La Gazette Drouot
Une toile de Pierre Bodo
EN RÉGIONS / Couleurs africaines

Pierre Bodo mènera prochainement une belle sélection d’artistes africains. L’occasion d’un voyage dans l’oeuvre d’un peintre enfin reconnu, tout comme ses compatriotes

Notre regard sur la peinture contemporaine africaine a changé. Enfin. Plusieurs événements majeurs expliquent l’attention de plus en plus soutenue à l’endroit de ses artistes. De l’historique exposition «Les magiciens de la terre» au Centre Pompidou en 1989, à celle de 2015 à la fondation Cartier, «Beauté Congo», en passant par l’invitation à la Biennale de Venise du Ghanéen El Anatsui, en 1990, et la rétrospective consacrée au Soudanais Ibrahim El-Salahi à la Tate Modern à Londres en 2013... de nombreuses étapes ont été franchies dans le sens d’une reconnaissance internationale. Après les précurseurs des années 1930-1940, les générations suivantes d’artistes africains élaboreront un art original, s’affranchissant des dogmes occidentaux. La République démocratique du Congo donna alors naissance à de nombreux peintres autodidactes, parmi lesquels Chéri Samba, Chéri Chérin, Moké ou Pierre Bodo. Autant de noms célèbres présents au sommaire de cette vente lyonnaise, auxquels on peut ajouter ceux des Nigérians Kolade Oshinowo et Nyemike Onwuka et du Ghanéen Ablade Glover. Tous nos peintres congolais sont marqués par un art figuratif et populaire, fortement axé sur le combat social. Décédé brutalement le 11 mars 2015, à l’âge de 61 ans, Pierre Bodo est né à Mandu, au Bas-Congo, avant de s’installer à 17 ans à Kinshasa.
Il se lance alors dans la peinture, débutant dans la publicité avant de s’attaquer à des oeuvres plus ambitieuses. Il ouvre son premier atelier dans la capitale en 1972.
Il participera en 1978 à l’exposition «Art partout», organisée à Kinshasa afin de révéler au grand public ces artistes vivants désireux de montrer la vie quotidienne, l’actualité politique et mondiale à travers une peinture figurative et narrative. Comme pour beaucoup de ses collègues, la bande dessinée a fortement inspiré sa manière de peindre. Pierre Bodo veut «peindre pour un monde meilleur». Fortement engagé dans la vie comme dans son art, il aborde dans les années 1980 le thème de la sorcellerie, exhortant ses compatriotes à l’abandonner à une époque où les malades du sida, et même certains enfants, sont écartés de leurs familles et accusés de porter malheur. Bodo deviendra lui-même pasteur pentecôtiste et participera à des actions humanitaires en faveur des jeunes défavorisés. Les années 1990 voient son ouverture au monde. «Je veux faire sortir tout ce qui m’arrive, de façon à ne plus me fixer sur des sujets spécifiquement africains, afin de m’adresser au monde entier», affirma-t-il. Ses oeuvres se peuplent alors de personnages fantastiques, anthropomorphes d’un temps nouveau sortis de ses rêves.
Celui que l’on surnomme le «Bosch africain» offre une vision du monde fourmillant de détails surréalistes, à l’image de notre toile signée du monogramme, datée et annotée en bas à droite «art bodo 2016», directement acquise auprès de l’artiste par l’actuel propriétaire. Bienvenue à Paris, ville futuriste en pleine effervescence, chacun allant et venant dans des véhicules étonnants, liés à la société de consommation ou à une nature en quête de liberté... le tout sous l’oeil inquisiteur de la tour Eiffel.

bodo

Pierre Bodo (1953-2015),
Paris ville d’or, 2013,
huile sur toile, 114,5 x 180 cm.

QUAND ?
Jeudi 7 avril 2016


OÙ ?
Lyon. Conan Hôtel d’Ainay SVV. M. Aka

COMBIEN ?
Estimation 4 000/6 000 euros

La Gazette Drouot n° 13 du vendredi 1er avril 2016- Caroline Legrand


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