La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une photo de Brassaï
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Métamorphose d’un artiste en photographe
Les premières années parisiennes ont fourni au peintre Brassaï les images de son succès photographique. En trois vacations, Paris s’expose dans son oeil de lumière.

Adjugé 16 500 € (20 053 avec frais).
Gyula Halász dit Brassaï (1899-1984).
Hôtel de passe, rue Quincampoix,
vers 1932. Tirage vers 1960,
22,5 x 29,5 cm.
Lundi 2, mardi 3 octobre 2006,
Drouot-Montaigne
le 2 à 14h, le 3 à 14h et 20h.
Millon & Associés SVV.
Mme Ritzenthaler,
MM. Goeury, Sonenberg.

Dans les années vingt, Paris attirait à la façon d’un aimant tout peintre épris de modernité et de renommée. "Me voici enfin à Paris", écrit en février 1924 Brassaï, qui n’est encore que Gyula Halász, dans sa première lettre parisienne à ses parents. La ville qu’il va faire sienne, à la fois moderne et historique, présente de multiples visages. Montparnasse et Montmartre, ces lieux phares pour les artistes, offrent ateliers et vie nocturne trépidante. Belleville, Ménilmontant, les Halles et le Marais conservent encore leur visage populaire, leurs petits métiers. Le faubourg Saint-Germain ou l’univers proustien des nouveaux quartiers huppés de l’Ouest parisien abritent les lanceurs de modes et de talents. "J’observe, émerveillé et ravi, aussi bien les gens que les pierres", commente Halász un mois après son arrivée. "Partout dans la ville, la vie est pleine d’entrain [...] c’est ce qui m’intéresse le plus : comment Paris vit et bouge, mais aussi comment les hommes bougent avec lui aujourd’hui". L’artiste plonge à corps perdu dans ce maelström : visites du Louvre, des galeries, rendez-vous à la Rotonde ou au Select, soirées prolongées chez la Mère Catherine, dancings et bal. Avec, parfois, le piment des amours tarifées et, le plus souvent, retour au petit matin dans un Paris enfin désert, dernier arrêt pour un "café-croissants-lecture des premiers journaux", avant de regagner à pied la chambre d’hôtel, à travers les jardins du Luxembourg. Il vit alors surtout de sa plume et, à l’occasion de reportages pour des journaux, principalement allemands, grâce aussi à sa rencontre avec Marianne D.-B., Brassaï fréquente la bonne société. Dîners en ville, concerts, courses à Longchamp, s’insèrent rapidement dans un agenda surchargé. Malgré le manque de ressources, jamais il ne doute de sa vocation. Artiste, il veut non pas une "belle vie", mais une "grande vie – autrement c’est sans intérêt". Refusant, à l’inverse de beaucoup, caricatures ou dessins de presse, il découvre la photographie, grâce à Kertész. "Je débordais d’images [...] j’ai dû les rendre sous une autre forme – plus directe – que celle que permet le pinceau." Un thème s’impose vite : le Paris nocturne. Il fera l’objet de son premier livre, publié en 1932 et qui lui apporte la renommée, le Paris secret déjà en projet devant attendre plus de quarante ans pour être édité. Le photographe illumine de poésie la réalité de la ville et de ses habitants. Brassaï est né.
Anne Foster