La Gazette Drouot
Cote et tendance - Un écrin pour la vaisselle
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Un écrin pour la vaisselle
Le buffet vaisselier
Loin d’être réservé aux seuls collectionneurs de faïences, fonctionnel et décoratif, il a l’attrait du meuble de famille. Une valeur sûre.
Dans la famille des meubles de rangement, le vaisselier est le cousin du buffet à deux corps, le descendant bourgeois du dressoir d’apparat, meuble de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance sur lequel on exposait lors de banquets les pièces d’orfèvrerie. Voilà pour la généalogie ! Pour la chronologie, l’histoire court sur trois siècles. Les inventaires citent le vaisselier dès la fin du XVIIe siècle, mais c’est aux XVIIIe et XIXe siècles qu’il se généralise. Le Val de Loire, région influencée par la mode fastueuse de la cour, voit apparaître les premiers modèles.
7 200 €.
Buffet vaisselier à horloge en placage de loupe d’orme, travail bressan du XIXe siècle, 263 x 202 x 60 cm.
Saint-Germain-en-Laye, 23/3/2003, maîtres Schmitz et Laurent.
2 600 €.
Buffet vaisselier en merisier XIXe siècle, Évreux 26/10/2003, Alliance Enchères, Me Thion.
1 800 €.
Buffet vaisselier en bois fruitier, époque Directoire, 190 x 51 x 224 cm.
Biarritz, 20/7/2003, Biarritz enchères, Me Carayol.
5 300 €.
Buffet vaisselier horloge, Bresse XVIIIe siècle, 241 x 204 x 62 cm. Argenteuil,
17/6/2003, Valérie Régis et Marie-Laure Thiollet.
1 600 €.
Buffet vaisselier en noyer et loupe d’orme travail bressan, époque XVIIIe siècle, (partie supérieure du buffet rapportée).
(226) x 148 x 66 cm.
Lyon, 15/6/2003, Schenu, Scrive et Bérard.
900 €.
Buffet vaisselier rustique, 207 x 130 x 60 cm.
Limoges, 29/11/2003, Ph. Rollin et associés.
1 100 €.
Buffet vaisselier en bois fruitier Louis XV.
Bordeaux, 31/3/2004, hôtel des ventes Bordeaux Chartrons, Alain Courau.
3 100 €.
Buffet vaisselier bressan, fin XVIIIe début XIXe siècle.
Toulouse, 30/3/2004, Primardéco.
2 200 €.
Buffet vaisselier en bois fruitier, XIXe siècle.
Pau, 7/2/2004, Gestas enchères de Bourbon.

