La Gazette Drouot
Moisson bretonne - Un tableau in�dit de S�rusier
EN RÉGIONS / Moisson bretonne

Un tableau inédit de Sérusier, placé sous le signe de l'or, irradie l'art du XXe siècle. Brillant, ensoleillé et coloré… Quand la modernité s'invite dans les champs de blé.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la Bretagne devient le port d'attache d'artistes désireux de chambouler les théories artistiques. Découvrant Pont-Aven l'été 1888, Paul Sérusier se rapproche d'Émile Bernard et, surtout, de Paul Gauguin qui lui donne une leçon en plein air au bois d'Amour. Sous la direction de son aîné, le jeune artiste peint un paysage simplifié. Tournant le dos aux canons classiques, l'œuvre appelée Talisman prend immédiatement valeur de message et d'exemple à suivre. Étape essentielle de l'art moderne, elle manifeste une peinture pure, autonome et abstraite. Sérusier va servir de médiateur entre le groupe de Pont-Aven et celui des nabis, formé à Paris. S'émancipant vite de la leçon de Gauguin, il réalisera, vers 1892-1894, des tableaux qui touchent à la quintessence du synthétisme. Son admiration pour les primitifs italiens et rhénans l'incite à voyager en Ombrie, en Toscane et en Allemagne. Puis, il séjourne en 1897 et en 1899 à l'abbaye bénédictine de Beuron, au sud de la Forêt-Noire, où il retrouve son confrère Jan Verkade. Étudiant la logique du nombre d'or, Sérusier se passionne pour la recherche des «saintes mesures», une série de formules mathématiques qu'a conçues le père Lenz, adepte du dépouillement dans l'art religieux et mural. L'épure de la composition passe par une réduction de la palette des couleurs et par une géométrisation très poussée. Le peintre travaille aussi les correspondances musicales des couleurs, aboutissant à la création de cercles chromatiques. Ses tableaux traduisent une aspiration vers une plus grande austérité, parfaitement incarnée dans la terre bretonne. Tout le rattache à cette région, qu'il considère comme sa « vraie patrie». N'y est-il pas «né en esprit» ? Dans ses portraits, Sérusier s'attarde sur le costume armoricain, jugé «idéal» car intemporel. Quant à ses paysages, ils transcrivent plus particulièrement les environs de Châteauneuf-du-Faou, les vallons verdoyants, les collines mystérieuses et l'omniprésence de l'eau vive. Vers 1899, Paul Sérusier représente plus particulièrement des champs de blé, comme La Moisson aujourd'hui exposée au musée des beaux arts de Nantes. L'alternance des couleurs et la superposition des registres y remplacent la perspective académique traditionnelle. Appartenant à cette veine, notre toile provient d'une collection particulière. Des bleuets, des pavots, des coquelicots, des cœurs de marie chargés de symboles chrétiens, rappellent les tapisseries millefleurs tissées à l'époque gothique sans souci de perspective. Ces fleurs sauvages, placées au premier plan, font ressortir les nuances du blé et du sarrasin prêts à être coupés. Créant des accords de jaune, vert, bleu et rouge, Sérusier inonde la composition de flamboyances, la dotant d'une intense vibration lumineuse. Sans céder à la tentation du flou, notre toile est travaillée en touches fermes et solides pour mieux restituer les sensations de l'instantané. Une excellente récolte à l'horizon…

Paul Sérusier (1864- 1927), Le Champ de blé d'or et de sarrazin, huile sur toile, vers 1900, 103 x 47 cm.

QUAND ?
Samedi 4 mai.

OÙ ?
Brest. Thierry - Lannon & Associés SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 150 000/200 000 €

La Gazette Drouot n° 16 - 26 avril 2013 - Chantal Humbert


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