La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Chouette lapone Strix nebulosa
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Chouette alors !
Des yeux comme des billes, un visage lunaire... La chouette lapone est depuis longtemps célèbre, sous toutes les latitudes. Mais, gare à celui qui l’effraie !

Adjugé 4 800 € frais compris.
Chouette lapone Strix nebulosa.
Paris, mercredi 3 octobre, salle 4.
Rieunier et Associés SVV. M. Lachaume.

Difficile de la manquer, en effet, avec son énorme tête ronde toute en cercles et sans aigrette, ses yeux jaune vif, sa longue queue, sa tache noire sous le menton, des plumes blanches en guise de moustache ou de noeud papillon... D’autant qu’elle figure parmi les plus grands représentants de la famille des strigidés et n’a rien à envier à ses cousins les grands ducs et les hiboux : haute de 60 à 70 cm, son envergure peut atteindre le mètre cinquante, le mâle affichant à la pesée 1 kg, contre 1,5 pour sa compagne. Côté vêture, la chouette n’évolue pas non plus dans la catégorie poids plume, parée d’une épaisse livrée gris cendré nuancé de tâches brunes, indispensable pour résister aux froids des forêts, tourbières ou marais de Scandinavie, de Russie, d’Alaska et du Canada. C’est bien connu, la vie au Grand Nord est plus difficile que partout ailleurs. L’hibernation, ce n’est pas pour elle... Alors, question nourriture, la chouette lapone doit chasser en nombre souris, musaraignes, campagnoles, taupes et autres grenouilles, n’hésitant pas à se mesurer, quand l’occasion se présente, à des proies plus conséquentes, à savoir le rat musqué, le lièvre, le corbeau ou le faisan. Autant de victimes repérées de très loin – grâce à une vue perçante, une ouïe portant jusque sous la neige – et avalées tout rond ! Dernière précision, non sans importance : sa tête peut pivoter jusqu’à former un angle de 270°... Des yeux derrière soi, en quelque sorte.
Oiseau nocturne, bien sûr, notre Strix nebulosa peut toutefois s’aventurer en plein jour. Si les provisions viennent à manquer à cause des rigueurs de l’hiver, il effectuera une migration vers des contrées plus méridionales. Rien ne l’arrête, pas même l’idée de quitter son toit. Quoi de plus facile, en effet, quand on préfère à son propre nid ceux abandonnés par les écureuils, les corneilles ou les rapaces ! Quelques aménagements suffisent à la femelle pour pondre ses oeufs (de 3 à 5) et les couver – farouchement – un mois, durant lequel monsieur se charge d’assurer le ravitaillement. Si son vol totalement silencieux lui vaut le surnom de «fantôme», la chouette fut consacrée à Minerve, déesse de la sagesse et de la guerre. Son survol d’une armée avant une bataille était considéré comme un présage de victoire par les Grecs, tandis qu’elle était signe de morts chez les Romains, car elle vole la nuit et niche en des lieux difficiles d’accès. Le Moyen Âge, lui, l’associe à la tromperie, ne chasse-t-elle pas dans l’obscurité alors que ses proies ne peuvent voir... Représentée sur une pile de livres comme symbole de connaissance, la chouette est aussi un attribut de la Nuit. Sagesse et obscurité, incarnation du conseil, mais aussi de la superstition. Pour terminer, on rassurera les amis des animaux : ce spécimen, comme la soixantaine d’autres volatiles de cette vacation, est né et a été élevé en captivité. Décidément, rien n’est simple !
Claire Papon