La Gazette Drouot
Un vase Lalique
EN RÉGIONS / L’homme idéal

Magnifiant les jeunes éphèbes grecs aussi beaux qu’intelligents, un vase parmi les plus mythiques de René Lalique devrait agiter le monde de la verrerie...

Dans la Grèce antique, le culte du corps n’était jamais dissocié de celui de l’esprit. Ce concept s’illustrait par une expression déjà en vigueur à l’époque d’Hérodote, Kalos kai Agathos, littéralement «Beau et Bon». Ainsi, l’Antiquité ne négligeait aucun aspect de l’intellect et du physique dans l’éducation des jeunes gens : il fallait savoir pratiquer tous les sports et en même temps être expert en mathématique et en philosophie ! Dans cette difficile quête de perfection, les garçons se devaient de fréquenter le gymnase grec (le «palestre»), afin de devenir des hommes accomplis. Cet endroit privilégié de la cité, bien plus qu’un lieu d’entrainement pour la lutte et autres disciplines sportives, était également un point de rencontres et d’échanges entre les jeunes et leurs professeurs. Telle était du moins la vision égalitaire et vertueuse que portaient les créateurs de l’art déco sur la toute première démocratie de l’histoire.
On comprendra qu’ils allaient y puiser leur inspiration, au moment où, las des fantaisies et des ondulations art nouveau, les artistes cherchent à renouer avec la tradition et une épuration des formes. Du coup, les années 1920 et 1930 se mirent à la mode grecque ! Des muses envahissent ainsi, en 1937, le mur de l’escalier du palais de Tokyo ; Jean Dunand avait auparavant choisi les sports antiques comme thème de ses panneaux de laque du fumoir du mythique Normandie... Dans la production du verrier René Lalique, la figure humaine s’avère relativement marginale, en tout cas réservée à des commandes bien particulières. Ainsi, dès 1902, il utilise le motif d’athlètes en pleine action pour décorer les portes de son atelier du cours la Reine, à Paris, et choisit dix ans plus tard des lutteurs pour orner le perron de la maison de Jacques Doucet. Quant à nos éphèbes, on les voit tantôt au repos, tantôt discutant, se serrant la main ou exhibant leurs muscles.
Ce vase fut réalisé à l’occasion du salon d’Automne de 1928. Il accompagnait un cabinet à liqueur en prunier rose aux bas-reliefs de verre à décor de satyres et d’angelots, des draperies, un lustre Oxford et des panneaux de bois. D’une grande rareté, le vase Palestre ne fut pas repris aux catalogues des années 1928, 1932, ni après 1947. Notre exemplaire provenant d’une collection particulière lyonnaise ne manquera donc pas d’interpeller un grand nombre de collectionneurs du travail de celui qui a su renouveler de nombreux domaines des arts décoratifs. Après une formation en joaillerie, Lalique débute comme dessinateur pour les plus grands bijoutiers de Paris, notamment Aucoc et Cartier. En 1886, il se lance seul, soutenu par de célèbres clientes, dont Sarah Bernhardt. Influencé par le mouvement britannique Arts and Crafts, il aborde d’autres spécialités, en tête desquelles le verre. S’il utilisait dès les années 1890 cette matière dans ses bijoux, René Lalique en deviendra le maître avec des pièces en verre moulé-pressé, technique dont il dépose le brevet. La transition est marquée par l’ouverture de sa boutique place Vendôme, en 1905. Le verre prend alors le pas sur la joaillerie. Il s’attaque à une production en série, voulant rendre ses créations accessibles à tous. Un homme idéal, disions-nous...

lalique

René Lalique (1860-1945), vase Palestre, épreuve en verre blanc satiné, patiné sépia,
soufflé moulé, modèle créé en 1928, h. 40,5 cm.

QUAND ?
Samedi 4 juillet 2015

OÙ ?
Villefranche, Guillaumot-Richard SVV

COMBIEN ?
Estimation : 50 000/60 000 euros

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La Gazette Drouot n° 25 du vendredi 26 juin 2015 - Caroline Legrand


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