La Gazette Drouot
Une pendule époque Louis XV
À PARIS / Du beffroi au salon, le jeu de carillons

En miniaturisant ce mécanisme, l’horloger peut associer airs et mesure du temps. La prouesse technique méritait des écrins des plus inventifs...

?Depuis la nuit des temps, le chant des oiseaux annonce le renouveau du jour. L’homme associera pour sa part la musique à toutes sortes d’événements, en utilisant des trompettes et des tambours. Lorsqu’au Moyen Âge les clochers, beffrois et campaniles se dressent, ils abritent les cloches pour rythmer les heures du jour et les offices religieux, mais aussi les horloges couplées à des jeux de carillons, principe importé de Chine par les Hollandais. Des mécanismes compliqués feront ensuite apparaître des automates, pour la plus grande joie des badauds. Ne restait qu’un pas à sauter pour que les rois, aristocrates et grands bourgeois bénéficient des jeux de carillons dans l’intimité de leurs demeures, et même lors de leurs promenades en ville, dans les parcs et les jardins grâce à leurs tabatières musicales, notamment au XVIIIe siècle. La société de l’époque des Lumières va raffoler des pendules à musique, objets d’art dotés d’un mécanisme de timbres à jouer des airs. Les plus grands bronziers-ciseleurs font alors appel à des horlogers pour les précieux mouvements. C’est le cas de Jean-Joseph de Saint-Germain, né en 1719, décédé en 1791. Fils de l’ébéniste Joseph de Saint-Germain, il est élu en 1748 maître fondeur en terre et en sable. L’année suivante, il épouse Anne Legrand, veuve d’un ébéniste nommé Jean Paul Mathieu. Il jouit du privilège de l’ouvrier libre, qui lui permet de travailler également comme ébéniste. Ces liens lui ouvrent un autre champ, celui des ornementations de meubles. Cependant, il doit surtout sa renommée à ses caisses de pendule, pour lesquelles il fait montre d’une grande inventivité. Celles à sujets animaliers – comme le rhinocéros ou l’éléphant – associés à des carillons sont gages d’une grande finesse d’exécution. Il faut en effet adjoindre au «cartel de cheminée» un coffret, pour cacher le mouvement musical et faire en sorte que l’ensemble soit homogène et plaisant à l’oeil. Son talent lui permet d’inventer dès les années 1760 des modèles annonçant le goût néoclassique. On peut citer celle d’après Pajou pour le roi du Danemark, conservée dans les collections royales au palais d’Amalienborg, à Copenhague. La pendule présentée prochainement à l’hôtel Drouot est sagement rocaille et on connaît plusieurs exemplaires comportant quelques variantes pour les amours allégories des arts. Ainsi, dans un modèle de l’ancienne collection Dillée, un putto astronome surmonte le cadran et deux putti, figurant la poésie et la musique, encadrent la base, comme on peut le voir sur cet exemplaire. Le coffret forme socle ajouré, entouré de volutes feuillagées, et renferme le mécanisme. Pour cette pendule, Saint-Germain est associé à l’horloger Jean-Baptiste Gosselin, dont le cadran porte la signature. Ce mouvement est numéroté 956. Gosselin, reçu maître en 1743, l’avait-il fabriqué lui-même, l’avait-il acquis auprès d’un confrère ? On l’ignore, tout comme sa carrière demeure à ce jour méconnue. Mais le talent n’est-il pas la meilleure signature ?

horloge

?Époque Louis XV. Pendule à musique à jeux de carillons en bronze doré, de forme violonée,
marquée «St Germain», le cadran émaillé marqué «Gosselin à Paris», surmonté d’un amour astronome
et deux amours musiciens. Le mécanisme à jeux de timbres est contenu dans le socle orné de volutes
feuillagées, 70 x 35 x 21 cm.

QUAND ?
Mercredi 4 novembre 2015


OÙ ?
?Salle 6 - Drouot-Richelieu.
Audap & Mirabaud SVV. M. Fabre.


ESTIMATION ?
30 000/40 000 €

horloge
(autre vue)
La Gazette Drouot n° 37 du vendredi 30 octobre 2015 - Anne Foster


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