La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une applique d'Antoine Coquelin
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Quai des orfèvres
Au centre d’une vente classique, cette plaque de lumière est l’une des rares pièces de forme d’orfèvrerie civile du début du XVIIe siècle. Éclaircissements.

Adjugé : 25 000 €.
Applique en argent fondu, forgé,
repoussé et ciselé. Maître-orfèvre :
Antoine Coquelin.
Paris, 1622-1623. H. : 18,7 cm.
Lundi 3 juillet 2006, salle 6.
Éric Caudron SVV.

Bien des points demeurent obscurs concernant les orfèvres, malgré l’existence des poinçons. Ceux-ci sont souvent muets, car illisibles, incomplets ou, bien sûr, non identifiés. Tel n’est pas le cas de cette applique : sa marque nous indique une oeuvre d’Antoine Coquelin, reçu maître à Paris en 1610, établi sur le Pont-au-Change et dont une patène et un calice sont conservés dans une église de l’Eure. Cette pièce est probablement née d’une commande d’un amateur, venu avec le dessin de la plaque proprement dite, et faisait sans doute partie d’une paire, voire d’une série. La composition – aux formes libres et asymétriques du style auriculaire répandu en Flandres et en Angleterre – se retrouve dans une planche gravée par l’Anversois Pierre Furens, installé à Paris au début du XVIIe. Quant au créateur du motif, il s’agit d’un Italien dont la carrière fut internationale : Federico Zuccaro (1540-1609). Antoine Coquelin réalise donc en métal précieux l’ornement central sur les instructions de son client et ajoute le bras, sur lequel est fixé le binet supportant la bougie et la coquille de la partie supérieure, qui sert elle aussi à renvoyer la lumière. Nous n’en sommes en effet qu’aux balbutiements des accessoires d’éclairage, l’usage de la torche n’est pas bien loin. Bras, plaques et appliques se répandent en ce tout début du XVIIe siècle, ainsi que les girandoles, bougeoirs, chandeliers et même lustres d’argent. Autant d’objets en parfaite harmonie avec le mobilier d’argent en vogue à l’époque. Les plaques sont les plus nombreuses et les plus caractéristiques, mais elles ne se rencontrent que chez les grands personnages. En 1633, par exemple, Condé en possède plusieurs, dont une «de vermeil doré ciselé, tout autour à jour et le milieu tout plain et uni» ; l’inventaire après décès de Mazarin fait notamment état de seize plaques d’argent doré. Quand on aime, on ne compte pas... Aucun document concernant Antoine Coquelin n’a pu être sauvé du terrible incendie qui ravagea le Pont-au-Change en octobre 1621, dont une chandelle mal éteinte serait la cause. Le 24 de ce mois, le pont de bois, déjà ébranlé par le martèlement des ateliers – une centaine de forges et de boutiques d’orfèvres y sont installées –, les flots de la Seine charriant de plus régulièrement des débris de glace, le pont si passant, donc, devient pour huit jours la proie des flammes. Une trentaine d’artistes périssent dans l’incendie ou dans les flots, les plus riches familles d’orfèvres sont ruinées. Le nouveau pont, en pierre cette fois, n’est achevé qu’en 1647, financé en bonne partie par les orfèvres. En les chassant de leur "quartier général", l’incendie marque aussi la fin de leur implantation. Dès les années 1650, il est l’objet d’une certaine désaffection. À l’extrême fin du siècle, seuls dix orfèvres y sont propriétaires. La plupart ont élu domicile sur le pont Notre-Dame, la place Dauphine, le quartier de Sainte-Opportune et, surtout, sur «le quai qui regarde les Augustins», comme on l’appelle alors. Ce n’est qu’en 1652 qu’il prend un véritable nom : le quai des Orfèvres... célèbre aujourd’hui pour accueillir des hôtes d’une autre nature !
Claire Papon