La Gazette Drouot
Une petite horloge de table du XVIe�si�cle
À PARIS / Question de temps

Avec son unique aiguille et son mécanisme à poids, cette horloge appartient à un temps où, loin des préoccupations scientifiques, les heures s’écoulaient au rythme de la liturgie.

Issue de la collection de l’expert Jean-Claude Sabrier (voir page 3 de la Gazette n° 14), cette petite horloge de table du XVIe siècle en constitue l’un des trésors. Elle est remarquable tant par son boîtier en laiton doré entièrement gravé, y compris l’intérieur de ses portes décrivant des paysages, que par son mécanisme à poids équipé d’une sonnerie au passage et d’un réveil. Son dos est orné d’une croix et du monogramme «IHS» (abréviation imparfaite de «Jésus» en grec) surmontant les initiales «AG». Ces dernières pourraient être celles de son fabricant ou de son propriétaire. Retenant la première hypothèse, l’expert de la vente, Anthony Turner, suggère le possible nom d’André Gay (1552-1570), horloger à Grenoble.
À cette époque en effet, l’organisation de la profession d’horloger dans notre pays est encore balbutiante, la réglementation datant de 1544, année à partir de laquelle l’impétrant doit effectuer un apprentissage de sept ans chez un maître horloger, suivi d’un compagnonnage chez d’autres hommes de l’art afin de se perfectionner. La présence de symboles christiques sur notre garde-temps semblerait indiquer une origine religieuse. La vie monastique devait en effet provoquer, vers l’an 1000, le développement d’instruments mécaniques déterminant les temps de prière, sabliers ou horloges à eau, aussi appelées «clepsydres». Ces dernières se multiplient à la fin du XIe siècle et leur taille est telle, que le liquide contenu par celle de Bury Saint Edmunds, en Angleterre, a permis aux bénédictins d’éteindre l’incendie qui ravageait leur monastère, en 1198 ! Cependant, il ne suffit pas d’indiquer l’heure, encore faut-il pouvoir alerter le novice chargé de réveiller la communauté pour l’office de matines... Ainsi naîtra la sonnerie, même si l’on ne sait toujours pas si le mécanisme d’alarme équipait d’abord une clepsydre ou si celui-ci fut la cause du développement des horloges à rouages. C’est en tout cas vers la fin du XIIIe siècle qu’apparaissent les premiers exemplaires de pendules à poids, ces derniers provoquant la force motrice du mouvement, régulée par un échappement à verge dont les palettes contrôlent les oscillations du foliot. Le dispositif sera amélioré par l’introduction, vers 1500, du «pendulum», ou «balancier circulaire», visible sous le timbre de notre horloge. Comme toutes ses contemporaines, celle-ci indique l’heure à l’aide d’une seule aiguille, une indication suffisante pour des instruments dont la précision n’était pas primordiale, la marge d’erreur journalière observée étant en moyenne de dix minutes. Ce qui est sans conséquences pour la liturgie des Heures, mais devient problématique pour les observations scientifiques, surtout lorsqu’on navigue en plein océan. Les grandes découvertes vont changer la donne, et nécessiter une mesure du temps précise aussi bien pour calculer la longitude que pour établir les cartes astronomiques. Au XVIIe siècle, deux nations maritimes, l’Angleterre et les Pays-Bas, vont considérablement améliorer la précision horlogère. En attendant, notre modèle témoigne précieusement d’un temps où l’on avait le temps de prendre son temps...

horloge

Une petite horloge de table du XVIe siècle



QUAND ?
Mercredi 6 mai 2015

OÙ ?
Salle 9 - Drouot-Richelieu.
Chayette & Cheval SVV. M. Turner.

COMBIEN ?
Estimation : 15 000/20 000 euros

horloge
La Gazette Drouot n° 17 du samedi 2 mai 2015 - Sylvain Alliod


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