La Gazette Drouot
Un éventail vers 1680
À PARIS / Raison d’État

En 1679, Marie-Louise d’Orléans prend pour époux Charles II d’Espagne. Nul ne sait si le mariage fut pluvieux,
mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne fut pas heureux. Récit en feuille.

Plus qu’un accessoire du costume, un objet purement utilitaire et saisonnier, l’éventail devient sous Louis XIV une véritable oeuvre d’art, exécutée sur commande en un seul exemplaire – et pour un prix élevé, bien sûr. En février 1678, le roi met fin à une querelle qui divisait depuis plus de cinquante ans tabletiers, orfèvres, parfumeurs, merciers et même relieurs, qui tous revendiquaient le droit de réaliser le précieux objet, en créant la corporation des maîtres éventaillistes. En véritables peintres, ces derniers livrent des tableaux miniatures non pas sur toile, mais généralement sur une feuille de vélin, cette peau de veau tannée très finement étant beaucoup plus résistante que le papier.
La mode est alors à l’antique, aux scènes héroïques et mythologiques, auxquelles d’illustres contemporains ou les favorites du roi prêtent parfois leurs traits. Ici, pas de Diane chasseresse, d’Achille ou d’Alexandre, mais un épisode bien réel de l’histoire de France : celui du mariage du roi d’Espagne Charles II (1661-1700) avec Marie-Louise d’Orléans (1662-1689), fille de Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV, et d’Henriette d’Angleterre. Assis sous un large dais et prenant appui sur un trône au dossier d’azur semé de fleurs de lys d’or, le roi tend la main vers le portrait d’un jeune homme en armure. Du regard, il invite une jeune femme à s’en approcher... Nous sommes le 30 août 1679 à Fontainebleau, où le mariage est célébré par procuration. L’illustre époux est resté en Espagne, le prince de Conti a donc accepté d’endosser son rôle et de conduire la jeune femme jusqu’à l’autel. Elle qui a passé son enfance à la Cour et espérait épouser son cousin le Grand Dauphin – ce qui lui aurait permis de rester à Versailles –, n’a pas réussi à faire plier le roi. «Je vous fais reine d’Espagne, qu’aurais-je pu faire de mieux pour ma fille ? «, lui a t-il déclaré. Épouvantée, mademoiselle d’Orléans n’a pourtant pas le choix : elle doit servir les intérêts de la France. L’occasion est trop belle pour Louis XIV de surveiller Madrid et de prendre une sérieuse option sur la couronne, si celui que l’on surnomme «l’Ensorcelé» venait à s’éteindre sans héritier... La mort dans l’âme, le 20 septembre 1679, la princesse quitte les siens et s’engage dans un voyage aussi long qu’épuisant. Mais qui n’est presque rien à côté des dix années qu’elle va passer de l’autre côté des Pyrénées. Entre les murs du sévère palais de l’Escurial, la vie n’est qu’ennui et monotonie. L’étiquette royale est inhumaine, la liste des interdits, sans fin. La reine-mère épie le moindre faux pas, dans l’espoir de renvoyer Marie-Louise en France et de nouer une alliance matrimoniale avec l’Autriche. Comble de malchance, la jeune femme ne parvient pas à tomber enceinte, malgré pèlerinages et potions. Le 12 février 1689, l’infortunée rend son dernier soupir dans de terribles souffrances, après avoir absorbé une tasse de lait offerte par Olympe Mancini, comtesse de Soissons, chassée de la cour de France après avoir été soupçonnée d’empoisonnement...

eventail

Un mariage à la cour de France, éventail plié à feuille en peau peinte à la gouache, monture en ivoire rehaussée de nacre, vers 1680, h. 32 cm.


QUAND ?
Mercredi 5 novembre 2014

OÙ ?
Salle 2 - Drouot-Richelieu
Coutau-Bégarie SVV. Mme Letourmy-Bordier.

COMBIEN ?
Estimation : 5 000/6 000 euros

niki
Détail
La Gazette Drouot n° 37 - Vendredi 31 octobre 2014 - Claire Papon


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