Coup de coeur - Une toile de Isaac Soreau
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| Abricots flamands |
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Partageons un instant la vie silencieuse des choses, grâce à un tableau qui sera vendu début juin, en Bretagne.
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Adjugé 435 000 euros frais compris.
Isaac Soreau (Hanau, 1604-après 1638),
Nature morte au plat d’abricots et bouquet de fleurs sur un entablement,
panneau de chêne, 32 x 47 cm ; au revers, la marque de la guilde d’Anvers.
Brest, mardi 5 juin. Thierry - Lannon & Associés SVV.
Cabinet Turquin, Mauduit et Étienne.
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Apparue à l’aube du XVIIe siècle, la nature morte, objet d’une mode aussi immédiate qu’étonnante, devient un domaine fabuleux d’expérimentation, supplantant même les tableaux mythologiques et religieux. D’Anvers à Naples, d’Haarlem à Séville en passant par Paris... le genre se diffuse rapidement, grâce à des dynasties de peintres qui en font leur spécialité, à l’instar des Soreau. Tout comme celle de Georges La Tour, l’oeuvre du fondateur de la lignée, Daniel Soreau, a été redécouverte au milieu du XXe siècle. Issu d’une famille installée à Tournai, il s’expatrie en Allemagne, comme son compatriote Peter Binoit, pour convenance religieuse : adepte de la Réforme, il rejoint dans la Hesse des parents protestants, qui font le négoce de la laine. Marié, Daniel Soreau se fixe en 1599 à Hanau, un bourg proche de Francfort-sur-le-Main, où naît, en 1604, son fils Isaac. À cette date, il se consacre définitivement à la peinture, prend pour élèves l’Allemand Joachim von Sandrart et l’Alsacien Sébastien Stosskopf. Il participe alors à généraliser l’emploi de la peinture à la détrempe, dont les effets de glacis permettent le rendu si raffiné des fruits. Isaac fait son apprentissage dans ce riche contexte artistique. Travaillant avec Pieter, son frère jumeau, il réside à Hanau jusqu’en 1626. Ses oeuvres sont construites selon une même architecture frontale, détaillées objet par objet, qui les font souvent comparer aux tableaux de Jacob van Hulsdonck. Regagnant les Pays-Bas méridionaux, Isaac Soreau entre ensuite à la guilde des peintres d’Anvers, comme le rappelle la marque des panneliers visible au revers de notre tableau provenant d’une demeure bretonne. Authentifié par Fred Meijer et présenté "dans son jus", ce panneau peut d’ailleurs être rapproché d’une autre Nature morte de fruits et de fleurs conservée au Ashmolean Museum, à Oxford. La composition savante, la technique nette et précise, ainsi que le dessin ferme des volumes attestent une influence flamande.
En revanche, la rare finesse picturale et les tons à la fois vifs et tendres des fleurs font référence à la peinture germanique. Le savoir-faire d’Isaac Soreau se révèle aussi dans la répartition harmonieuse des volumes et des vides, dans un emploi savoureux des effets de glacis. Mais, ce qui attire irrésistiblement le spectateur, c’est l’extrême attention portée à l’arrangement rigoureux et non moins étrange des fruits et des fleurs : un compotier d’abricots, un raisin, des prunes, une noisette brisée, des mûres disposées sur une feuille... Quant au bouquet, il entremêle joyeusement des fleurs printanières que domine une précieuse tulipe aux couleurs de l’arc-en-ciel. Il faut bien voir là une intention. Fruits et fleurs reflètent le goût flamand pour la réalité concrète des choses, mais ils traduisent aussi certaines préoccupations morales. Par exemple, c’est l’abricot, encore appelé prunus armenica, qui aurait provoqué la perte d’Adam et d’Ève au jardin d’Éden et non pas la pomme. Au premier plan de notre tableau, l’un est gâté par un insecte, image du péché altérant la nature humaine. La vie des choses est bel et bien restituée par une grande densité de matière et par une véritable mobilité des reflets, la poésie n’ayant ici d’autre rivale que l’ingéniosité... |
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| Chantal Humbert |
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