La Gazette Drouot
Coup de coeur -Correspondance adressée Maximilien Luce et sa famille
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Palette de correspondances
En décembre dernier, des archives de Claude Monet faisaient flamber les enchères.
Aujourd’hui, place à un ensemble de lettres adressées à Maximilien Luce et à sa famille.
Adjugé 26 024 euros frais compris.
Lettre de huit pages (in-8°) signée d’Henri Edmond Cross (1856-1910) et adressée à Maximilien Luce,
ornée de quatre aquarelles datées du 21 septembre 1895.
Paris, mercredi 2 mai 2007, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - Le Fur - F. Tajan SVV. M. Bodin.
Le 13 décembre 2006, ils étaient tous là, les passionnés de peinture impressionniste comme ceux de manuscrits. 1,3 Meuros, c’était le produit récolté par les 32 lots, soit plus de mille lettres adressées au maître de Giverny par ses amis marchands, musiciens, écrivains, peintres ou critiques d’art. L’ambiance sera-t-elle la même dans quelques jours pour cet ensemble de lettres (soit 70 lots) à Maximilien Luce, à sa femme Ambroisine, à leur fils Frédéric et à leur neveu, l’encadreur Georges Bouin ? Réponse dans quelques jours... Certes les lettres de peintres ne sont pas rares dans les ventes de manuscrits, exceptions faites de celles de Paul Cézanne, Vincent Van Gogh, ou de maîtres anciens, comme Michel-Ange ou Léonard de Vinci... Mais elles séduisent de plus en plus, ne sont-elles pas un intéressant témoignage sur la vie quotidienne des peintres durant une période riche de l’histoire de l’art, sur leurs préoccupations privées ou professionnelles et, surtout sur les rapports qu’ils entretenaient entre eux et avec les personnalités du monde artistique ?

C’est dans l’intimité de Maximilien Luce (1858-1941), peintre ami des journalistes anarchistes, que l’on pénètre grâce à ces archives provenant de sa famille. Il y a là des missives de Pierre Bonnard à Frédéric Luce, dans lesquelles il parle de sa vie et de son travail au Cannet, d’autres de Luce à Georges Bouin, pour passer commande de cadres (500 à 1 500 euros). À ces pages, dont certaines encore sont signées des critiques d’art Élie Faure ou Félix Fénéon (200 à 500 euros), s’ajoutent des photos et des papiers de famille, mais aussi un manuscrit du poète belge Émile Verhaeren, préface sous forme de lettre ouverte pour le catalogue de l’exposition Luce à la galerie Bernheim, en 1909 (800/1 000 euros). Et puis, on suit avec un rare plaisir la belle correspondance de Maximilien Luce avec ses amis néo-impressionnistes Henri-Edmond Cross, Charles Angrand et Paul Signac. On se familiarise avec leurs lieux de résidence, à la campagne ou en bord de mer, Angrand nous emmenant dans le pays de Caux, les deux autres dans le Midi. Tous ces artistes ne manquent ni de clairvoyance ni de sensibilité – et surtout pas d’humour – dans leurs jugements esthétiques, les commentaires sur leurs contemporains, leur travail ou sur l’actualité artistique. Ils s’expriment par exemple au sujet de la fondation du salon de la Société des artistes indépendants en 1884, dont la maxime est «ni jury ni récompense», mais aussi dans les années 1900-1910, sur la naissance des fauves et des cubistes... qui n’est pas sans les inquiéter !

"N’ayant pas d’autres aptitudes, je fais de la peinture. D’ailleurs cela m’intéresse encore", écrit Henri-Edmond Cross à son ami Luce, le 21 septembre 1895. "Et vous mon cher ? Conservez bien malgré tout votre belle [sic] enthousiasme pour l’Art... C’est vraiment le meilleur remède à tous nos sacrés écoeurements." Une exhortation au courage au lendemain du séjour de Luce à la prison de Mazas, après l’assassinat du président Sadi Carnot, mais surtout un beau témoignage d’amitié à ce peintre paysagiste, rare témoin de la cité industrielle et du monde ouvrier.
Claire Papon
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp