La Gazette Drouot
oile de <span class="mag_leg-txt">Georges Annenkoff </span>
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Héritage russe
Présentée lors d’une vente cannoise, une dizaine d’oeuvres de Georges Annenkoff révèle
les inspirations et les aspirations d’un peintre venu de l’Est... et arrivé à l’Ouest.

Adjugé 210 000 euros euros sans frais
(317 200 euros frais compris)
Georges Annenkoff (1889-1974) L’Atelier, vers 1925,
huile sur toile, signée, 93 x 74 cm.
Cannes, dimanche 2 mai 2010.
Cannes Enchères SVV. M. Willer.

Vers 1925, l’avocat André Paz achète L’Atelier à Georges Annenkoff .
Cette toile figurera près de soixante-dix ans plus tard à la vente de sa succession, réalisée à Cannes en 1993. Le peintre russe connaît bien la famille Paz, en particulier Maurice, frère d’André, et son épouse Magdeleine, dont il exécutera les portraits. Avec le couple, Annenkoff partage les mêmes idéaux communistes, brisés par la dictature stalinienne. 1924 sera une année décisive pour chacun d’entre eux.
À l’origine de la création du Parti communiste français, Maurice Paz se déclare ouvertement en faveur de l’opposition russe. Il sera exclu du parti quelques années plus tard, et rejoindra les rangs du SFIO. Au même moment, le peintre Youri Pavlovitch Annenkoff décide de quitter sa Russie natale pour s’exiler en France. Sa carrière est déjà bien avancée. Né en 1892 à Petropavlovsk-sur-Kamtchatka, il s’installe quelques années plus tard avec sa famille à Saint-Pétersbourg, où il suivra les cours à l’université, mais aussi dans l’atelier de Saveli Zaïdenberg. En 1911, un premier voyage le mène à Paris. Il y passera une année d’études auprès de Maurice Denis et de Félix Vallotton. De retour dans son pays, il se rapproche des avant-gardes artistiques, notamment du groupe d’artistes de l’Union de la jeunesse auquel adhèrent Nikolaï Koulbine et Jean Pougny. En pleine mouvance cubo-futuriste, Annenkoff adopte un style marqué par des compositions et des formes géométriques dont la figuration est rarement absente, à l’image de notre Atelier. Exécutée en France, cette oeuvre n’oublie pas les leçons russes, avec le jeu de lignes créé par le chevalet et les planches de bois.
Au coeur de ce lieu d’inspiration créatrice semble surgir un portrait de jeune femme. Ce fantôme a un nom : Henriette Maviou, un jeune modèle que le peintre connut en 1912, lors de son premier voyage à Paris. Hommage à un amour et à une muse du passé, ce visage rappelle également que notre peintre est un grand portraitiste. En 1906, il s’est lancé dans un grand projet de livre intitulé Portraits, qui comprenait environ 80 figures de personnalités russes parmi lesquelles Gorki, Zamyatin ou Remizov. Cet ouvrage lui demanda quinze années de travail et sa sortie, en 1922, fit de lui un portraitiste de renom, dans son pays mais également au-delà de ses frontières. Ce don est pleinement visible dans Le Breton à la pipe peint vers 1926, suite à un voyage du côté de Roscoff (15 000/20 000 euros). Présentée également lors de cette vente cannoise, cette toile provient aussi de la collection André Paz.
Un portrait similaire est conservé au Centre Georges Pompidou. Quel meilleur modèle d’étude que soi-même pour un artiste ? L’autoportrait a bien sûr occupé une part importante de son oeuvre, à l’image d’une étonnante sculpture en bronze fondue par Valsuani d’après un plâtre original du début des années 1930 (25 000/ 30 000 euros). Comme dans tous les dessins et peintures où il décortique son image, Annenkoff se représente sans concession, en déformant notamment son oeil droit souvent affublé d’un monocle. Changement de thématique. Des Poissons rouges sont les protagonistes de l’oeuvre suivante, datée de 1928, à la matière travaillée par reliefs et griffures, de même provenance et attendue à 15 000/20 000 euros. L’artiste reviendra à la fin de sa carrière à ses premières amours avec Abstraction, une technique mixte et collage datée vers 1945, dont on attend 10 000/12 000 euros. Dernier acte sous les projecteurs de cinéma.
Si en Russie, Youri Annenkoff concevait des décors et des costumes pour les pièces de Tolstoï et d’Evreinov, celui qui se fait désormais appeler Georges se lance en France dans le septième art, comme le prouvent les quelques maquettes dessinées au crayon, prisées entre 1 000 et 2 000 euros pièce. Notre peintre connut même les honneurs d’être nommé aux Oscars aux côtés de Rosine Delamare pour la création des costumes du film Madame de..., réalisé par Max Ophuls en 1953 avec Charles Boyer et Danielle Darrieux.
Même s’il ne fut pas oscarisé, Annenkoff aura sans aucun doute été starisé !
Caroline Legrand
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp