La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une toile de Pierre Jollain
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À la santé de Jupiter
Prochainement à Marseille, une peinture ancienne
nous plongera dans les aventures mythologiques. À consommer sans modération !
Adjugé : 50 714 € (frais compris).
Pierre Jollain (1720-après 1768), Hébé versant le nectar à Jupiter, huile sur toile, signée et datée en bas à droite “P. Jollain D.B. It et Pt, 1755”, 116 x 130 cm.
Marseille, samedi 5 mai.
Marseille Enchères Provence SVV.
Cabinet Turquin - Mauduit - Étienne.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les peintres représentent à profusion des sujets tirés de la Bible et, surtout, de la mythologie. Les fables, les légendes contées par Ovide, Virgile et Homère se révèlent un filon merveilleux, dans lesquelles ils vont chercher les décors de palais, de plafonds ou de jardins.
Ces références indispensables à la pratique artistique révèlent les grands peintres d’histoire, que distinguent l’étendue des techniques et l’ampleur du savoir – souvent hérités de leurs prédécesseurs. Tel est le cas de Pierre Jollain, appartenant à une dynastie d’artistes dont l’art vient de bénéficier des découvertes faites par Jérôme Montcouquiol et Jean-Christophe Baudequin, qui seront publiées dans un prochain Bulletin de la société de l’histoire de l’art français.
Fils de Jollain l’Ancien, peintre du roi, Pierre est le frère de Nicolas-René Jollain, dont l’oeuvre est plus connue. Né à Paris en 1720, notre homme reçoit tout naturellement ses premières leçons artistiques dans l’atelier paternel, avant d’étudier à l’Académie royale de peinture.
En 1743, il obtient avec l’Ange frappe de la peste le royaume de David le second Prix de Rome, devancé par Joseph-Marie Vien. L’année suivante, Pierre Jollain se marie avec Jeanne Duportail et mènera ensuite une brillante carrière au sein de la confrérie parisienne de Saint-Luc, occupant les postes d’adjoint, puis de professeur. Il représente notamment l’Assomption de la Vierge pour une chapelle de l’église Saint-Sulpice. Les tonalités lumineuses de ce tableau anciennement attribué à François Lemoyne et aujourd’hui conservé au Bowes Museum, à Barnard Castle (Grande-Bretagne), révèlent l’influence des maîtres vénitiens. Bénéficiant aussi de commandes d’ordres religieux, Pierre Jollain réalise une Sainte Famille adorée par les anges pour l’abbaye cistercienne de Valloires, dans la Somme. En 1766, il peint également une spectaculaire Lapidation de saint Etienne, alors placée à l’Hôtel-Dieu de Falaise et exposée de nos jours à l’église de Martigny-sur-l’Ante, dans le Calvados. Outre ces oeuvres religieuses, Pierre Jollain puise aussi dans le répertoire mythologique, qui a enflammé l’imagination des plus grands peintres, du Corrège à Titien, de Véronèse à Rubens. Ainsi notre tableau célèbre-t-il Hébé, une héroïne des poèmes homériques. Fille de Jupiter et de Junon, déesse de la jeunesse, elle remplit dans l’assemblée des dieux le rôle d’échanson, avant que Ganymède lui succède. Ici, elle épand le nectar dans une coupe d’or que lui tend Jupiter caressant son attribut favori, l’aigle. Élégante, lumineuse et d’une plaisante tonalité, la toile reflète le goût pour un luminisme clair et subtil de l’école de Venise. La sensualité des personnages, tout comme le rendu des expressions font référence au savoir-faire de la génération de Lemoyne. La lumière baignant les corps est admirablement traitée, avec de délicats glacis modelant le torse puissant de Jupiter ou la rondeur des membres d’Hébé. La composition concise, l’espace défini d’une manière rigoureuse annoncent le courant néoclassique, que Pierre Jollain sera l’un des premiers artistes à pratiquer en France. Notre tableau, tout en demeurant parfaitement sobre, honore les plaisirs de la vie... pour le plus grand bonheur des amateurs épris de classicisme.
Chamtal Humbert