 000 €) va lui permettre de l'élever. Les enchères feront donc à nouveau danser les petites marionnettes pour le plus grand bonheur d'une fillette !

portraits

Création de Jacques Courtois, avec la complicité de Michel Bertrand, Omer. Le célèbre espiègle, tête en carton, corps souple en tissu et divers, mains en caoutchouc, nombreuses animations, h. 85 cm, avec sa valise de transport et divers accessoires.

QUAND ?
Dimanche 7 décembre 2014

OÙ ?
Chartres. Galerie de Chartres SVV. M. Lambotte.

COMBIEN ?
Estimation : 2 500/4 000 €

détail
La Gazette Drouot n° 41 du vendredi 28 novembre 2014 - Chantal Humbert


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