La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Un vase en saint-cloud
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Saint-Cloud en bleu et blanc
Évènement dans le monde de la porcelaine, une rare collection du début du XVIIIe siècle est proposée à Doullens. Histoire d’une réussite.
Adjugé 77 000 euros.
Saint-Cloud, vers 1722-1730.
Vase balustre au décor inédit d’esprit oriental, porcelaine tendre, marque "StC/T", H. 19 cm.
Ancienne collection Monsieur L.
Doullens, dimanche 1er octobre 2006.
Denis Herbette SVV. MM. Dragesco, Cramoisan.
Plus de cent pièces en porcelaine tendre de Saint-Cloud feront ce dimanche sensation sur le marché. Constituée dans les années 1950-1970 par un connaisseur parisien, Monsieur L., cette collection présente notamment la particularité de comprendre un grand nombre d’objets d’époque Louis XIV et Régence. Une époque bénie pour cette manufacture, qui bénéficiait alors du monopole de la fabrication de porcelaines tendres, suite à la faillite de Rouen. De plus, les pièces réunies par notre collectionneur s’agrémentent de prestigieuses provenances : Lamarque, la vicomtesse Vigier, Gilbert Lévy, madame Jules Dormeuil, Maurice Lobre ou Jean Bloch... Il faut remonter jusqu’à l’année 1961 pour voir mentionné dans La Gazette un ensemble comparable. Le 2 décembre de cette année-là était dispersée la collection Bloch, dont "on ne saurait assez vanter l’incomparable qualité, la rareté et la beauté des pièces"... Créée vers 1670, la manufacture de Saint-Cloud obtient en 1693 le privilège de fabriquer de la porcelaine tendre. Suite à la faillite de la maison de Louis Poterat, Saint-Cloud "récupère" cinq ans plus tard un grand nombre d’artisans rouennais. Le succès est tel que Saint-Cloud détient le monopole du marché européen de 1697 à 1710, soit jusqu’à la découverte, à Meissen, du kaolin. À l’origine de chaque manufacture, on trouve généralement un haut personnage, issu de la noblesse. Rencontrons ici le duc d’Orléans, régent du royaume de 1715 à 1723. Grâce à lui, l’obtention du privilège devient plus aisée et la clientèle, plus nombreuse. Si le premier atelier est créé par Pierre Chicaneau, seule sa veuve, Barbe Coudray, remariée avec Henri Trou, voit sortir les premières porcelaines des fours. Mais, confrontée à des problèmes familiaux et à la concurrence des manufactures royales, Saint-Cloud ferme ses portes en 1766. Les dissensions familiales avaient déjà entraîné le départ de plusieurs membres de la famille Chicaneau, qui créèrent deux autres manufactures, rue de la Ville-L’Évêque, à la marque "C.M.", et rue de la Roquette, avec les "deux flèches entrecroisées". Ces productions parallèles rendent parfois complexe l’attribution des pièces, surtout quand elles ne portent pas de marques. Mis à part les poinçons ornant les montures en argent, la porcelaine de Saint-Cloud se distingue par la marque dite "du soleil", usitée, à l’image de Louis XIV, de 1693-1697 à 1715-1722, le "St.C/T" (cette dernière lettre pour Henri Trou) apparaissant à partir de 1722. Les soixante premiers lots de la vacation illustrent à merveille la première phase de production de la manufacture : formes inspirées des faïences, mais aussi de l’Extrême-Orient, décors bleus issus des motifs à la Berain, avec lambrequins, ferronneries et broderies. Les treize numéros suivants représentent pour leur part les blancs imités de la Chine, créés vers 1710, ornés de décors en relief de toute beauté. Enfin, on trouve les décors polychromes au petit feu à l’imitation des Imari japonais, produits dès 1700.
À l’image de notre vase au décor inédit, ces pièces parées de leur bleu cobalt ne pourront que séduire.
Caroline Legrand