La Gazette Drouot
Une toile de Anselmo Guinea
Débâcle sur les quais

Partons au pays du Guggenheim avec un spectaculaire tableau, oeuvre clé d’Anselmo Guinea.
Entre tradition et modernisme

S’ils étaient nettement attirés par la nature, les impressionnistes ont aussi représenté des scènes urbaines.
Prompts à saisir toute la modernité des villes, ils ont peint les usines et les entrepôts construits dans les banlieues des métropoles européennes. À Bilbao, la révolution industrielle a favorisé, dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’établissement de plusieurs entreprises sidérurgiques sur les rives du Nervion. Anselmo Guinea – enfant du pays à qui le musée des Beaux-Arts de Bilbao a consacré une rétrospective en 2012 – devait trouver là ses plus grands sujets. Appartenant à une ancienne famille basque, le jeune homme fait ses classes à Madrid auprès de Federico de Madrazo, qui l’initie à la peinture d’histoire. Revenu en 1876 dans sa ville natale, il entame une brillante carrière officielle. Attaché au grand style, il recevra d’importantes commandes officielles et participera aux décors de la bibliothèque de Bidebarrieta, du palais de la Diputacion de Bizkaia, dessinant aussi les verrières du palais d’Ibaigane ... Artiste fécond, Anselmo Guinea réalise des oeuvres d’abord servies par une technique fortement réaliste. Achevant à Rome sa formation, il affine son regard, diversifie ses sujets et transcrit entre autres des scènes orientalistes d’un fini impeccable. Après un séjour de six ans dans la Ville éternelle, il regagne Bilbao. Adolfo Guiard y Larrauri, premier peintre basque à préférer au traditionnel séjour romain le voyage à Paris, influence notablement notre artiste trentenaire. Cet ami de Degas l’encourage à pratiquer le plein air et l’incite à venir en France, avec son compatriote Manuel Losada. Installé un temps à Paris, Anselmo Guinea découvre les peintres modernistes. S’enthousiasmant pour l’impressionnisme et le pointillisme, ce Basque saura trouver son propre style, plus fluide, plus lumineux. Revenu à Bilbao, il représente entre 1892 et 1896 des vues du port alors en pleine expansion, à l’exemple de notre toile retrouvée fortuitement dans un garage. Celle-ci illustre les grands travaux d’aménagement pour permettre à la capitale de la Biscaye d’exporter vers l’Angleterre le minerai de fer provenant des collines avoisinantes. À la manière de Maximilien Luce, Anselmo Guinea peint ici la peine des paysans de la péninsule de Zorrozaurre, qui abandonnent leur terre gagnée par l’industrie. La composition, construite dans un cadrage japonisant, unit brillamment divers courants. L’emploi intensif des verts, des bleus et des gris fait référence à l’art d’Adolfo Guiard y Larrauri. Ces tons enveloppent la scène d’une atmosphère symboliste, aux accents misérabilistes. Sans céder aux tentations du flou, l’arrière-plan est toutefois travaillé selon la technique pointilliste. Captant la lumière, des touches vigoureuses et nuancées, courtes et parallèles construisent les navires, les usines et les collines. Intimiste quant à lui, le sujet, projeté au premier plan, montre une mère et son fils : faisant le geste protecteur des madones, elle l’abrite dans un capulet aux couleurs mariales. Admirable réalisme fait d’émotion retenue...
guinea

Anselmo Guinea (1855-1906),
Paysage de Zorrozaurre, Bilbao,
huile sur toile, 1896, 94 x 150 cm.

QUAND ?
Samedi 6 juillet 2013

OÙ ?
Poitiers, hôtel des ventes de Poitiers SVV.
Mme Maréchaux.

COMBIEN ?
Estimation : 12 000/15 000 euros

La Gazette Drouot n° 25 - 28 juin 2013-Chantal Humbert


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