La Gazette Drouot
Cote et tendance - Robj en quatre lettres
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Robj en quatre lettres
Ses fameux personnages en porcelaine ont fait le tour du monde depuis leur création, à la fin des années 1920.
La maison existe dès 1908, date à laquelle l’entrepreneur Jean Born lui donne un nom sous forme d’anagramme, à partir des lettres de son propre patronyme. À cette époque, il propose allumeurs électriques, brûle-parfums et bibelots divers. L’affaire tourne gentiment, sans heurt ni réussite particulière. C’est sous la direction de Lucien Willemetz, actionnaire qui reprend l’affaire en 1922 à la mort accidentelle du fondateur, que la maison Robj prend son essor. À l’exposition des Arts décoratifs de 1925, l’entreprise, riche d’une fantaisie nouvelle, sort de l’anonymat et obtient une médaille de bronze. L’essentiel de l’activité est consacré à l’édition de bibelots humoristiques et utilitaires, qui empruntent des formes colorées inspirées du cubisme, souvent anthropomorphes. En 1928, Willemetz a l’idée de ces curieuses bouteilles à liqueur qui allient charme et humour à une stylisation totalement en phase avec l’époque, et qu’aujourd’hui encore les collectionneurs se disputent. La créativité burlesque de ces pièces alliée à la fonction à laquelle elles sont destinées concourent à un succès immédiat. Une Bourguignonne pour la crème de cassis, un magistrat pour le marc de champagne, un voyageur pour le gin, mais aussi cinq figures corpulentes pour les cinq pièces d’un service de pots de crème, ou encore des têtes en forme de poire, pomme ou cerise comme couvercles de pots à confiture... l’imaginaire domine, et plaît.
12 200 € frais compris.
Robj et Robert Émile, Jeune Africaine,
sujet en céramique émaillée noir,
signé, numéroté 478,
modèle créé pour l’Exposition coloniale de 1931,
h. 28 cm.

Drouot-Richelieu, 12 décembre 2008.
Brissonneau et Daguerre SVV. M. Maury.

1 300 € frais compris.
Robj, «cornichon footballeur», moutardier en céramique polychrome et dorée, signé, h. 15 cm.
Drouot-Richelieu, 16 juin 2006. Millon Associés SVV. M. Mostini.
1 920 € frais compris.
Robj France Boulogne, «Mandarin»,
brûle-parfum en céramique polychrome à rehauts d’or, signé, h. 24,5 cm.

