La Gazette Drouot
Un meuble de Majorelle
EN RÉGIONS / Un meuble pictural

Artiste total, acteur inspiré des changements de l’époque 1900, Louis Majorelle sut insuffler un mouvement novateur à l’ébénisterie, entre naturalisme et symbolisme

Quand la peinture symboliste s’empare du mobilier, les arts dits «décoratifs» accèdent au statut d’«art total». Cette notion totalement novatrice devait s’épanouir à l’époque bien nommée de «l’art nouveau». Réalisé en 1904 et présenté au Salon des industries du mobilier l’année suivante, ce meuble d’un modèle quasiment unique – il reprendrait un décor daté de 1898, selon Roselyne Bouvier dans son ouvrage sur Majorelle (éd. Serpenoise, 1991) – est sculpté de fleurs, ses deux panneaux latéraux étant ornés de fabuleuses marqueteries de femmes s’adonnant à la cueillette dans un jardin. Un motif symboliste s’il en est, faisant référence à la pureté virginale et à un Jardin d’éden moderne, dont la maîtrise et la virtuosité d’exécution rapprochent cette marqueterie de l’art pictural. D’ailleurs, Louis Majorelle a signé en bas à droite de la composition, tel un peintre. S’il demeure comme l’ébéniste de l’école de Nancy, Majorelle n’en fut pas moins un artiste complet, peintre, décorateur, céramiste, verrier ou encore ferronnier. Après des études aux Beaux-Arts de Paris, orientées tout d’abord vers le dessin, il succède en 1879 à son père, Auguste, dans ses ateliers nancéiens produisant aussi bien de la céramique que des meubles. Ses premières créations perpétuent la tradition paternelle des pastiches du XVIIIe siècle et des meubles en vernis Martin, très prisés à cette époque. Il faudra attendre 1894 pour voir des nouveautés dans la production de Louis Majorelle. Durant les années suivantes, qui le mèneront à la consécration de 1900, il mit au point un style et un langage novateurs, inspirés des créations contemporaines belges, mais aussi du travail d’Émile Gallé. Ainsi, la vitrine Flore hivernale, réalisée en 1889 par ce dernier et conservée au musée d’Orsay, fut sans aucun doute une importante source d’inspiration quant à notre décor marqueté et à son association avec la structure du meuble. En écho, Majorelle donnera quant à lui naissance en 1894 à la table La Source, de forme encore traditionnelle, mais au décor marqueté naturaliste nettement renouvelé, la figure de femme à la longue chevelure étant d’un esprit déjà symboliste. Louis Majorelle, toutefois, reste l’ébéniste du courant art nouveau. Il sut aborder la spécialité avec un regard neuf. Bientôt, les décors se soumettent aux formes, et non le contraire. Il aime le bois, en particulier les essences exotiques, acajou, courbaril et palissandre, et la nature qui lui sert d’ornement principal, notamment dans ses célèbres séries «aux orchidées», «aux nénuphars» ou «aux ombelles». Un goût venu au contact de l’artiste nippon Takashima, élève à l’école forestière de Nancy. Les meubles de Majorelle s’allègent, se modernisent et accueillent des marqueteries de plus en plus somptueuses entre 1896 et 1900, à l’image de nos deux jeunes femmes s’intégrant parfaitement dans les panneaux latéraux et trouvant une élégante continuité dans le décor végétal sculpté. Rares par leur format et leur qualité d’exécution, ces demoiselles sont les cousines des égéries d’Alfons Mucha ou des muses d’Edgar Maxence. Les décors animés de personnages sont toutefois exceptionnels chez Majorelle, s’effaçant bientôt au profit d’une épuration du décor et d’une attention accrue portée au fonctionnalisme.

majorelle

Louis Majorelle (1859-1926),
vitrine d’apparat, 1904, en noyer mouluré, acajou et palissandre, décor floral sculpté et marqueterie,
225 x 122 x 40 cm.

QUAND ?
Jeudi 3 décembre 2015



OÙ ?
Lyon. Bérard - Péron - Schintgen SVV. M. Roche


COMBIEN ?
Estimation : 40 000/60 000 euros

kiki
Détail
La Gazette Drouot n° 40 du vendredi 20 novembre 2015 - Caroline Legrand


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