La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Paire de vase en bronze
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En passant par le Japon
L’orfèvrerie n’a pas échappé au vent d’Extrême-Orient qui soufflait sur l’Europe
dans les années 1860. Témoins, ces vases de la maison Christofle dessinés par Émile Reiber.
Adjugé 349 454 € frais compris.
Christofle. Paire de vases en bronze patiné et fonte à décor en applique à patine argentée et dorée, le fond légèrement martelé. Décor d’animaux, de fruits, et de fleurs en application de différents alliages sur fond de cuivre. Dessins d’Émile Reiber. H. : 97, diam. : 50 cm.
Paris, lundi 3 décembre, salle 1.
Rieunier & Associés SVV. M. Rieunier.
S’il est un personnage incontournable du japonisme en France, c’est bien lui.
Décorateur spécialisé dans le dessin pour les arts industriels, directeur de l’atelier de création et de dessin chez Christofle à partir de 1866, Émile Reiber (1826-1893) joua un rôle capital au sein de cette maison fondée en 1830 par le bijoutier Charles Christofle. Passionné d’histoire et par les arts du pays du Soleil-Levant, Reiber a réuni une collection où se mêlent estampes, objets et livres sur le Japon...
Chez Christofle, il sait adapter les ornements à l’orfèvrerie à l’aide d’émaux cloisonnés, d’incrustation, de guillochage, ou, comme ici, d’application de métaux ou d’alliages de différente couleur. Les décors ne sont pas en reste, qui revisitent l’Extrême-Orient. Comme ici, où se côtoient fleurs, fruits, animaux fantastiques et élégantes jeunes femmes. Bientôt naîtra l’art nouveau et l’omniprésence du végétal. Mais, c’est une autre histoire... Pour l’heure, la vague du japonisme se répand sur l’Europe ; nous sommes dans les années 1860-1870. L’orfèvrerie, la céramique, la verrerie, aucune discipline n’échappe à la douce tentation. Émile Reiber, mais aussi Samuel Bing – collectionneur, expert et marchand installé en France – n’ont de cesse de faire connaître le Japon. En 1888, celui-ci fonde la revue "Le Japon artistique", afin d’éclairer l’amateur de "toute production élégante de l’art". À l’idée de faire connaître les arts et les traditions de cette partie du globe, s’ajoute celle d’initier les artistes à de nouvelles formes de création, de les encourager à réaliser des oeuvres vivifiées par cette nouvelle esthétique. Pari réussi : pendant une cinquantaine d’années, "le japonisme est plus qu’une fantaisie, c’est une passion, une religion", comme l’écrit le critique Jules Claretie en 1872.
À l’Exposition universelle de 1867, des milliers d’objets sont présentés, des maisons japonaises reconstituées donnent un aperçu de la vie quotidienne... Émile Reiber est conquis. L’année précédente, déjà, il avait été impressionné par l‘exposition de la collection d’objets et de meubles rapportés d’Extrême-Orient par Henri Cernuschi. Aujourd’hui, le musée des Arts décoratifs de Paris conserve une encoignure dessinée par Émile Reiber, exécutée par l’ébéniste Grohé avec le concours de l’émailleur Antoine Tard et de la maison Christofle. Le bois côtoie le bronze, le cuivre, l’argent et l’émail, une geisha de profil apparaît dans un entourage végétal. Le pendant de ce meuble a recueilli le 23 février 2006 (Christie’s, Londres), l’enchère de 321 600 £. Un score de bon augure pour nos vases, qui eurent les honneurs en 1880 d’une exposition à l’Union centrale des arts décoratifs et, en 1889, ceux de l’Exposition universelle. Nul doute que particuliers, marchands et musées seront sur les rangs dans quelques jours...
D’ici là, restons zen !
Claire Papon