La Gazette Drouot
Des dessins de Hélène Guinepied
Hélène Guinepied, une redécouverte

Largement oubliée, cette artiste semble promise à la reconnaissance autant pour son travail que pour ses théories, touchant aussi bien à l’enseignement du dessin qu’aux arts décoratifs.

Confidentiel, vous avez dit confidentiel ? Le nom d’Hélène Guinepied est aussi bien absent de l’auguste Bénézit que du plus “trendy” index d’Artprice, recensant pas moins de 535 920 artistes. Côté ventes aux enchères, aucun résultat n’est répertorié sur les sites dédiés, le dossier institutionnel se révélant tout aussi succinct, pas une de ses oeuvres n’ayant apparemment été exposée depuis son décès, en 1937, à l’exception d’un tableau montré au palais ducal de Nevers en 1999, pour l’exposition “Métiers d’hier en nivernais”. Cette Porteuse d’eau appartient au musée municipal Frédéric Blandin de la ville, consacré à la faïence et qui vient de rouvrir ses portes. Cette institution conserve également deux gouaches de l’artiste, dont un carton de tapisserie de 1921 intitulé L’Hiver. Alors, Hélène Guinepied serait-elle définitivement oubliée ? Eh bien, non. Une femme, Sophie Mouchet, s’est passionnée pour elle, au point de lui consacrer un ouvrage, Hélène Guinepied, artiste peintre, publié en 2011 et dont une nouvelle édition est à paraître pas plus tard qu’au cours de ce mois de novembre. Signalons un site Internet (www.heleneguinepied.fr) et, surtout, que l’auteur s’est également attelée à la rédaction du catalogue raisonné de l’artiste. Y figureront les dix-sept dessins proposés dans cette vente offrant la possibilité de découvrir à Drouot l’oeuvre d’une artiste marquée par le japonisme et les exemples de Van Gogh, de l’école de Pont-Aven et des Nabis. Entrée aux Beaux-Arts à Paris en 1909, Hélène Guinepied travaille d’abord à l’huile dans une veine impressionniste pimentée de l’apport coloré des fauvistes. Le tableau conservé à Nevers a été présenté au Salon des artistes français de 1911, année où la jeune femme participe également au Salon des indépendants. En 1917, elle abandonne pratiquement la peinture au profit de l’encre, de la gouache et de l’aquarelle. Parallèlement, elle s’engage dans un processus de synthétisation des formes, qui va aboutir à partir de 1920 au style qui la caractérise, marqué par des motifs cernés à l’encre noire dans lesquels la couleur se répète en aplats identiques. Née dans la Nièvre, elle retournera en Bourgogne, dans l’Yonne, où sa famille possède le château de Saint-Moré. La nature est sa grande inspiratrice, l’univers aquatique tenant une place importante. Notre artiste va également s’intéresser à l’enseignement du dessin. En 1917, elle a pour élève la soeur de Gaston Chaissac, ce dernier lui attribuant sa vocation artistique. Hélène Guinepied a mis au point une technique d’apprentissage destinée aux enfants, la méthode du “dessin libre à grande échelle”. Entre 1920 et 1930, elle va également créer à Saint-Moré les “ateliers villageois”, où elle forme les jeunes filles des environs à la broderie et à la tapisserie. Le caractère très art déco des productions de ces ateliers d’arts appliqués leurs valent dès 1921 d’être présents au Salon des artistes décorateurs. Là encore, elle valorise la liberté de création. À Saint-Moré, cette femme exposera également ses théories progressistes au jeune Jean Dubuffet. Une artiste influente !

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Hélène Guinepied (1883-1937), Bouleaux, encre, gouache et gouache aquarellée,
31,5 x 20 cm


QUAND ?

Jeudi 7 novembre 2013

OÙ ?
Salle 9 – Drouot-Richelieu.
Ader SVV. M. Eyraud.

COMBIEN ?
Estimation : 800/1 000 euros

detail

Hélène Guinepied (1883-1937),
La Carpe à l’oeil jaune, encre, gouache et gouache aquarellée,
23 x 15 cm (détail).

Estimation : 1 000/1 200 euros

La Gazette Drouot n° 37 -1er novembre 2013 - Sylvain Alliod


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