Coup de coeur - Une toile de Victor-Paul-Joseph Dargaud
 |
 |
| Retour au sommaire |
 |
| Un sacré chantier ! |
|
Pour fêter ses 40 ans de marteau, Francis Dupuy ouvrira l’année 2008 avec une toile inédite,
qui évoque un célébrissime monument parisien...
|
 |
|
|
 |
Estimations : 15 000/20 000 euros.
Victor-Paul-Joseph Dargaud (Paris, vers 1850-après 1913),
Construction du Sacré Coeur de Montmartre, 1878, sur sa toile d’origine, 61 x 73,5.
Honfleur, mardi 1er janvier. Honfleur Enchères. M. Millet.
|
|
 |
La défaite cinglante de 1870, une crise politique majeure qu’aggravent encore les ravages de la Commune... bref, l’«année terrible» de sinistre mémoire incite les esprits religieux à des manifestations de foi et d’expiation. La butte Montmartre, culminant à 127 mètres et formant une éminence bien visible des divers points de la capitale, est alors choisie pour ériger un sanctuaire voué au culte du Sacré-Coeur de Jésus. Dressant les plans d’une basilique de style romano-byzantin, l’architecte Paul Abadie remporte le concours et dès 1872 une souscription nationale est lancée. La première pierre sera posée le 16 juin 1875, en présence du président de la République, le maréchal de Mac Mahon. Les travaux débutent par le creusement d’importantes fondations, et de nombreux touristes, venus pour l’exposition universelle, accourent aussi sur les lieux pour ne rien manquer de la spectaculaire étendue du chantier. Justement exécutée en 1878, notre toile est signée du peintre Victor Dargaud, un spécialiste de tableaux structurés et solidement campés, où prime l’élément architectural à l’exemple de L’Hôtel de Ville en reconstruction ou de La Statue de la Liberté dans l’atelier du fondeur Gayet, conservés au musée Carnavalet, à Paris.
Prise depuis la rue de Fontenelle, devenue en 1885 rue du Chevalier-de-La-Barre, notre vue témoigne avec précision de l’infrastructure gigantesque déployée. Elle peut d’ailleurs être rapprochée d’un cliché de Louis-Emile Durandelle, le photographe chargé de fixer sur le papier les différentes étapes du chantier. Dénuée de toute afféterie esthétique, notre composition dévoile toute la complexité et les difficultés de l’entreprise, qui nécessitera quarante années de travaux. On a d’abord dû forer quatre-vingt-trois puits de 43 mètres de profondeur ; reliés entre eux par des arcs, ils sont remplis de béton, pour asseoir les fondations sur la haute masse de gypse. Mais il fallait aussi résoudre un autre problème, celui du financement de la basilique, du reste surnommée par les anticléricaux " Notre-Dame de la galette "... Le coût final s’élèvera à quarante-cinq millions de francs, réunis par dix millions de fidèles. Ainsi, Victor Dargaud représente au premier plan un ecclésiastique accueillant avec déférence une généreuse donatrice. Il dispose également plusieurs affiches mentionnant des noms de souscripteurs, qui achetaient une ou plusieurs pierres, selon un tarif soigneusement étudié. Une pierre cachée valait 120 francs, l’apparente avec cinq initiales non visibles s’élevait à 300 francs et pour les piliers, il fallait compter de 5 000 à 100 000 francs ! D’une petite écriture franche et précise, Victor Dargaud figure encore un personnage contemplant Paris dans un télescope ; au loin, le Panthéon est esquissé. Grâce à sa position dominante, la masse blanche du Sacré-Coeur est aujourd’hui devenue l’un des emblèmes de la capitale, attirant annuellement des centaines de milliers de touristes. Le lieu ne compte qu’une seule rivale, la Tour Eiffel, sa cadette de quelques années ! |
 |
| Chantal Humbert |
|
|
|
 |
 |
|
|