La Gazette Drouot
Une armoire chinoise du XVIIe siècle
EN RÉGIONS / Impérial mobilier

Laque cuir et décor aux dragons, que demandez de plus ?
Cette armoire du XVIIe siècle devrait porter haut les couleurs des arts décoratifs chinois…

Après les sceaux impériaux, les ivoires et les porcelaines, voici les meubles d’époque Ming ! Les collectionneurs d’art chinois n’en ont pas fini de trouver de nouveaux sujets d’exaltation… Petit à petit se découvrent sur le marché ces meubles anciens, appartenant à l’âge d’or de la spécialité. Les productions Ming (1368-1644) signent en effet un apogée du mobilier chinois. À la fois simple par les formes et raffiné par le décor, celui-ci illustre tout un art de vivre, une philosophie. Cabinets, armoires et sièges se diversifient alors pour répondre à une cour et une bourgeoisie de plus en plus avides de richesse et de faste. L’armoire aux lignes géométriques et s’ouvrant à deux battants demeure l’un des modèles les plus célèbres de cette époque, celui qui a aussi connu la plus grande postérité, via les nombreuses répliques réalisées pour l’exportation vers l’Occident durant les siècles suivants. Très à la mode, les meubles laqués étaient réservés à une clientèle d’élite. Pour faire face à une demande sans cesse croissante, plusieurs techniques sont alors développées, dont la «laque cuir» utilisée sur notre armoire. Le procédé consiste à apposer la laque sur le cuir fixé sur le bois, puis à graver des dessins en relief qui seront remplis de laque de couleur, parfois encore peints ou incisés et colorés. Impérial, le dragon à cinq griffes – le plus grand nombre autorisé – s’invite sur notre meuble. Si la dernière dynastie chinoise, celle des Qing (1644-1911), l’a choisi comme symbole et l’a fait figurer sur le drapeau national, l’impressionnant reptile à écailles était adopté par l’iconographie chinoise depuis la nuit des temps. Très présent dans la mythologie, il serait tout à la fois le responsable du déluge et le sauveur, en aidant Yu le Grand à combattre l’inondation par la création de canaux. Les dragons donnèrent également naissance à certains empereurs de légende, tels Shennong ou Yao. Confucius lui-même serait né grâce à l’intervention divine de l’un d’entre eux. L’animal est pluriel et revêt diverses formes. Celle des nôtres est vraisemblablement céleste, adoptant une morphologie composite : tête de chameau, cornes de cerf, oreilles de bœuf, barbe, corps de reptile à la queue de serpent, pattes de tigre se terminant en griffes acérées. Malgré l’absence d’ailes, nos dragons peuvent voler au-dessus des flots d’où jaillissent les pics vénérables, afin de se lancer à la poursuite de la perle sacrée. Symbole très mystérieux, cette dernière serait source de pouvoir ; elle est par ailleurs porteuse de bonheur et de sagesse, et corrélativement de prospérité et de connaissance. Ici, aux deux dragons s’affrontant de part et d’autre de la serrure centrale répondent ceux de la ceinture basse, où les vagues semblent déchiqueter les bords mêmes du meuble dans un superbe tumulte. S’ajoutent des réserves de dragons ornant les montants, mais aussi, sur les côtés, des branches de pêches, kakis et pivoines dans des réserves lobées. Autant d’images de richesse, d’immortalité et de bonheur… qui devraient porter chance au futur propriétaire de cet impérial représentant de la tradition chinoise.

obelix
Chine, XVIIe siècle. Armoire en bois et laque cuir ouvrant à deux portes sur deux étagères, ferrures ciselées, les pieds entourés de métal,
190 x 127 x 69,5 cm.

QUAND ?
Mercredi 4 juin 2014

OÙ ?
Cannes. Azur Enchères Cannes SVV,
Mes Issaly - Pichon. Mme Papillon d’Alton, M. Ansas.

COMBIEN ?
Estimation : 30 000/40 000 €

armoire
Détail
La Gazette Drouot n° 21 - Vendredi 30 mai 2014 - Caroline Legrand


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