La Gazette Drouot
Une commode de Fornasetti
EN RÉGIONS / Fornasetti rugit

Dix jours avant la fin de l’exposition du musée des Arts décoratifs, le style félin de Piero Fornasetti sera la proie du marché, avec deux rares cabinets. Gros plan

Il y a des artistes inclassables. Piero Fornasetti en fait partie, comme d’autres illustres designers, de Jean-Michel Frank à Ettore Sottsass (autre Italien insolite !), en passant par Armand Albert Rateau.
Fornasetti ne s’autorise aucune limite, seul son esprit fou et rebelle lui dicte ses choix. Il a allègrement franchi les frontières entre les disciplines, mélangeant sans restriction mobilier et gravure, fonctionnalisme et décor, tradition et modernité, illusion et réalité... L’oxymore serait quasiment le propre du génie de Piero Fornasetti. S’il se revendiquait autodidacte – difficile en effet de considérer ses deux années à l’académie des beaux-arts de Brera, d’où il est renvoyé en 1932 pour insubordination –, il n’en respectait pas moins ses illustres aînés. Ainsi l’Antiquité et la Renaissance étaient ses sources d’inspiration, le dessin, sa ligne à suivre. Des formes élégantes et racées, tels ses célèbres cabinets «trumeaux» formant bureau, composent son oeuvre aux côtés de décors en trompe-l’oeil, une tradition née en Italie dès les premières intarsia ou coupoles peintes de la Renaissance. Difficile également de ne pas penser à la technique de l’arte povera du XVIIIe siècle, ornement polychrome, gravé, collé et vernis, lorsqu’on regarde ses décors imprimés directement sur le bois. Perspectives architecturales inspirées de Palladio, instruments de musique, acrobates, cartes à jouer, visages humains (comme celui de la célèbre cantatrice Lina Cavalieri), armes ou encore papillons... aucun motif n’échappe à l’oeil de Piero Fornasetti, qui prend soin de découper dans les magazines et livres tout ce qui suscite sa curiosité, puis de classer ses immenses archives. C’est donc sur le léopard que le créateur porta son dévolu pour notre paire de cabinets. Une histoire bien particulière leur est attachée, puisque le modèle fut spécialement réalisé pour orner le salon de sa villa de Varenna, près du lac de Côme, en 1953. Cette maison occupe une place importante dans sa vie, mais aussi dans son art. Son père fit construire en 1899 cette résidence d’été, située à une heure de train de Milan. La retrouvant presque laissée à l’abandon après la guerre et son exil en Suisse, Piero décide de la rénover. Un projet qui servira de base de réflexion à de nombreuses créations. Chaque pièce avait son ambiance et sa couleur. Fornasetti joua ainsi des tons monochromes, à l’image du brun-noir dans le salon, où s’appuyait contre le mur orné de céramiques à motifs de cavaliers la commode Leopardo. Alentour, une table basse à décor de guitares et luth, ou encore des sièges peints à l’imitation du bambou. Reconstituée par le musée des arts décoratifs, la pièce constitue l’un des points d’orgue de l’exposition actuellement en cours. Le dessin préparatoire de ce léopard y est également dévoilé, confirmant tout le talent de l’artiste. Ce n’est que dans les années 1990 que son fils, Barnaba, décida de rééditer cette commode restée rare... surtout en paire, comme pour cette commande spéciale. Un tiroir ouvert sur le monde onirique de Piero Fornasetti !

fornasetti

Piero Fornasetti (1913-1988), Barnaba Fornasetti (née en 1950),
paire de commodes Leopardo, bois et laiton, sticker de l’éditeur Fornasetti Milano,
vers 1995, 83 x 101 x 54,5 cm.

QUAND ?
Jeudi 4 juin 2015

OÙ ?
Marseille.
Leclere - Maison de ventes SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 50 000/60 000 euros

Détail
La Gazette Drouot n° 21 du vendredi 29 mai 2015 - Caroline Legrand


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