En digne héritier du dressoir, il se compose en partie haute d’une série d’étagères destinées à présenter la vaisselle. S’il ne conserve pas la noble hiérarchie des temps passés, celle qui donnait au dressoir du baron deux tablettes contre trois pour celui du comte et quatre pour celui du duc, le nombre d’étagères renseigne encore sur l’aisance de son possesseur. Plus la richesse de son propriétaire est grande, plus les dimensions du vaisselier et sa capacité à exposer quantité de pièces sont importantes, autant que sa décoration. Les étagères, avec ou sans fond de boiserie, peuvent être prises dans un encadrement de menuiserie ou soutenues par des colonnettes. En partie basse, un corps généralement plus large ouvre à deux, trois ou quatre portes voire plus, avec ou sans tiroirs en ceinture. Sur certains modèles raffinés, des niches ou des petites armoires serrent en partie haute les étagères ; parfois aussi, vient se loger un élément de choix, une « option », gage de qualité, l’horloge, en position centrale ou latérale.
Fonctionnel, le vaisselier est aussi et surtout décoratif, un écrin pour le service d’étains, d’argenteries et de faïences dressés dans la salle principale, une vitrine où s’affichent les trésors domestiques, une sorte de blason familial ! Aux lignes austères héritées du règne de Louis XIII succèdent au XVIIIe siècle les formes souples et chantournées du style Louis XV, des lignes qui perdurent tout au long du XIXe siècle et auxquelles se mêlent harmonieusement les motifs Louis XVI.
Chaque région traite avec plus ou moins de richesse et de variété, le vaisselier de son choix. Selon les provinces, en effet, celui-ci prend le nom de ménager en Champagne, de palier en Normandie, d’écuelle en
Cotentin ou de dressoir et de re-dressoir en souvenir de son aïeul. En pays basque, il devient le « baxerategia ». Adopté dans la plupart des régions, plus rares peut-être en Languedoc-Roussillon et en Savoie qu’en Bretagne et en Normandie, il trouve en Lorraine et en Bresse ses terres d’élection. Là, le vaisselier devient un meuble important, d’une exécution soignée.
Le modèle lorrain, en bois naturel sculpté et mouluré, possède souvent un corps bas à trois vantaux ou deux portes séparés par des tiroirs ; l’étagère en retrait aligne des tablettes festonnées soutenues par des colonnettes en balustre. Particularité locale, aucune galerie ne vient ici maintenir les assiettes ; une simple rainure creusée cale le marli de l’assiette et maintient le service. En Bresse, ce meuble roi, fabriqué en bois de deux tons, loupe d’orme de frêne ou de noyer, offre une grande diversité ; toutes les variantes se trouvent représentées avec une richesse décorative à nulle autre pareille. L’archétype bressan se compose toutefois d’un corps à trois portes surmonté de tiroirs soutenant une étagère à quatre tablettes et des petites armoires latérales ou centrales. La corniche lui donne parfois des airs de grand meuble surtout lorsque l’horloge est présente. Le vaisselier se rencontre également dans d’autres régions : en Bretagne, avec ses étagères à fuseaux, ses motifs géométriques et ses incrustations de laiton ; en Saintonge, décoré de panneaux de loupe comme en Bresse, il joue sur les contrastes entre couleurs du bâti et des panneaux ; en Bourgogne, il subit l’influence de son voisin bressan ; en Auvergne, sobre, presque rustique, pour fleurir en Normandie.

Un succès régional
Moins bien représenté en ventes publiques que le buffet à deux corps, le vaisselier est un meuble doublement régional. Cette adaptation provinciale d’un meuble d’apparat trouve son meilleur public dans les terres qui l’ont vu naître ; on en rencontre peu dans les ventes parisiennes, la clientèle est ailleurs. Les plus courants restent les bressans, les lorrains, les bretons ainsi que les normands. Leurs prix varient en fonction de l’époque (les exemplaires XVIIIe ont la préférence des amateurs), de l’harmonie des proportions, de la finesse du décor... La richesse de l’aménagement, la présence de plusieurs petites niches ou de tabernacles et d’une horloge sont source de plus-value. Les réalisations aux belles essences blondes, merisier, chêne et noyer plaisent davantage. Dans cette catégorie de meubles aussi, la production se partage entre les réalisations rustiques destinées à une clientèle rurale et une production soignée à l’usage de la bourgeoisie ; entre les deux, les prix varient. S’ils démarrent autour de 1 000 euros, il faut en moyenne compter entre 1 500 et 3 000 euros pour espérer acquérir des spécimens de qualité. Pour les vaisseliers d’apparat, il faut pouvoir enchérir au-delà de 5 000/6 000 euros.
Aujourd’hui, l’engouement pour les meubles traditionnels à vocation et forte connotation décorative assure de larges débouchés au vaisselier. Il semble pouvoir compter sur une clientèle fidèle, qui apprécie son esthétique et son côté fonctionnel grâce à la multiplicité des solutions de rangement. Les magazines de décoration sont nombreux à faire sa promotion. Se méfier toutefois, des vaisseliers bricolés, entendez des meubles dont le corps d’étagères par exemple n’est pas contemporain du buffet bas, voire franchement moderne. Sur les vaisseliers authentiques, parties haute et basse sont le plus souvent chevillées.

Stéphanie Perris-Delmas
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