La Gazette Drouot
Paysages espagnols de Giuseppe Canella
Un voyage, une collection

Deux paysages espagnols de Giuseppe Canella invitent à une promenade au coeur
de la peinture du XIXe collectionnée par Roger et Suzanne Jouve. Départ immédiat.

“Grand Tour”... dans le sens inverse de ses contemporains. Lui a choisi de quitter l’Italie plusieurs années durant, pour égayer son regard et aiguiser ses sens devant les paysages espagnols, hollandais et français. Habitué dés son plus jeune âge à composer des scénographies en compagnie de son père, peintre de décors de théâtre, Giuseppe est tout naturellement devenu l’un des védutistes les plus prisés de son temps. Il débute sa carrière dans sa ville natale, Vérone, puis à Mantoue, après un premier passage obligé dans la Sérénissime. Influencé par les Vénitiens Francesco Guardi ou Luca Carlevaris, mais aussi par les bambochades des artistes hollandais, Canella se spécialise dans les paysages urbains ou ruraux en perspective, toujours agrémentés d’anecdotes animées de personnages, dont
l’atmosphère claire et lumineuse exalte cette période marquée par le romantisme. Il connaît son premier succès officiel en 1818, lors d’une exposition à l’Académie de Brera à Milan. Le début des années 1820 ouvre la période des voyages. Un tour d’Europe que le peintre commence par l’Espagne avant de découvrir les Pays-Bas puis, en 1823, la France, où il arpentera pendant durant près de dix années la capitale, mais aussi la campagne avec pour arrêts Fontainebleau, la Normandie ou encore l’Alsace. De retour dans son pays en 1832, il s’installe dans la cité des Doges et concentre son travail sur les vedute citadines de grand ou de petit format, qui devaient très vite faire le bonheur de nombreux collectionneurs. À l’image de nos deux cuivres d’une dizaine de centimètres de côté, ses compositions sont de véritables tours de force, où la précision architecturale rivalise avec une mise en scène attachante. Ainsi l’on peut reconnaître en page de gauche l’animation du Paseo de Recoletos, cette grande voie madrilène encore existante mais aujourd’hui orpheline du couvent des Récollets de l’arrière-plan, et, ci-dessus, le majestueux palais de l’Escurial où vécut Philippe II d’Espagne.
Estimation : 15 000/20 000 euros.
Giuseppe Canella (1788-1847), Le Château royal de l’Escurial (ci-dessus), paire d’huiles sur cuivre (voir ci-dessous),
8,5 x 12 cm.

Brest, samedi 3 et dimanche 4 novembre. Thierry - Lannon & Associés SVV. M. Schoeller, Cabinet Turquin.
Nos petits bijoux illumineront la vente de la collection Roger et Suzanne Jouve, qui ont su perpétuer à merveille la tradition familiale. Réunies pour la plupart entre 1950 et 1980, quelque cinq cents oeuvres nous offrent un généreux panel des créations du XIXe siècle. L’art du paysage est on s’en doute largement abordé, où une Vue du Bosphore de Jules Noël, prisée 5 000/6 000 euros, côtoie la nature barbizonnière d’une Mère et enfant sur le chemin de Paul Désiré Trouillebert, à la même estimation. Les parents de Suzanne Jouve, galeristes à Montparnasse puis à Montmartre, avaient acquis l’ensemble de l’atelier de Julien Gustave Gagliardini ; aussi retrouve-t-on plusieurs toiles de ce paysagiste, dont Marché du Rialto à Venise attendu à 3 000/4 000 euros. L’orientalisme sera encore illustré par La Halte des cavaliers de Jules-Jacques Veyrassat (8 000/12 000 euros), Jean-Baptiste Olive hissant les couleurs de la peinture de marines avec La Rade de Toulon (10 000/5 000 euros). On s’achemine doucement jusqu’au tournant du siècle, aussi bien avec des images du Paris de la Belle Époque (Soir de fête d’Albert Paul Guillaume, même estimation), que des toiles des artistes d’avant-garde. Retenons Falaise d’Ouessant d’Henry Moret, ici estimée 40 000/60 000 euros, ou encore une Femme au violon de l’Irlandais Roderic O’Conor, l’un des premiers pensionnaires de Pont-Aven, attendue à 40 000/60 000 euros. Des bronzes de Louis-Antoine Barye achèveront ce voyage au coeur d’une collection familiale, qui indéniablement a eu de la suite dans les idées...
Vue du couvent des Récollets à Madrid
La Gazette Drouot n° 36 - 19 octobre 2012 - Caroline Legrand


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