La Gazette Drouot
Femme du Fouta Djallon
Retour au sommaire
Beauté noire
Treize faïences créées pour l’Exposition coloniale de 1931 vont faire l’évènement
en Bretagne. Parmi elles, cette sculpture d’Anna Quinquaud. Présentations.

Adjugé 21 000 € sans frais.
Anna Quinquaud (1890-1984),
Femme du Fouta Djallon, buste en grès rehaussé d’or
et d’argent, signé, Quimper, manufacture de la Hubaudière,
1930, 41 cm.
Morlaix, dimanche 6 décembre 2009.
Oriot - Dupont SVV.
M. Pasquiou.

Le 27 juin 1931, L’Illustration consacre un numéro spécial à l’Exposition coloniale de Vincennes.
En couverture : un buste signé Anna Quinquaud, la terre cuite ayant servi de modèle à la manufacture HB de Quimper pour ses grès.
Pas moins de trente-trois millions de visiteurs franchiront en six mois la porte Daumesnil, et découvriront les architectures des territoires d’Outre-mer reconstituées sur quelque cent vingt hectares. Essayons un instant d’imaginer ce spectacle grandiose – et totalement insolite – fascinant au-delà des superlatifs employés à l’époque... Il faut bien le reconnaître, il s’agit d’une grand-messe célébrée à la gloire de l’Empire colonial français. Le but, ici, n’est pas de récrire l’histoire controversée de la colonisation, mais d’admirer les prouesses artistiques des artistes qui y participèrent.
Deux ensembles dominent cette exceptionnelle manifestation, les pavillons de l’Afrique Occidentale française, et le temple d’Angkor Vat, reconstruit à l’identique. Une place importante est réservée aux productions nationales, groupées dans le grand bâtiment des sections métropolitaines. C’est là, dans l’espace "Céramiques, vitraux et verreries", que les Établissements Jules Henriot et la Grande Maison HB exposent leurs créations. Les deux faïenceries de Quimper sont bien sûr concurrentes et c’est à celle qui fera preuve de la plus étourdissante inventivité. Elles choisissent d’oublier pour un temps la tradition bretonne, qui fait leur célébrité, et de s’ouvrir à un exotisme novateur et à la mode. Elles engagent de nouveaux artistes sculpteurs dont le travail est marqué par l’africanisme, notamment Gaston Broquet, Émile Monier, Roger Nivelt et Anna Quinquaud. La fascination de cette dernière pour l’Afrique n’est plus à prouver.
En 1925, à un paisible séjour à la Villa Médicis, ce Prix de Rome préfère l’aventure d’un long séjour en Afrique occidentale française, au cours duquel, seule femme – et seule blanche – parmi un petit équipage indigène, elle remonte le Niger.
Elle profite de son retour en France pour améliorer sa technique, mais repart dès 1930 au Niger et en Guinée, pour un nouveau voyage parmi les Foulahs, Coniaguis et Bassaris du Fouta-Djalon. Ses oeuvres trahissent à merveille le véritable attachement qu’elle a pour les tribus rencontrées, et particulièrement pour les femmes et les enfants. Anna Quinquaud cherche à restituer l’intimité qu’elle a pu partager, insufflant à ses sculptures une grande sensibilité. Un mélange de quiétude et de mélancolie, qui les rend particulièrement attachantes. Elle écrit aussi ce qu’elle ressent en regardant vivre ces tribus "où les femmes sont si belles, où les hommes ont les traits d’une fermeté romaine avec dans les lèvres et le regard, la sensualité et la cautèle arabe".
Elle compare les Peulhes à des Andromaque noires, affirme la parenté des drapés bleus des femmes de Kayor avec ceux des Tanagras antiques. Il est parfaitement clair, à lire ces propos, qu’Anna Quinquaud a réalisé tout à son profit la synthèse entre la formation classique – celle de tout jeune artiste du début du XXe siècle – et le choc visuel que représente la rencontre avec l’Afrique éternelle, la découverte de types encore mal connus. Il est évident aussi que sa recherche de noblesse n’a rien en commun avec toute vision colonialiste. Mais revenons à cette année 1931, particulièrement faste.
Outre cette création pour Quimper, Anna Quinquaud décore le pavillon de l’AOF de nombreuses statues et bustes, notamment deux Femmes peulhes pour les niches de l’entrée, et expose pour la seconde fois à la galerie Charpentier. Il s’agit des oeuvres rapportées, ou inspirées, de son périple de 1930.
La presse officielle ne tarit pas d’éloges et loue l’esprit aventureux de cette artiste voyageur qui n’a pas hésité à affronter "La fournaise de la brousse" (Henri Béranger, L’illustration de juillet 1931), pour nous faire partager son véritable coup de coeur pour l’Afrique.
Anne Doridou-Heim
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp