La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Un sucrier en noix de coco
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De la palme à la poudre
Les sucriers sont parmi les classiques de l’orfèvrerie... Pourtant, ce modèle joue la carte
de l’originalité. Rencontre non fortuite d’une noix de coco et de l’argent.

Adjugé 10 080 € frais compris.
Sucrier en noix de coco montée en argent à décor de coquilles et d’oves, h. 16,5 cm.
Maître orfèvre Ange René Rouvière.
Avignon, 1750-1770.
Paris, mercredi 2 avril 2008, salle 1.
Fraysse & Associés. M. de Sevin.

La renaissance – et tout particulièrement les artistes allemands – a mis à l’honneur ces objets associant des métaux, comme l’argent ou le cuivre, à des matières issues du règne animal ou végétal. D’énormes oeufs d’autruche montés sur des piétements ciselés prennent place dans les cabinets des amateurs. L’association, le plus souvent dans un but décoratif, ne néglige pas non plus les coquillages, les cornes de rhinocéros – auxquelles on attribue des pouvoirs magiques depuis l’Antiquité –, l’ambre, l’ivoire, mais encore le bézoard, une concrétion pierreuse provenant de l’estomac de certains herbivores, comme le chameau, ou le madre, un bois exotique ronceux aux veines enchevêtrées... Les noix de coco sont elles aussi particulièrement prisées. Montées en argent, elles sont même parfois gravées de motifs.
Ce sucrier – peut-être une commande – est-il une parenthèse dans la production d’Ange René Rouvière ? On l’ignore, même s’il a laissé son poinçon tant sur des pièces civiles que religieuses. L’artiste appartient à une célèbre dynastie d’orfèvres comptant, des années 1680 à Charles X, une douzaine de maîtres installés à Avignon, mais probablement originaires du Puy-en-Velay et de Bollène. Né en 1730, notre homme fait son apprentissage durant sept ans chez Joseph-Antoine Malartigue, avant d’être reçu maître en 1750. Originaire de Malaisie, la noix de coco est considérée par les hindous comme la plus pure des offrandes aux dieux.
Découverte par Marco Polo au début du XIVe siècle, elle n’est introduite dans le monde occidental que deux cents ans plus tard. Quant au sucre, il naît sous la forme d’un roseau en Nouvelle-Guinée et dans les îles avoisinantes, un millier d’années avant notre ère, pour entamer un périple en Inde, puis en Chine. Les Grecs apprécient cette grande herbe tropicale "qui produit du miel sans le concours des abeilles". Du VIIe au IXe siècle, notre douceur conquiert les pays arabes, avant de pénétrer le sud de l’Espagne. Les croisés la goûtent pour la première fois à Tripoli. Le sucre est alors réservé aux usages médicaux. Au XVe siècle, les tables françaises apprécient l’aigre-doux. Henri III découvre le produit à Venise, en 1574, lors d’une halte à son retour de Pologne.
Mais, ce n’est qu’au XVIIe siècle que la précieuse poudre blanche devient le complément indispensable des boissons et des desserts, même si elle demeure l’apanage des tables les plus aisées. Le contenant se doit alors d’être aussi raffiné que le contenu. Le saupoudroir voit ainsi le jour dans les années 1670. Il est cylindrique et de haute taille, muni d’un couvercle ajouré. Autre roi, autre mode : dans les années 1740, les morceaux de sucre concassés prennent place dans une petite terrine appelée "pot à sucre", à corps rond ou ovale, surmontée d’un couvercle à échancrure, servant à glisser la «cuiller à saupoudrer» au cuilleron repercé.
Au XIXe siècle, l’objet évolue encore et se transforme en un grand pot en cristal maintenu dans un panier en argent ajouré et entouré de cuillers plantées en couronne, servant également pour la confiture. Qui a dit que la gourmandise est un vilain défaut ?
Claire Papon