La Gazette Drouot
Une toile de Sanyu
À PARIS / Un Chinois parisien

La majeure partie de sa carrière artistique s’est déroulée dans la Ville lumière, pourtant nombre de ses oeuvres se trouvent maintenant en Chine...

Le père de Sanyu pratiquait lui-même la peinture et s’était spécialisé dans les représentations de lions et de chevaux. La famille, plus que prospère et très cultivée, encourage le fils à poursuivre une carrière artistique, l’aîné Chang Junmin étant chargé de gérer la manufacture de soieries familiale. On envoie ainsi le jeune Chang Yu se perfectionner dans l’art de la calligraphie dans l’atelier de Zhao Xi (1877-1938). L’amour de la ligne issue de cet art ancestral chinois, vivante et maîtrisée à la fois, sera une constante de son art. Néanmoins également avide de modernité, il part rejoindre au Japon son autre frère, Bicheng, plus âgé que lui, avant s’installer à Shanghai jusqu’en 1921. Cette année-là, à l’instar de nombreux artistes chinois, il s’en va étudier à Paris, où il retrouve Lin Fengmian et Xu Beihong. Ces derniers rentreront en Chine ; à part quelques séjours dans son pays natal et à New York, Sanyu – son nom francisé – effectuera toute son oeuvre sur les bords de la Seine... Inscrit à l’académie de la Grande Chaumière, il découvre la peinture du nu d’après un modèle vivant, pratique inconnue dans l’art chinois traditionnel. Il adapte sans difficulté la ligne souple de la calligraphie à la sensualité des corps. Grâce aux subsides envoyés par son frère, l’artiste mène grande vie dans le Montparnasse des années 1920. Mais à la mort de ce dernier, en 1931, sa situation financière devient très précaire. Sanyu a rencontré deux ans auparavant Henri-Pierre Roché, qui le soutient et lui achète une centaine de peintures et quelques six cents dessins. Ses sujets de prédilection demeurent les animaux, les nus et les fleurs, ces dernières relevant aussi du genre chinois des «fleurs et oiseaux». Les deux tableaux proposés dans cette vacation, Fleurs dans un vase portant une inscription, huile sur toile des années 1930 attendue autour d’1,5 Meuros, et celui ci-contre, sont issus de la collection de l’homme de lettres, marchand et amateur d’art. Cette toile porte d’ailleurs au dos une mention manuscrite de Roché : «à garder pour NY». En effet, en 1946, il sélectionna cinquante oeuvres représentatives de sa collection afin de les présenter au Museum of Modern Art de New York. Avec les Picasso, les Braque, les Marie Laurencin et les Picabia... figurent cinq oeuvres de Sanyu, dont un bouquet. «Ce qui importe ici n’est pas le sujet lui-même, mais sa faculté à le transposer dans l’univers poétique du visuel», note Roché. On pense à Foujita devant ces toiles lisses et ces lignes tracées au pinceau fin ; on peut le comparer à Matisse pour les volumes simples, le travail tout en retenue de la matière et la subtile harmonie de sa palette – noir profond, nuances d’or et blanc d’ivoire pour les Fleurs, rose, noir d’ébène et blanc crémeux pour les Hortensias. Le peintre suggère la perspective en laissant une ligne plus claire autour du vase des Fleurs, travaillant dans un délicat dégradé la surface plane de la table et le fond tout en hauteur, sur lequel se détachent les larges fleurs d’hortensias. L’art de Sanyu est un parfait syncrétisme de la peinture française contemporaine et de la tradition chinoise.

sanyu

Sanyu (1901-1966), Deux gros hortensias roses, dans un vase blanc,
février 1931, huile sur toile, 73 x 50 cm


QUAND ?
Mardi 2 juin 2015

OÙ ?
Salle 7 - Drouot-Richelieu. Aguttes SVV.

COMBIEN ?
Adjugé avec frais 4 080 320 € (sans frais 3 200 000 €)

La Gazette Drouot n° 21 du vendredi 29 mai 2015 - Anne Foster


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