Drouot-Richelieu, 15 décembre 2008. Beaussant-Lefèvre SVV. M. Maury.
470 € frais compris.
Robj, veilleuse en porcelaine corail, noire et or au «Japonais», signée, h. 15,5 cm.
Drouot-Richelieu, 16 juin 2008. Massol SVV. M. Rémy.
Estimation : 1 500/2 000 €.
Robj, «Bécassine», lampe de chevet en céramique émaillée gris, signée, numérotée 451, h. 36 cm.
Drouot-Richelieu, 26 juin 2009. Thierry de Maigret SVV. M. Maury.
En 1929, dans le même esprit gai et inventif, Willemetz crée les pots à tabac. Mais Robj, ce sont aussi des figurines, personnages et animaux en céramique, bien dans la mode des craquelés des années 1930, et purement décoratifs. En 1927, afin d’amener des artistes de qualité à travailler pour elle, la compagnie patronne un concours de «bibelots d’art en céramique», dont le jury est composé d’excellents céramistes et sculpteurs, parmi lesquels Pompon, Landowski et Dufrène, mais aussi de références dans le domaine des arts, dont le conservateur du musée Galliera et l’administrateur du Mobilier national. Trois prix en espèces sont attribués, de 5 000, 3 000 et 2 000 francs. L’année suivante, le jury reçoit pas moins de 170 envois ! Les récompenses et la réputation de Robj incitent de nombreux artistes à présenter des modèles. Charles Lemanceau, l’un des plus importants producteurs d’animaux du moment, est primé en 1929 pour une sculpture de femme grandeur nature (1,64 m), qui sera éditée en céramique vert céladon. Parmi les six cents modèles référencés à ce jour, près d’une centaine lui sont attribués. Willemetz n’est pas le seul éditeur à faire appel à ses talents : Lemanceau fournit des modèles pour les maisons Primavéra, la Maîtrise, les Nouvelles Galeries, et pour les manufactures de Mussier, Sainte-Radegonde et Saint-Clément. Beaucoup d’autres artistes seront sélectionnés. Parmi eux, on retient Maurice Prost pour un ours, Francis Thieck et ses pélicans investissant un miroir à main, Margerie avec un danseur espagnol et un orchestre de jazz argentin, mais aussi Jeanne Lavergne et sa tortue brûle-parfum, ou encore Henri Marin, pour une boîte à gâteaux figurant une tête d’enfant et un support d’horloge formé de deux figures. La liste très longue n’est ici pas exhaustive, mais elle donne une idée de la variété et de la richesse des modèles retenus et édités. Ces bibelots, particulièrement recherchés aujourd’hui, l’ont été dès leur création. Le critique Paul Sentenac l’écrit dans un article de décembre 1927, intitulé «La renaissance de l’art français et des industries du luxe». Il y explique que ces petites statuettes décoratives sont demandées par «nos compatriotes raffinés et par les étrangers passionnés de choses de chez nous». La maison Robj s’inscrit dans une démarche totalement commerciale et moderne, et publie un Catalogue des nouveautés artistiques en céramique et verrerie d’art, destiné aux professionnels. Elle emploie des représentants et utilise la publicité, n’hésitant pas à proclamer : «Les bibelots signés Robj sont le complément de tout intérieur élégant, en vente dans toutes les maisons d’élégance.» Ou encore : «Les bibelots Robj sont à nos temps modernes ce qu’étaient au XVIIIe siècle les porcelaines de Saxe et de Sèvres.» Autre idée d’avant-garde, Willemetz demande à l’ensemblier de talent René Herbst d’aménager ses espaces d’exposition. Pour la réalisation de ses créations, Robj n’hésite pas à faire appel aux meilleures manufactures de porcelaine, dont Sèvres, Villeroy & Boch, et à plusieurs maisons de Limoges. La firme installe même son propre atelier de décoration à Boulogne-Billancourt. Les pièces arrivent brutes de Limoges, où elles sont manufacturées en porcelaine blanche ; un four à moufle et quelques décorateurs assurent la mise en couleurs. Un cachet «Robj MB Boulogne» leur est apposé. Cet atelier ne résistera pas à la crise de 1929. Jusqu’au début des années 1930, on voit souvent des modèles de Robj dans les revues d’art décoratif. Tout cela explique son succès, sans oublier une originalité qui fait que, sans regarder la signature, on reconnaît un Robj au premier coup d’œil : une qualité d’exécution toujours parfaite, et un style simple et moderne, totalement en phase avec l’époque. L’industrie de la céramique est alors florissante. Les créateurs français qui travaillent pour elle le font dans le respect du «bel ouvrage» traditionnel des potiers d’autrefois, tout en s’ouvrant aux nouveaux procédés industriels à leur disposition. L’exposition des Arts décoratifs de 1925 est une formidable vitrine, où tous peuvent s’exprimer librement. Elle représente un vivier de jeunes créateurs, de procédés nouveaux et de styles. Surtout, elle met en relief l’idée de pur plaisir que représentent les arts décoratifs, et que Robj a su si bien reprendre à son compte que l’on pourrait croire qu’elle fut inventée à son profit.

Par Anne Doridou-Heim - Gazette N°17 du 2 mai 2009




Robj aux enchères
La cote moyenne d’un Robj se situe entre 1 500 et 2 000 €. Comme pour toute pièce en céramique, l’état est un critère fondamental, et une pièce accidentée, même restaurée, perd une grande partie de sa valeur. Quant aux enchères à quatre chiffres, elles sont rares et récompensent les modèles exceptionnels.



À savoir
Quelques réalisations de Robj sont exposées en permanence au musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt, au département arts et industrie.
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp