La Gazette Drouot
Cote et tendance - Hugues Sambin menuisier dijonnais
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Hugues Sambin menuisier dijonnais
Artiste de la Renaissance française, tout à la fois architecte, décorateur, menuisier
ingénieur et concepteur, il fut le designer de son temps. Présentation.
Il est un peu notre Philippe Starck, la notoriété en moins. Quoique... Si Hugues Sambin reste aujourd’hui connu des seuls spécialistes et de trop rares amateurs, il n’en fut pas toujours ainsi. De son temps, notre homme fut une personnalité en vue, auréolée sans aucun doute d’un passage dans le plus grand chantier du siècle, celui de Fontainebleau, nouvelle Rome imaginée par le Rosso et le Primatice pour un François Ier en mal d’Italie. Il y réside quelques mois durant l’année 1544 dans l’équipe de menuiserie. Il sera d’ailleurs reçu maître dans cette spécialité trois ans plus tard à Dijon, où il épouse la fille de Jean Boudrillet, menuisier lui-même, auquel il lui succédera à la tête de l’atelier familial. Entre ces deux dates, et puisque les documents font défaut, on imagine volontiers un voyage en Italie. Hugues Sambin avait une parfaite connaissance de l’architecture ultramontaine ; son oeuvre fait de nombreux clins d’oeil aux grands monuments italiens : bibliothèque laurentienne, palais Farnèse... révélés peut-être à l’occasion d’un tour de compagnon ? Quoi qu’il en soit, c’est en 1547 qu’on le retrouve à Dijon, ce petit Paris des ducs de Bourgogne où se déroulera l’essentiel de sa carrière, ponctuée de nombreuses réalisations publiques. En 1550, la ville lui commande trois statues pour l’entrée du duc d’Aumale. Pour celle du roi Charles IX, en 1564, il est même cité comme «superintendant et conducteurs des travaux». Car Hugues Sambin est bien plus qu’un simple faiseur de meubles, spécialité dans laquelle on l’a trop longtemps cantonné. L’exposition organisée à Dijon en 1989 a d’ailleurs mis en lumière la polyvalence de notre homme, cité tour à tour dans les textes comme ingénieur, ornemaniste, architecte, menuisier...
coard 53 100 € frais compris.
Travail attribué à Hugues Sambin (vers 1520-1601), armoire en noyer sculpté, 177 x 146 x 62 cm.
Cheverny, Philippe Rouillac, 6/6/2004.
Attribué à Hugues Sambin (1515/1520-1601/1602), armoire vers 1580, France, noyer et chêne partiellement dorés et peints, 206 x 150 x 60 cm.
1 MF au marteau.
Attribué à Hugues Sambin (vers 1520-1601), meuble deux corps en noyer sculpté, 265 x 148 x 60 cm.
Saint-Paul-en-Cornillon (château de), 30/5/1992, Tajan.

