La Gazette Drouot
Cote et tendance - La Côte d'Azur et ses peintres
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La Côte d'Azur et ses peintres
Des vues bucoliques aux marines, la peinture niçoise écrit, au XIXe siècle, une page de l’histoire du paysage. Escale sur la Riviera.
Nice et la Riviera offrent à la fin du XVIIIe siècle tous les ingrédients nécessaires à l’éclosion d’une école de peinture de paysage. La douceur de son climat draine sur la Côte d’Azur de nombreux hivernants, une riche clientèle en perspective, venus d’Europe chercher les bienfaits du soleil et de la mer.
Située entre les Alpes et la Méditerranée, Nice se trouve sur le chemin du pèlerinage culturel italien et accueille, à ce titre, de très nombreux artistes. Destination touristique, étape du Grand Tour, le comté de Nice réunit au début du XIXe siècle une communauté de peintres qui trouve là, à portée de main et de palette, sites, lumière et mécénat. Ces paysagistes restent, pour beaucoup, méconnus du grand public. Qui se souvient des Trachel, Roassal ou Fricero ? Seuls quelques noms de rues à Nice évoquent encore leur existence. Leurs œuvres, pourtant, restent jalousement gardées dans les collections locales, privées pour la plupart. Qu’ils soient Niçois de naissance ou d’adoption, ces peintres sont « unis par leur singularité collective » pour reprendre les termes utilisés un siècle plus tard par Restany à propos de la seconde école de Nice. Peut-on d’ailleurs parler d’école ? Car, contrairement à leurs voisins provençaux réunis à Marseille sous la houlette d’un Émile Loubon animateur et professeur, aucune académie ne verra le jour à Nice. La vie artistique n’en sera pas moins riche grâce notamment à l’action des hivernants. Mais alors qu’aucun enseignement, qu’aucune théorie ne guident la production de ces peintres, Nice et la pratique du paysage apparaissent comme leurs dénominateurs communs.
12 600 €.
Eugène Caïs de Pierlas (1843-1900), Vue de Nice, huile sur toile rentoilée sur châssis, 52,3 x 74,6 cm.
Nice, Boisgirard Provence Côte d’Azur,
SVV, M. Rometti, 17/12/2003.
2 595 €.
Emmanuel Costa (1833-1921), Vue du port de Villefranche,
aquarelle signée en bas à gauche, 18,5 x 37 cm.
Nice, Hôtel des ventes Nice Riviera, 4/12/2004.
3 774 €.
Emmanuel Costa (1833-1921), Le Rocher de Monaco, aquarelle signée en bas à droite, 42 x 27,5 cm.
Nice, Hôtel des ventes Nice Riviera, 1/12/2004.
4 150 €.
François Nardi
(1861-1936),
Bord de mer méditerranéen,
toile signée, 54 x 65 cm.

La Rochelle, Lavoissière-Gueilhers,
La Rochelle, SVV, 19/6/2004.
2 000 €.
Edward Lear (1812-1888), Vue de Nice à partir du col
de Villefranche, aquarelle Nice 8 January 1865 3.15 PM. (20), 12,5 x 17,5 cm.
Nice Boisgirard Provence Côte d’Azur,
SVV, M. Rometti, 19/10/2004.
5 000 €.
Jules Defer (1803-1902),
Pêcheurs quai des Pochettes,
huile sur toile, 26 x 42 cm.
Nice, Nice Enchères, 07/2003.
700 €.
Dominique Trachel (1830-1897), Pêcheurs dans une crique, aquarelle, signée et datée 1894 en bas, 28 x 45 cm.
Nice, Nice Enchères, 07/2003.
550 €.
Pierre Comba (1859-1934)
Chasseurs alpins en patrouille aquarelle signée en bas à gauche, 35 x 19 cm.
Grenoble, Blache Auction, 9/12/2002.

