La Gazette Drouot
Une plaque de Gustave Miklos
À PARIS / Un maître de l’art déco pour une raffinerie

Les industriels n’hésitaient pas à faire appel à des artistes renommés pour leurs cadeaux d’entreprise, comme l’atteste cette plaque de Gustave Miklos.

Au début des années 1930, le Hongrois Gustave Miklos, installé en France depuis 1909, n’est plus un inconnu. Ami de Csaky depuis leurs études à l’École royale des arts de Budapest, il s’intéresse au nouveau mouvement d’avant-garde, le cubisme. Vivant à la Ruche, ensemble d’ateliers de beaucoup de peintres étrangers, notamment de l’Europe de l’Est, il s’inscrit aux cours de Metzinger, après avoir étudié chez Le Fauconnier. C’est une époque de vache maigre, gagnée en exécutant des dessins pour les étudiants de l’école d’architecture. À la déclaration de guerre, en 1914, il lance un appel aux artistes étrangers pour s’engager dans l’armée française ; avec Jean Lambert-Rucki, il rejoint la Légion étrangère et est intégré dans l’armée d’Orient. Affecté à la restauration de la basilique Saint-Georges de Salonique, il y rencontre Paul Jouve et Jean Goulden. Vient alors une période d’incertitude ; il arrête la peinture mais travaille beaucoup – et se fait un nom – comme illustrateur, s’intéresse à l’émail et au laque et, vers 1920, entre dans l’atelier de Jean Dunand pour réaliser ses bas-reliefs sur cuivre. Plus important pour sa carrière, il est découvert par Jacques Doucet ; il devient l’assistant de Pierre Legrain à la décoration du studio Saint-James et fournit des oeuvres très diverses : meubles, verres, sculptures, tapis... Gustave Miklos expose avec –et travaille aussi pour – le groupe Dunand, Goulden et Schmied. En 1928, il expose ses sculptures et bas-reliefs à la galerie de la revue Renaissance de l’art français et des industries du luxe, qui seront acquises entre autres par Jeanne Lanvin, le docteur Mardrus, la famille Rothschild... Deux ans plus tard, il compte parmi les membres fondateurs de l’UAM, présentant six bronzes à la première exposition du groupe. Lorsqu’il conçoit cette médaille, ou plaquette, pour la Standard franco-américaine de raffinage, Miklos est un sculpteur reconnu de la mouvance la plus avant-gardiste. Depuis 1902, la Standard Oil du New Jersey est implantée en France. Créée en 1929, la Société franco-américaine de Raffinage devient trois ans plus tard la Standard franco-américaine, dont l’objectif est de construire une raffinerie des plus modernes, but atteint en 1933 avec l’ouverture de Port-Jérôme, d’une capacité initiale de distillation d’un million de tonnes de brut par an. Ce nom est emprunté au port créé en 1861, sous Napoléon III, le long de la Seine, face à Quillebeuf, et baptisé en l’honneur de Jérôme Bonaparte, frère cadet de Napoléon Ier. Pour en célébrer l’inauguration, la Standard décide de commander un certain nombre de plaquettes, distribuées probablement aux administrateurs de la société. L’usine sera volontairement incendiée en 1940 pour échapper aux troupes allemandes... Cette médaille était pour un certain J. Blondel, nom gravé sur le socle placé devant Athéna, protectrice de Prométhée, dont une légende tardive rapporte qu’il aurait façonné avec de la terre et de l’eau le premier homme, auquel la déesse aux yeux pers aurait insufflé vie.

miklos

Gustave Miklos (1888-1967), médaille en bronze pour la Standard franco-américaine de raffinage, 1934,
h. 10,5 cm, poids : 404,90 g ; dans sa boîte en similicuir noir.

QUAND ?
Mardi 3 mai 2016

OÙ ?
17, rue de Provence.
Collin du Bocage SVV. M. Sombart.

COMBIEN ?
Estimation : 500/800 €.

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Détail
La Gazette Drouot n° 17 du vendredi 22 avril 2016-Anne Foster


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