La Gazette Drouot
Une toile de Louis Valtat
Les fleurs du fauvisme

Magnifiant le jardin de Roucas rou, un tableau de Louis Valtat va prochainement apporter une symphonie de couleurs aux enchères. Promenade, par un bel après-midi d’été...

Selon Sacha Guitry, “Il y a deux sortes de collectionneurs, celui qui cache ses trésors et celui qui les montre ; on est placard ou bien vitrine”... Pierre Lévy donna les trois quarts de sa collection au musée de Troyes. Le dernier pan, livré aux enchères en février 2007, recueillait 6,1 Meuros. Cinq ans plus tard, la même société de ventes propose cette fois une collection d’une cinquantaine de tableaux, à l’abri des regards depuis 1965. Après le décès de son propriétaire, ses héritiers l’avaient placée dans un coffre. Homogène, elle révèle les goûts du grand amateur d’art ; ami intime de plusieurs peintres, il fut aussi proche du couple Bourdon, célèbres marchands parisiens. Après avoir passé quatre décennies au secret, cet ensemble, estimé entre 400 000 et 500 000 euros, dévoile notamment des oeuvres de Charles Walch et de Georges d’Espagnat. Mais c’est Louis Valtat qui se taille la part souveraine, avec dix-sept tableaux. Entré en 1888 à l’académie Julian, le jeune homme reçoit les cours du massier Paul Sérusier, l’initiant aux principes de Gauguin. Il sympathise aussi avec Pierre Bonnard, Maurice Denis et Édouard Vuillard – le futur groupe nabi. Installé quatre ans plus tard dans un atelier rue de la Glacière, Louis Valtat réalise des tableaux violemment expressionnistes, qui sont loués par le critique Félix Fénéon dans la Revue Blanche. Malheureusement atteint de phtisie, le peintre part se faire soigner au sanatorium de Banyuls, puis entame une convalescence à Arcachon. Ses paysages, fidèles à la technique pointilliste, s’avivent alors de couleurs éclatantes. En 1898, il découvre Agay, un hameau de pêcheurs dans les environs de Saint-Raphaël. Sillonnant l’Estérel, Valtat entreprend la célèbre série consacrée aux falaises en porphyre rouge dominant la mer. Ces toiles accomplissent avec brio une fusion harmonieuse entre l’impressionnisme et les leçons de Gauguin. Dès l’année suivante, il achète un terrain à Anthéor, distant de quelques kilomètres d’Agay, et y fait construire une villa, appelée “Roucas rou”. Avec Suzanne Noël, épousée au printemps 1900, il y résidera chaque hiver jusqu’en 1914 ; en vélo tandem, le jeune couple va à Cagnes visiter Renoir, pousse jusque chez Signac à Saint-Tropez...

valtat
Adjugé 288 000 euros frais compris.
Louis Valtat (1869-1952), Jeune Femme dans un jardin (madame Valtat au jardin à Anthéor),
1902, huile sur toile, 130 x 161 cm.
Troyes, samedi 2 juin 2012. Boisseau - Pomez SVV. Cabinet de Louvencourt - Sevestre Barbé.
Très attaché à la vie familiale, Louis Valtat mène une existence calme. Prenant souvent sa femme pour modèle, il représente également le jardin de la villa, terrain de jeux pour son fils Jean. Transcrivant un univers familier, ces tableaux illustrent des qualités de coloriste incomparable, comme le montre notre toile. Créant des accords de jaunes, de verts, de bleus et de mauves, Louis Valtat inonde la composition de tonalités flamboyantes, la dotant d’une intense vibration lumineuse. Sans céder aux tentations du flou, elle est travaillée en touches fermes et solides pour restituer les sensations de l’instantané. La chaleur d’un soleil implacable devient quasiment palpable, la richesse d’une nature généreuse parfume le jardin. Mais l’incontestable talent propre au peintre réside dans cette union parfaite de la silhouette féminine et des chatoyants massifs de fleurs ; agencée avec subtilité, la scène exprime une réelle symbiose entre le modèle et la nature. Ambroise Vollard, son marchand attitré dès 1900, ne s’y trompait pas, avertissant qu’”Un jour, on s’apercevra que Valtat est un grand peintre !”.
La Gazette Drouot n° 21 - 25 mai 2012 - Chantal Humbert


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