La Gazette Drouot
Une émeraude pour le Bey
EN RÉGIONS / Une émeraude pour le Bey

Une technique d’incrustation impressionnante, des pierres aux couleurs éclatantes et un motif hautement symbolique… De Tunis à la Normandie, histoire d’un bijou souverain.

Patience et délicatesse : deux qualités dont les joailliers qui créèrent ce pendentif devaient être amplement dotés ! Plusieurs essais, plus ou moins fructueux, auront été nécessaires avant d’obtenir ce cocon parfait du motif en plein cœur d’un magnifique cabochon d’émeraude d’environ 60 ct. L’incrustation, ou «damasquinage», a été inventée par l’Orient antique, plus précisément dans la capitale syrienne, qui donna son nom à cette technique. Ici, pas de droit à l’erreur, c’est l’émeraude qui reçoit directement le décor fait de perles et de pierres précieuses ; d’une grande fragilité, celle-ci ne doit pas être maltraitée, au risque de se briser. Pour que chaque élément trouve sa place, le travail devient tour de force. Symbole de souveraineté – de Childéric, le roi des Francs, à Napoléon Ier, l’abeille orne notre pendentif. Le corps est formé d’un cabochon de rubis gravé de godrons et d’un saphir poli, tandis que la tête est sertie d’une opale, les yeux de rubis. Enfin, les ailes, les pattes et les antennes sont pavées de diamants taillés en rose. L’entourage à motif ajouré du bijou est également agrémenté de diamants en rose, mais aussi de perles fines auxquelles répondent celles, plus petites, du collier à double rang monté postérieurement. Difficile aujourd’hui d’affirmer le rôle de ce bijou lors de sa création, au XIXe siècle. Selon la tradition de la famille normande à laquelle il appartient, il fut acquis auprès du Bey de Tunis, à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. Alors installé en Tunisie, le père de l’actuel propriétaire a prêté de l’argent au Bey, en proie à quelques soucis financiers, qui donna en garantie ce pendentif. Il comptait le récupérer après un remboursement… qui ne vint jamais. Cette abeille était sans doute l’une des plus belles pièces de sa collection, qu’il portait peut-être lui-même en pendentif ou en broche sur sa coiffe. Le choix de cette belle émeraude n’avait rien de hasardeux pour le souverain arabe. Le vert n’est-il pas la couleur de l’Islam ? Le prophète Mahomet portait un manteau et un turban verts, et le Coran décrit le paradis comme un endroit où l’on porte «des vêtements verts en soie fine». Symbole également de la nature et de la vie, il orne la plupart des drapeaux des pays du Maghreb. L’émeraude est ainsi tout naturellement l’une des pierres précieuses les plus appréciées du Maghreb et du Moyen-Orient. Un penchant d’autant plus aisé, que les premiers gisements de cette variété de béryl furent découverts, deux mille ans avant notre ère, en Égypte, dans les mines de Cléopâtre. Un grand nombre d’ornements de la reine furent mis au jour durant les fouilles de François Auguste Ferdinand Mariette, qu’il présenta à Londres pour l’Exposition universelle de 1862. En plein cœur de ce siècle profondément historiciste, où les artisans aiment à redécouvrir les arts de l’Antiquité, du Moyen Âge ou encore de la Renaissance, ces bijoux eurent un bel écho. À l’image de notre pendentif, toutefois orné d’une émeraude non pas égyptienne, mais colombienne, la découverte du Nouveau Monde étant aussi passée par là !.

pendentif

XIXe siècle. Pendentif en or jaune centré d’un cabochon d’émeraude de 60 ct env., décor d’abeilles orné de rubis, saphirs, opale et perles fines, certificat LFG émeraude de Colombie, rubis naturel Birman et saphir naturel.


QUAND ?
Dimanche 2 novembre 2014

OÙ ?
Deauville. Tradart Deauville SVV.
Cabinet Mély & Mure.

COMBIEN ?
Estimation : 70 000/90 000 €.

La Gazette Drouot n° 36 - Vendredi 24 octobre 2014 - Caroline Legrand


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