La Gazette Drouot
Photographies de Raymond Cauchetier
À PARIS / La Nouvelle Vague jamais à bout de souffle

Cette vente entièrement consacrée au photographe Raymond Cauchetier prouve que son regard a su révéler une génération entière d’acteurs.

Raymond Cauchetier se dévoile, en toute liberté. Le jeune homme enthousiaste de 96 ans a lui-même décidé la mise en vente de 130 tirages piochés dans ses précieuses boîtes, confiant à Viviane Esders : «Choisissez ceux que vous voulez !». Message reçu. Un panorama de soixante années de photographies défilera ainsi sous nos yeux, tirages argentiques d’époque ou de 2016, en commençant par les paysages d’Indochine. Envoyé à Saïgon en 1951 par le ministère de l’Air, Cauchetier y crée les services de presse de l’armée de l’Air et, en bon petit soldat, s’achète un Rolleiflex, l’attribut de tout correspondant de terrain qui se respecte. Appareil au poing, il découvre le Vietnam, le Laos puis le Cambodge. Ses premières photographies d’enfants regardant vers l’avenir, de paysans dans la brume matinale et de temples enfouis dans la jungle, ou en émergeant avec majesté, affirment déjà une vraie maîtrise technique. C’est d’ailleurs au Cambodge que le producteur Jean-Paul Guibert lui demande de couvrir le film Mort en fraude que Marcel Camus va venir tourner sur place, avec Daniel Gélin et Anh Méchard. Il ne le sait pas encore, mais il vient d’entrer par la grande porte dans le monde du cinéma et va lui aussi illustrer cette révolution qui portera le nom de «Nouvelle Vague».
De 1959 à 1968, Raymond Cauchetier se fait un nom comme photographe de cinéma et accompagne Chabrol, Truffault, Tavernier, Demy, Varda ou Godard sur leurs tournages. Même sur un plateau, il se souvient de ses débuts de reporter et travaille comme s’il était encore sur les routes : là où d’autres n’interviennent qu’en témoins discrets des scènes filmées, lui saisit les acteurs à l’instant T, ce petit moment où tout bascule. En 1959, Jean-Luc Godard le choisit pour À bout de souffle. Le film sera un séisme dans l’univers bien ordonné du cinéma d’alors. Le réalisateur iconoclaste casse tous les codes. Et le photographe Cauchetier est lancé. Jeanne Moreau courant à perdre haleine, Anouk Aimée entamant un pas de danse endiablé, Jean-Luc Godard embrassant Anna Karina, Françoise Dorléac si douce en conversation secrète avec son réalisateur ou François Truffault derrière sa caméra...
On lui doit tous ces instants volés et immortalisés qui ont contribué – presque autant que le film lui-même ? – à en faire le succès. S’il nous fallait parmi tous ces trésors du septième art n’en choisir qu’un seul, ce serait peut-être ce cliché de Jean Seberg magnifique et envoûtante, le visage en partie dissimulé derrière une volute de fumée de cigarette et le regard déjà si loin, si triste. Le photographe avait déjà capté cette petite faille, qui la fera basculer quelques années plus tard. À ce moment-là, elle était pour tous Patricia, la petite vendeuse du Herald tribune radieuse, vive et joliment androgyne dans son petit pantalon et avec sa coupe courte, qui séduisait Jean-Paul Belmondo – et tant d’autres. Jean-Paul Belmondo, sur la joue duquel elle pose un chaste et hâtif baiser un après-midi de fin d’été en bas des Champs-Élysées.
Silence, on aime.

cauchetier

Raymond Cauchetier (né en 1920),
À bout de souffle, Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg lors du tournage du film réalisé par Jean-Luc Godard en 1959, tirage argentique 2016, numéroté 1/1, 46,5 x 52,5 cm.
© Raymond Cauchetier 2016


QUAND ?
Lundi 4 avril 2016


OÙ ?
Salle 2 - Drouot-Richelieu.
Yann Le Mouël SVV. Mme Esders


COMBIEN ?
Estimation 4 000/5 000 euros chacun

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À bout de souffle, Jean Seberg lors du tournage du film réalisé par Jean-Luc Godard en 1959,
tirage argentique 2016, numéroté 1/1, 58 x 42 cm.
© Raymond Cauchetier 2016
La Gazette Drouot n°13 du vendredi 1er avril 2016- Anne Doridou-Heim


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