La Gazette Drouot
Un plan de Paris
Paris toujours
Au fur et à mesure que la capitale grandissait, de nouveaux plans furent édités...
caecilia et Jean de Montagliari en ont fait leur passion. Une moisson urbaine.
Tout débuta en 1975, la retraite venue. Pour meubler intelligemment leurs loisirs, sur les conseils de Gérald Schürr, Jean de Montagliari et son épouse, Cæcilia, visitent régulièrement l’Hôtel Drouot. Un jour, ces collectionneurs d’art moderne tombent en arrêt devant... un plan de Paris, séduits par le côté pictural. Une fantaisie alors, qui va se transformer en quête passionnée. Tout ce qui touche à l’histoire de la capitale les intéresse, guides, fascicules, annuaires, etc. Ils deviennent des habitués de la librairie de Francis Dasté, spécialiste des ouvrages sur la capitale installé rue de Tournon à Paris, et des visiteurs quotidiens de Drouot. Jean et Cæcilia de Montagliari dénichent ainsi un Almanach des adresses des demoiselles de Paris de tout genre et de toutes classes, ou Calendrier du plaisir... de 1791, aujourd’hui estimé 200 euros, où l’amateur trouvait le nom, l’adresse, mais aussi la description physique, le caractère et le prix de ces demoiselles.
Cependant, les plans de capitale demeurent les véritables vedettes de la collection, notamment par ses deux exemplaires du plan de Turgot, dont l’un est relié par Antoine-Michel Padeloup. Celui-ci a utilisé le décor dit «à la dentelle» créé pour la reliure du Sacre de Louis XV. Sur un plat, figurent les armes royales, sur l’autre, celles de la ville. Cet ouvrage devait montrer aux éminents visiteurs la modernité de Paris et sa bonne gestion, confiée le 14 juillet 1729 à Michel-Étienne Turgot, marquis de Sousmont et président du parlement de Paris depuis 1717. Soumis à l’autorité royale, le prévôt – qui occupait les mêmes fonctions que les maires d’aujourd’hui – se doit d’assurer l’approvisionnement, de gérer les problèmes de voirie et, si l’état des finances le permettent, faire oeuvre d’urbaniste. Unanimement reconnu – même par Voltaire, critique parmi les plus exigeants –, Turgot remplit parfaitement sa mission, jusqu’en 1740. Il entreprend ainsi, en 1734, de faire dresser un plan de Paris, en vue cavalière. Une carte précise, certes, mais dont la qualité esthétique perpétue, plus que d’autres de ses actes, le souvenir de son nom...
Adjugé 102 000 euros au marteau.
Plan de Paris, commencé l’année 1734. Dessiné et gravé sous les ordres de Messire Michel-Étienne Turgot..., In-folio, reliure en maroquin rouge à décor d’encadrement floral avec chiffre et fleurs de lys dans les angles, par Padeloup (avec son étiquette).
Mardi 6 mars, salle 9 - Drouot-Richelieu. Piasa SVV. M. Lhermitte.
Pour relever fidèlement les palais, hôtels, couvents, églises et autres bâtiments administratifs et militaires, sans oublier les jardins, Turgot choisit Louis Bretez, membre de l’académie de Saint-Luc et auteur d’un traité consacré à La Perspective pratique de l’architecture. Pendant deux ans, muni d’un laissez-passer, Bretez dessine les rues bordées d’immeubles et de maisons, notant les détails des porches, les jardins à la française, mais aussi les activités fluviales, sources importantes de la prospérité des échevins de la capitale. Au final, vingt planches sont gravées, par Antoine Coquart pour les six premières, puis par Claude Lucas, une vingt-et-unième les réunissant toutes pour former le plan complet de Paris. L’imprimeur Pierre Thévenard reçoit la commande de deux mille six cents exemplaires.
Turgot, ayant conçu ce plan pour promouvoir les beautés de la capitale, fait distribuer l’ouvrage aux éminents visiteurs. Le Parisien moderne y voit pour sa part un document de sa ville, encore moyenâgeuse, qui indique cependant les nouvelles idées d’urbanisme inspirées de l’Italie, visibles surtout dans les récents aménagements des faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré, aux tracés aérés de rues et avenues avec perspective sur une place ou un monument. On voit même, dans la partie orientale de la rive droite, se dessiner le nouveau visage de Paris, comme le montre la planche 6. Sont représentés l’île Saint-Louis, le port et le quartier Saint-Paul, l’île Louviers louée par la municipalité à des marchands de bois pour y entreposer leurs marchandises (le bras de Grammont sera comblé en 1843 pour devenir l’actuel boulevard Morland), les Grand et Petit Arsenal créés par François Ier le long de l’enceinte de Charles V. Suivent la Bastille et, enfin, la place royale, renommée «place des Vosges» par Napoléon. Dans ce quartier ancien, on peut constater que les nouvelles voies sont plus larges et rectilignes. Une volonté d’harmonie va peu à peu transformer le paysage parisien. Les anciennes fortifications de Charles V ont été remaniées sous Louis XIV en promenade bordée de quatre rangées d’arbres, menant aux tours de la Bastille, fondée par Étienne Marcel pour défendre Paris contre les Anglais. Devenu prison royale, ce témoin du Paris médiéval et symbole de l’absolutisme tombera aux mains de la populace le 14 juillet 1789...
Détail
La Gazette Drouot n° 9 -2 mars 2012 - Anne Foster


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