Façon Sambin
Hugues Sambin est à proprement parler un designer avant l’heure. Ses domaines de compétences sont en effet nombreux. Il sera même consulté pour des projets en hydraulique ! Mais l’homme pouvait aussi «se contenter» de la conception, une tâche hautement plus gratifiante, même si cette dernière reste difficile à déterminer, comme le rappelait Alain Erlande-Brandenburg lors de l’exposition-dossier consacrée à l’artiste, fin 2001, au musée de la Renaissance d’Écouen. La postérité, en effet, se souvient souvent du réalisateur, pas toujours du concepteur. Hugues Sambin ne passait pas systématiquement à la réalisation. On lui doit des modèles destinés à d’autres artistes. Comme nombre de ses contemporains, il eut dans ce domaine recours à la gravure, dont le rôle de diffusion fut déterminant à cette époque. Il signera par exemple sur l’une d’elles : «architecte dijonnais et inventeur». Son traité intitulé oeuvre de la diversité des termes dont on use en architecture, publié à Lyon en 1572, n’avait semble-t-il d’autre ambition que celle de «servir à plaisir aux ouvriers et aux architectes». Sa spécialité ? Les termes justement, cet ornement en forme de buste posé sur une gaine, une signature stylistique en quelque sorte. Il fut un temps, pas complètement révolu d’ailleurs, où tout meuble affublé d’un tel motif était attribué à Hugues Sambin. Or, les créations incontestablement dues à notre artiste sont peu nombreuses. On doit se contenter le plus souvent d’attributions, même dans le cas de meubles de toute beauté comme la célèbre armoire conservée au musée du Louvre. Le nom de Sambin reste également associé à une série de créations dont le fameux cabinet de la famille Gauthiot d’Ancier, au musée du Temps au palais Granvelle. Jean Gauthiot d’Ancier, originaire comme notre artiste de la petite ville de Gray, avait donné un coup de pouce à la candidature d’Hugues Sambin pour le projet de l’hôtel consistorial de Besançon. Parmi les oeuvres attestées, à partir desquelles les spécialistes s’autorisent des rapprochements, la clôture de la chapelle du Saint-Esprit et la porte dite du Scrin réalisée vers 1583 et destinées au palais du Parlement du duché de Bourgogne, aujourd’hui palais de justice de Dijon. Par comparaison stylistique justement, on attribue à Sambin une autre porte, celle de la salle Saint Louis, conservée au musée des Beaux-Arts de cette même ville. Cette dernière offre un condensé de la manière Sambin : les fameux termes bien sûr récurrents et omniprésents, avec chimères et mufles de lions, mais aussi ces petits édicules à fronton brisé, ces références constantes à l’architecture, italienne surtout et de la Renaissance, cette modénature dominante et puis cette manière si particulière de travailler la matière, épaisse, luxuriante, généreuse... un bois de noyer habillé de fleurs et de fruits, de figures et d’emblèmes. Dans ses oeuvres architecturales, Sambin resta fidèle à ce langage décoratif : l’hôtel Marc Fyot, la maison Jean Maillard en témoignent. Architecture et menuiserie, de loin les deux principales activités de notre artiste, étaient de fait exercées de concert selon une même facture stylistique. On peut d’ailleurs s’interroger sur les motivations réelles de Sambin. À la tête d’un atelier de menuiserie important, hérité en 1564 de son beau-père Jean Boudrillet, il pouvait dans ces nouvelles demeures écouler son stock de meubles, son activité vraisemblablement la plus lucrative. Les motivations économiques ne devaient, en effet, pas être étrangères à ce chef d’entreprise. Hugues Sambin pouvait, semble-t-il, se targuer d’offrir à ses commanditaires le service de «maisons clés en main», un concept préfigurant de quelques siècles l’activité des architectes modernes... Alors, Hugues Sambin, un artiste résolument complet ?


Sambin côté marché
Passées de mode, les œuvres de Sambin ? Oui, si l’on en juge par les résultats des dernières saisons, bien que cette affirmation vaille plus pour les meubles dans le style de Sambin que de notre menuisier, les œuvres attestées de l’artiste étant en effet fort rares. On se souvient toutefois de quelques beaux spécimens passés sur le marché. En mars 1981 à Drouot, l’armoire provenant de Thoisy-la-Berchère, attribuée à Sambin, avait été acquise 130 000 F par le musée de la Renaissance d’Écouen (Laurin, Guilloux, Buffetaud et Tailleur). En mai 1992, le meuble deux corps également attribué à notre menuisier avait trouvé preneur à 1 000 000 F lors de la dispersion du fameux château de Cornillon (Tajan). Mais les œuvres les plus «courantes» sur le marché restent celles inspirées par le travail du Dijonnais. Hugues Sambin a fait école et son style «baroque» sera repris par toute une génération de menuisiers. En juin 2006 à Drouot, un buffet réalisé dans cette veine fut adjugé 5 500 € (Piasa). On parlera des meubles façon Sambin ou façon Dijon. La présence de termes, motif emblématique de l’artiste, accompagné de chimères et de mufles de lions, suffit souvent à donner à celui-ci la paternité de bien des meubles, à tort évidemment. Les attributions des spécialistes procèdent d’une analyse comparative minutieuse...

À lire
Hugues Sambin, un créateur du XVIe siècle, Les Cahiers du musée national de la Renaissance, 2002 ; Hugues Sambin vers 1520-1601, catalogue de l’exposition du musée des Beaux-Arts de Dijon, 1989.

Stéphanie Perris-Delmas - Gazette N°30 du 8 septembre 2006
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