À la mode niçoise
Le genre connaît au XIXe siècle un regain d’intérêt. Facile, agréable et charmant, le paysage plaît. La société des hivernants, désireuse de rapporter des souvenirs de son séjour, en est friande et les artistes, de répondre en nombre à cette demande.
Les premiers paysages niçois agrémentent des guides de voyage, des livres à gravures aux illustrations signées d’artistes locaux. Les tableaux de petits et moyens formats apparaissent rapidement comme des souvenirs tout aussi précieux. La ville, son port, ses rues et ses environs forment l’essentiel des sujets. La Promenade des Anglais, tout autant que la Baie des Anges sont des motifs privilégiés. Autres thèmes : les Pochettes et la Tour Bellanda, le Boucin de Samson, ce fameux rocher au pied du château dont la forme évoque le cochonnet du jeu de boules et qui fut rasé au début du XXe siècle, l’abbaye de Saint-Pons, le monastère de Cimiez, l’église et le couvent Saint-Barthélémy...

Crayons, pinceaux et carnets de croquis en main, les artistes se perdent volontiers dans la vallée du Paillon vers Saint-Ponz, sur les routes menant à Gênes ou à Villefranche-sur-Mer, dans les villages du haut-pays. La pratique de l’aquarelle, héritée de la forte colonie anglaise installée à Nice, leur permet de saisir sur le motif les différentes vues du pays. Ces compositions répondent au goût des amateurs et collectionneurs pour une peinture réaliste et fidèle. Pourtant, écrira Augustin Carlone, « il ne s’agit pas de conduire le spectateur devant le sujet même qui a fourni le tableau, mais bien de retracer une impression faite sur l’âme du peintre dans un moment donné ». Chacun à leur manière, Jules Defer, Jacques Guiaud, Mion Raynaud, François Bensa ou encore Vincent Fossat livreront leurs états d’âme sur ce paysage, ses habitants, leurs mœurs et les traditions locales, contribuant à traduire, à travers leurs œuvres, une identité niçoise. Leur production bien que personnelle trahit l’influence italienne, ses couleurs, sa lumière et son goût du « bien fini ». Si, seuls quelques artistes ont fait le voyage, nul n’ignore l’héritage de la grande tradition du paysage d’un Claude Lorrain ou d’un Pannini ni les leçons des vedutistes. On retrouve d’ailleurs dans cette production, ces vues urbaines animées de petites scènes de genre, preuve si l’en est que les artistes niçois surent toujours faire leur propre « salade ».


Le marché
Si les premiers collectionneurs furent les riches hivernants européens, le marché des paysages niçois se trouve aujourd’hui aux mains d’une clientèle essentiellement régionale soucieuse de conserver son patrimoine. L’exemple d’une toile de Louis Garneray montre que ce sentiment n’était pas étranger aux amateurs locaux du XIXe siècle. Ainsi, l’avocat et ami du peintre, Pierre Camous commanda la copie d’une Vue de la ville de Nice initialement réalisée pour la grande duchesse de Bade et la paya déjà mille francs en 1843 !
Actuellement un paysage niçois se négocie entre 1 000 et 1 500 euros en moyenne, signature et site représenté étant deux sources de plus-value. Emmanuel Costa, les frères Trachel, Joseph Fricero et Alexis Mossa occupent dans ce domaine le haut de l’affiche. Leurs œuvres peuvent atteindre les 3 000/4 000 euros, 6 000 euros étant même enregistrés pour une oeuvre d’Alexis Mossa. Parmi les thèmes privilégiés, les vues du vieux Nice, du port et des collines, celles animées de petits personnages à la mode italienne. Ce marché ne faiblit pas ; maître Palloc de la société de ventes Nice Enchères se réjouit d’ailleurs de voir la cote de ces artistes évoluer à la hausse, la demande étant plus forte que l’offre. L’aquarelle, privilégiée pour sa facilité d’utilisation et sa rapidité reste la technique « reine » de ces paysagistes niçois. Leurs prix soutiennent la comparaison avec les huiles sur toile.

Stéphanie Perris-Delmas
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