La Gazette Drouot
Une paire de cratères monumentaux
À PARIS / Le monstre dompté des Lalanne.

La rétrospective des oeuvres de ce couple avait enchanté le musée des Arts décoratifs en 2010. Six ans après, direction Drouot pour ce dimétrodon…

En 1988, la fondation pour les arts de Santa Monica (Californie) lance un concours de fontaines pour la troisième avenue, longue de six cents mètres. Au mois d’octobre, parmi les cinq finalistes, Claude et François-Xavier Lalanne sont déclarés lauréats. Leur projet va compter six sculptures monumentales. Quels sont les animaux les plus trapus, les plus hauts, les plus longs ? Les représentants de la classe des dinosaures. Le budget alloué – 450 000 $ – ne permettant pas des folies, le couple opte pour une sculpture topiaire, solution alliant une structure – composée d’un treillage en inox, d’écailles, têtes et bouts de queue en cuivre – à des végétaux. Deux dinosaures fontaines seront placés aux extrémités de l’avenue, deux grandes statues au milieu. Les dimensions sont impressionnantes : 11 mètres de long et 4,50 de haut (5 m avec le socle), les deux «petits » se contentant de 6 mètres de long et 3 de haut. Ainsi un diplodocus, un tricératops, un iguanodon, un dimétrodon et deux consorts vont briller au soleil californien. Pour compléter ce tableau et évoquer l’environnement préhistorique, Claude et François-Xavier vont sélectionner les végétaux, privilégiant la référence à ces lointaines époques. Pour le dimétrodon, ils choisissent l’Ophiopogon planiscapus, ou barbe de serpent, plante vivace qui forme des coussins de feuilles linéaires vert brillant, parfois panaché de blanc ou d’or, certaines presque noires, d’où son nom d’herbe noire ; en été, elle arbore des fleurs bleues ou blanches, suivies de baies aux différentes nuances de bleu, toxiques. Le dimétrodon évoluait au Permien, soit entre 272 et 298 millions d’années avant notre ère, bien avant l’apogée des dinosaures ; c’est le premier vertébré terrestre à avoir développé des dents crénelées, détail qui n’a pas échappé aux Lalanne, tout comme la grande voile sur son dos. Ce carnivore fut tout de suite adopté, comme en témoigne une fontaine réalisée pour Monaco, la bête se voyant dotée alors d’une sorte de corne sur le museau. On n’échappe pas au charme de cette immense sculpture, mi-animal, mi-plante, bien dans l’esprit du couple. Déjà en 1966, lors de leur exposition à la galerie Alexandre Iolas à Paris, François Nourissier notait : « Les lalannes qui sont […] des songes polymorphes – végétaux-animaux, c’est-à-dire tout de suite mythologiques –, représentent une furieuse réaction contre la beauté en forme de suppositoire, contre le beau-utile. » Les sculpteurs s’amusent avec leurs créations et c’est probablement une des raisons de leur succès : elles ont toutes un petit air de folie joyeuse. Mais jamais les Lalanne n’oublient la maîtrise technique, ne dédaignent le bel ouvrage. Olivier Gabet, dans le catalogue de l’exposition du musée des arts décoratifs, en 2010, résume le rôle du couple : « En ce début de XXIe siècle, Claude et François-Xavier Lalanne livrent plus qu’un bestiaire moderne, mieux qu’un herbier contemporain. En tramant pour nous d’infinies histoires naturelles, les Lalanne nous offrent un âge d’or »…

crateres

Claude Lalanne (née à Paris en 1924)
et François-Xavier Lalanne (1927-2008),
Dimétrodon, 1998, sculpture topiaire
numérotée D II 1/1,
220 x 540 x 160 cm.

QUAND ?
Mercredi 1er juin

OÙ ?
Salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Kohn Marc-Arthur.

COMBIEN ?
Estimation : 600 000/800 000 €.

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Détail
La Gazette Drouot n° 21 du vendredi 27 mai 2016 - ANNE FOSTER


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