La Gazette Drouot
Collection Louis Blériot
À PARIS / Ailes de légende

Deux cent trente pièces quittent la collection de Louis Blériot, qui racontent la carrière et les exploits de son grand-père… dans les airs, mais aussi sur terre.

Il est 4 h 15 ce matin du 25 juillet 1909 quand Louis Blériot (1872-1936) décolle, près de Calais, à bord de son Blériot XI. Les conditions météorologiques sont bonnes. L’aviateur devrait pouvoir relever le défi lancé par le Daily Mail : traverser la Manche à bord d’un «plus lourd que l’air». À la clé, un prix de mille livres sterling et la garantie d’un carnet de commandes bien rempli pour le constructeur de l’appareil. 34 km séparent les côtes françaises des falaises blanches de l’Angleterre. Seul dans son frêle aéroplane de bois et de toile, sans instruments de navigation, Blériot se dirige en s’aidant des bateaux qui naviguent vers Douvres. Bientôt, il aperçoit l’immense drapeau tricolore qu’un de ses amis a déployé sur une prairie au pied du château-fort qui domine le port britannique. Le désormais légendaire aviateur pose son engin et coupe le moteur devant une foule immense. Pari réussi ! Il a damé le pion à ses deux concurrents, Hubert Latham avec son Antoinette et Charles de Lambert à bord d’un Wright. Notre pilote sera reçu le lendemain par le roi. Mais, plus important encore, son exploit aura un retentissement mondial, démontrant l’utilité de l’aviation. À peine vingt ans plus tôt, le 9 octobre 1890, l’immense chauve-souris de Clément Ader, Éole, s’élevait d’une vingtaine de centimètres et, en 1903, les frères Wright effectuaient un saut de puce. Louis Blériot vient de faire un bond de géant ! Passionné par l’aviation naissante, c’est toutefois dans la fabrication des phares à acétylène d’automobiles que le jeune ingénieur cambrésien a fait fortune. Avec la complicité des frères Voisin, il se lance dans la conception d’aéroplanes et de planeurs. Il crée sa propre équipe, avec laquelle il va produire une quinzaine d’appareils avant celui qui le conduira à la victoire. Les échecs et, surtout, les accidents – trente-deux chutes en deux ans – ne le rebutent pas. Il cessera pourtant de piloter à la fin de l’année 1909, pour se consacrer à sa société, Blériot aéronautique, d’où sortiront de nombreux avions… Aujourd’hui, son petit-fils, Louis Blériot, quatrième du nom, se sépare des souvenirs familiaux et de la collection qu’il a réunie depuis de nombreuses années.
«Je vends car je ne crois plus à un musée», explique celui qui avait tenté, en 1998, de rééditer l’exploit de son illustre ancêtre sur l’un des derniers type XI construits par l’usine de son inventeur. Notre collectionneur n’a pas connu son grand-père, mort en 1936, huit ans avant sa naissance. Mais il a bien sûr très tôt su combien c’était un homme exceptionnel. Un moment reste gravé dans sa mémoire : celui de la commémoration du cinquantenaire de ces trente-sept minutes de vol au-dessus de la Manche… Des photographies, des lettres, des instruments de navigation, des médailles, des cannes, des tabatières, des mascottes de bouchon de radiateur… ainsi qu’un cyclecar Blériot type Whippet de 1920 (12 000/15 000 euros) et une reconstitution de l’aéroplane mythique font revivre cette épopée à Drouot. Pour l’amour du ciel !

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Louis Blériot et son épouse, photographie faisant partie d’un lot de vingt tirages anciens ou retirages.

QUAND ?
Jeudi 2 juillet 2015

OÙ ?
Salle 13 - Drouot-Richelieu.
Morand SVV.

COMBIEN ?
Adjugé frais compris 43 400 €

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Reconstitution d’un aéroplane
Louis Blériot Type XI Traversée de la Manche monoplan motorisé,
hélice bipale, 233 kg.


COMBIEN ?
Estimation : 35 000/50 000 euros

La Gazette Drouot n° 25 du vendredi 26 juin 2015 - Claire Papon


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