La Gazette Drouot
Un portrait de Élisabeth Vigée Le Brun
EN RÉGIONS / Pièce souveraine

Élisabeth Vigée Le Brun, à l’affiche actuellement d’une importante exposition parisienne, manifeste encore
avec ce tableau bientôt en vente son talent de maître incontesté du portrait

L’art du portrait connaît au XVIIIe siècle un âge d’or.
La représentation sociale se voit élevée au rang d’œuvre d’art, tandis que se multiplient les effigies plus intimistes. Mais, si les souverains continuent de se faire tirer leur portrait, le naturel et la sensibilité gagnent leurs lettres de noblesse. Des peintres s’en font une spécialité, comme Élisabeth Vigée Le Brun, actuellement saluée d’une rétrospective au Grand Palais. Fille d’un pastelliste, elle naît un pinceau dans la main et, tout juste âgée de 19 ans, se voit reçue à l’académie de Saint-Luc, l’année même où Marie-Antoinette devient reine de France. Deux ans plus tard, Élisabeth épouse Jean-Baptiste Le Brun, grand collectionneur et marchand d’art, qui lui aménage un atelier dans leur hôtel de Lubert, rue de Cléry. Là, elle se frotte au grand monde, peignant les princesses de Craon, d’Arenberg… Ces portraits d’une technique éblouissante exaltent la somptuosité de la parure, tout en laissant s’exprimer des regards pétillants et de fins sourires. Belle, jeune et talentueuse, l’artiste devient la coqueluche des salons parisiens, à tel point que la jeune souveraine la demande aussi à Versailles, pour qu’elle lui fasse un «beau portrait» à l’attention de sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse. Ce sera chose faite en quatre séances. Le tableau remporte tous les suffrages, faisant dire à Louis XVI : Je ne me connais pas en peinture ; mais vous me la faites aimer… Agréée par Versailles, par la Hofburg et, en 1783, au sein de la très misogyne Académie royale, Élisabeth Vigée Le Brun livrera en peintre attitré de la souveraine près de trente effigies, que lui commandèrent en six ans les Menus-Plaisirs, la Maison de la reine ou le ministère des Affaires étrangères. Parmi elles, l’une des plus touchantes demeure Marie-Antoinette et ses enfants, représentés en 1787. Inédite sur le marché, étant restée dans la descendance familiale, notre toile, exposée sous le numéro 99 au Salon de la même année, campe la comtesse de Béon, jeune trentenaire. Après avoir épousé François-Frédéric de Béon-Béarn au château de La Serpent, dans l’Aude, Madeleine Charlotte Christine de Béon du Massés-Cazaux est présentée à la cour en 1780, où elle reçoit deux ans plus tard la charge d’accompagner Madame Adélaïde, quatrième fille de Louis XV. Durant la Révolution, elle émigrera en Angleterre, où elle se liera d’amitié avec Caroline Vernon, dame d’honneur de la reine Charlotte, épouse de George III ; revenue veuve en France, elle se remariera avec le comte d’Hautpoul… Le tableau combine habilement un portrait pétulant de vivacité et une attitude plus étudiée. Notre comtesse arbore fièrement la croix de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dont son grand-oncle, François-Paul de Béon, fut grand prieur de Toulouse. Le soin apporté à la qualité et à la texture des étoffes, l’expression du modèle saisi à mi-corps concourent à une représentation pleine d’esprit. De façon proche de ses consœurs La Marquise de Pezay et la Marquise de Rougé, elle illumine son visage d’un charmant sourire. Les jeux de la lumière et la sobriété des couleurs mettent encore admirablement en valeur la beauté délicate de la jeune femme à la carnation radieuse. Usant d’une palette réduite, Élisabeth Vigée Le Brun allie ici une élégance et une aisance de bon ton, qui contribuent au charme captivant du tableau.

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Élisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842), Portrait de la comtesse de Béon, sur sa toile ovale d’origine, 92 x 72 cm.

QUAND ?
Samedi 5 décembre 2015



OÙ ?
Clermont - Ferrand. Anaf - Jalenques - Martinon - Vassy SVV. Cabinet Turquin


COMBIEN ?
Adjugé frais compris 689 700 €

La Gazette Drouot n° 41 du vendredi 27 novembre 2015 - Chantal Humbert


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