La Gazette Drouot
Un bureau de Jean Prouvé
À PARIS / Icône de la rigueur, le bureau Présidence

Jean Prouvé a imaginé le bureau pratique et pouvant accueillir des éléments différents à la commande. Petits détails, salués par de grandes enchères.

Tant en architecture que pour le mobilier, Jean Prouvé se pose des questions toutes simples : Quelle doit être sa fonction ? Pour quel usage ? En quel lieu ?
Il exige avant tout la fiabilité de l’objet fini. On s’intéressera ici au seul bureau Présidence, connu tout d’abord sous le nom de Haricot, la forme de son plateau, supporté par un piétement asymétrique, évoquant à la fois le légume et un boomerang. Cette trouvaille permet d’installer confortablement plusieurs visiteurs autour du meuble. Il réalise le premier modèle en 1947, pour son usage personnel. Le plateau de chêne repose sur des pieds en tôle pliée et laquée noir.
Ce bureau au pedigree de choix est passé en vente à Paris, en décembre 2012, et fut adjugé 446 110 euros frais compris. Dès l’année 1948, la production est lancée dans ses ateliers, à Maxéville, près de Nancy. Une première commande est réalisée pour le directeur du Centre des chèques postaux de Bruxelles.
Le n° 2, appelé «Ferrembal» du nom de l’entreprise de fabrication d’emballage en fer-blanc et d’impression sur métal installé dans la région nancéienne, a fait l’objet d’une commande de son directeur, Pierre Bindschedler, ami de Jean Prouvé, dont le soutien financier a d’ailleurs permis le développement de l’usine de Maxéville. Le plateau, plus allongé que le modèle, est en placage de chêne et la structure, en tôle d’acier pliée laquée ivoire, est conçue en un seul élément, et non en trois parties comme pour les autres exemplaires. Autre variante : le caisson est partiellement construit en bois. «Ferrembal» a été adjugé 205 000 euros frais compris lors d’une vacation parisienne, en novembre 2010. Grâce à des éléments standardisés, il est en effet possible de satisfaire des commandes particulières et pour un coût moindre. Imaginez les sommes demandées pour les grandes réalisations, il est vrai raffinées à l’extrême, de Ruhlmann ou Dupré-Lafon à la grande époque de l’art décoratif, les années 1925-1930. Durant une dizaine d’années, les membres de l’UAM travaillent à concevoir de beaux meubles à des prix industriels. Une idée qui était déjà chère aux créateurs de l’école de Nancy au début du XXe siècle.
Ce bureau, particulièrement apprécié par des architectes et des directeurs de société pendant les Trente glorieuses, atteint désormais des sommes faramineuses. Quel paradoxe ! En mai dernier, toujours à Paris, le modèle fabriqué en 1952 pour Albert Chambon a dépassé le million d’euros ! Le bureau proposé le 3 décembre prochain a quant à lui appartenu à Blaise Veillerot, fondateur de la société Métal Meubles, qui collabora à la réalisation des meubles de Jean Prouvé jusqu’en 1953 ; la galerie Steph Simon en assura ensuite l’édition jusqu’en 1970. Depuis le décès de Blaise Veillerot, en 1978, il est resté dans sa famille. Selon les ouvrages de référence, seule une trentaine d’exemplaires du modèle Présidence aurait vu le jour, d’où sa rareté sur le marché, tant dans les galeries qu’en ventes aux enchères. À coup sûr, la gamme blonde, noire et grise particulièrement élégante de celui-ci attirera de nombreux amateurs.

prouve

Jean Prouvé (1901-1984), bureau Présidence n° 201,
création de 1948, piétement asymétrique en tôle d’acier noire pliée, supportant un large plateau en bois lamellé plaqué chêne, tirette-plumier incorporée, caisson à quatre tiroirs en acier laqué gris,
sabots de protection en acier inox,
bureau : 75 x 247 x 147 cm
caisson seul : 68 x 42 x 75 cm.


QUAND ?
Jeudi 3 décembre 2015



OÙ ?
Salle 14-15 - Drouot-Richelieu. Millon & Associés SVV. MM. Denis, Fourtin


COMBIEN ?
Estimation : 300 000/400 000 euros

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Détail
La Gazette Drouot n° 40 du vendredi 20 novembre 2015 - Anne Foster


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