La Gazette Drouot
Une huile de Maurice Orange
EN RÉGIONS / Entre sensualité et héroïsme

Cette scène de genre signée Maurice Orange devrait également interpeller les amoureux
de fantaisie exotique. Suivons le guide, au Caire.

La magie du Moyen-Orient a enflammé au XIXe  siècle les sensibilités picturales. Après Delacroix, les artistes délaissent la perfection et la froideur du néoclassicisme au profit du mouvement, de la passion et du dépaysement. Entre l’école romantique et l’Orient, se produit un véritable coup de foudre. Il se révèle un élixir de jouvence pour des peintres voyageurs subjugués par une lumière éclatante. Bientôt, il prend davantage la forme d’une récréation fantaisiste. Elle répond aux souhaits d’une société européenne qui cherche à s’évader de la grisaille industrielle et rêve d’amours défendues. Ainsi, au cours du dernier tiers du siècle, Jean-Léon Gérôme se distingue comme l’un des plus prodigieux créateurs d’images orientalistes. Tout en séjournant à plusieurs reprises en Égypte, il enseigne à l’École des beaux-arts durant près de quarante années. Parmi ses brillants élèves, on trouve Maurice Orange. Fils d’un négociant en vin de Granville, celui-ci arrive en 1885 dans la capitale, où il fréquente également les ateliers de François Flameng et d’Édouard Detaille. Pour l’initier à la peinture anecdotique de bataille, ils lui apprennent à transcrire les pages glorieuses des actions guerrières. Exploitant le filon des hauts faits historiques, Maurice Orange s’attache avec talent à transcrire l’épopée napoléonienne. En 1891, ce perfectionniste expose au salon Les Médaillés de Sainte-Hélène célébrant le jour anniversaire de la mort de l’Empereur, où aucun bouton de guêtre ne manque aux uniformes impeccables. Cette grande connaissance militaire lui vaudra, en 1899, de collaborer à la revue La Giberne. Membre de la Sabretache, Maurice Orange est nommé en 1913 peintre du ministère de la Guerre. Réalisé deux ans auparavant, ce tableau provient d’une collection privée normande. Il a notamment été exposé en 1999 lors de la rétrospective dédiée à l’artiste par sa ville natale. Inédit sur le marché, il représente une scène imaginaire qui se déroule au Caire à la fin du XVIIIe siècle, sous l’occupation française. Le thème scabreux sert d’abord de prétexte à montrer des nus destinés au harem. Les esclaves circassiennes et géorgiennes, à la peau très laiteuse, étaient alors fort appréciées pour leur chevelure magnifique, leurs jambes fuselées et leur taille fine. Boursier, Maurice Orange a séjourné en Égypte. Usant ici d’études anciennes, il décrit minutieusement une place de marché agrémentée de maisons aux arcs lancéolés, parées de magnifiques tapis turcs et persans. Bonaparte, placé au coeur du tableau, est figuré en portrait d’apparat. Il reçoit l’hommage d’un Égyptien, qui se prosterne à son passage, comme l’avaient fait au siècle précédent les ambassadeurs de Perse face à Louis XIV. Altier et majestueux, le généralissime ne se laisse pas distraire par les esclaves que propose le marchand à une foule composée de civils et de militaires : impassible, il se doit avant tout de mener à bien la mission que lui a confiée le Directoire... Maurice Orange l’a d’ailleurs mise en scène dans Bonaparte devant les pyramides contemplant la momie d’un roi, qui appartient aujourd’hui aux collections du musée Richard Anacréon, à Granville.

bonaparte

Maurice Orange (1867-1916),
Bonaparte visitant un marché d’esclaves au Caire (1798), huile sur toile, 1911, 125 x 165 cm.

QUAND ?

Lundi 6 avril 2015

OÙ ?
Bayeux. Bailleul - Nentas SVV,
en présence de Me Boureau. M. Lefèvre.

COMBIEN ?
Estimation : 15 000/20 000 euros

La Gazette Drouot n°12 du vendredi 27 mars 2015 - Chantal Humbert


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