La Gazette Drouot
La maison Simier, relieurs des rois
Retour au sommaire
Relieur des rois, roi des relieurs
Trois cent cinquante fers à dorer prennent le chemin des enchères,
nobles témoins de l’activité, au XIXe siècle, de la maison Simier. Visite guidée de l’atelier.

Adjugé  9 500 euros.
Fer aux armes d’alliance de Marie-Caroline, duchesse de Berry, époque XIXe (1816-1830), bronze, 13 x 10,6 cm.
Mercredi 2 juin 2010, Drouot-Montaigne.
Lafon - Castandet - Maison de Ventes SVV. M. de Coligny.

Avallon, petite cité tranquille de Bourgogne, aurait pu accueillir le musée de la reliure. Explications. En 1970, Jean-François Barbance, relieur de son état et digne héritier de cent cinquante ans de savoir-faire, déménage l’atelier Simier de Paris à Avallon. À sa mort, en 1994, sa veuve et ses deux fils tentent, durant une décennie, d’oeuvrer à la conservation de ce patrimoine et d’ouvrir un lieu dédié à la reliure, qui bien sûr réunirait des fers, des plaques et des presses du fonds du célèbre relieur du XIXe siècle. On connaît la suite : point de musée, mais une dispersion. Le malheur des uns fera donc le bonheur des autres...
C’est en 1797 que René Simier (1772-1843), fils de meunier originaire de la Sarthe, quitte l’imprimerie dans laquelle il travaille, rue de la Perle au Mans. Abolition des corporations oblige, notre jeune homme talentueux et entreprenant se lance dans la reliure. Il connaît pourtant des débuts difficiles. L’époque – pour le moins troublée –n’est pas vraiment propice aux plaisirs raffinés de la lecture. Les choses évoluent pour Simier avec Napoléon et Marie-Louise, qui récompensent son perfectionnisme et son audace. Le voilà même "relieur de l’Impératrice". Notre homme est lancé. À la chute de l’Empereur, la signature «Relié par Simier» se transforme en "Simier, R. du Roi" Le tour est joué ! Couvert d’éloges par les jurys des différentes expositions, qui saluent ses grandes plaques à décor géométriques, ses compositions inspirées de l’architecture gothique et l’originalité de ses peaux, Simier compte parmi sa clientèle la plupart des têtes couronnées : Louis XVIII, Charles X, le duc et la duchesse d’Angoulême, le duc d’Aumale, le prince de Joinville, Louis-Philippe, des souverains et familles régnantes d’Europe, mais aussi du Brésil, du Mexique et d’Argentine. On lui doit également l’émouvante plaque de la Constitution américaine, d’inspiration héraldique et ornée de dix-huit étoiles représentant les dix-huit États (1812-1816). Une célèbre figure de l’époque occupe néanmoins une place privilégiée dans ce cénacle : la duchesse de Berry.
La petite-fille du roi des Deux-Siciles arrivée en France en 1816 pour épouser Charles-Ferdinand d’Artois, duc de Berry, second fils du futur Charles X, a tout autant conquis les Français que la famille royale. Passionnée de peinture, de musique et de littérature, elle trouvera là matière à apaiser son chagrin après l’assassinat de son époux, le 13 février 1820. L’écrin de sa bibliothèque renfermant pas moins de huit mille volumes ? Le château de Rosny, au coeur des prairies du Vexin, en bordure de Seine.
Lectrice insatiable, la jeune femme se soucie également de l’habillage de ses ouvrages, exécuté pour la plupart en maroquin de neuf couleurs différentes. René Simier et son fils, Alphonse, réalisent pour la princesse des reliures classiques ou exceptionnelles, qu’ils rehaussent de son monogramme couronné ou de ses armes d’alliance.
Ironie du sort, à son décès dans sa propriété des Caves, à quelques kilomètres du Mans, on ne trouva pas le moindre livre chez le sieur René Simier. Les cordonniers seraient-ils décidément les plus mal chaussés ?
Claire Papon
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp