La Gazette Drouot
Cote et tendance - Les Maîtres du paysage provençal
Retour au sommaire
Les Maîtres du paysage provençal
La peinture provençale profite de l’engouement pour cette région. La Provence est à la mode, ses paysages et ses artistes suivent la tendance. Parcours.
EXISTE-T-IL en peinture un paysage typiquement provençal ? Est-ce que les mots : soleil, mer azur, lumière implacable, couleurs éclatantes, chemins caillouteux suffisent à évoquer la Provence ?
Viennent alors spontanément à l’esprit les toiles de Cézanne, de Braque et de Derain représentant l’Estaque, les paysages de Van Gogh ou de Gauguin dans la campagne arlésienne. Cette nature provençale à la physionomie particulière, a éveillé le génie des maîtres de la peinture moderne, stimulé leurs créations. Leurs toiles apparaissent aujourd’hui comme des sortes d’icônes. Pourtant, ces grands noms de l’avant-garde picturale n’ont pas inventé le paysage provençal. Avant eux, les véritables initiateurs du genre ont été les peintres de l’école de Marseille. Cette image de plein soleil se forge en effet sous le second Empire grâce aux peintres provençaux et aux contacts qu’ils établissent avec les artistes parisiens, «descendus» dans le Midi chercher la lumière méditerranéenne. De leurs travaux, de leurs échanges naîtra le paysage provençal. Cette région, définie par Mistral comme «l’empire du soleil», devient dès lors une succursale de l’Italie, un voyage obligé : un laboratoire de la peinture moderne.
12 500 €
J. Garibaldi : Le Port de Marseille, huile sur toile signée en bas à droite, 65 x 92 cm.
Marseille, 18/10/2003, Tabutin Méditerranée enchères Sarl.
40 825 €
Louis Mathieu Verdilhan : Le Port de Cassis, huile sur toile, signée en bas à gauche, 64 x 80 cm.
Marseille, 8/7/2003, Aubagne enchères, Franck Baille.
40 250 €
Jean-Baptiste Olive : Le Port de Marseille et la cathédrale de la Joliette, huile sur toile signée en bas à gauche, 73 x 110 cm.
Marseille, 8/7/2003, Aubagne enchères, Franck Baille.
7 500 €
Raphaël Ponson : La Calanque de Maldorme animée de personnages, huile sur toile signée en bas à gauche,
38 x 62 cm.
Marseille, 12/4/2003 Marseille Enchères, maître De Dianous.
12 800 €
Pierre Ambrogiani : Marseille, huile sur toile signée en bas au centre,
60 x 73 cm.
Arles, 14/7/2003, Holz-Artles SVV.
20 000 €
Jean-Baptiste Olive : Pêcheurs à Mourrepiane, huile sur toile signée en bas à droite, 38 x 62 cm.
Marseille, 15/2/2003 Marseille Enchères, maître De Dianous.
5 700 €
Émile Loubon, Vue de Mondragon : 38 x 50 cm.
Avignon, 19/7/2003, hôtel des ventes d’Avignon SVV.
2 200 €
J.-C. Quilici : Les Alpilles, huile sur toile signé en bas à gauche, 33 x 42 cm.
Cannes, 11/2/2003, Cannes Enchères SVV.

L’école de Marseille
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les paysages qui représentent la région n’ont aucune spécificité, aucun caractère commun – en dehors des caractères géographiques – qui permettent de reconnaître plus particulièrement un paysage de Provence qu’une vue des Flandres. Tout change en 1845 avec l’arrivée à Marseille du peintre Émile Loubon (1809-1863). Les contacts établis lors de sa formation à Paris avec les maîtres de Barbizon comme Diaz, Flers et Troyon... influencent sa conception du paysage. Sa curiosité à l’égard d’une nature sauvage et vraie, son observation en plein air se substituent à une nature de convention, artificielle et recomposée. De retour au pays, Loubon en fait la base de son enseignement à l’école de Beaux-Arts de la ville. Il devient l’animateur de la vie artistique, instaure un salon régulier qui expose et confronte les toiles de ses élèves et de ses amis parisiens. Corot, Rousseau, Harpignies, Millet et bien d’autres artistes comme les Orientalistes, exposent et peignent à Marseille. « Sous son impulsion va se développer une école de paysagistes avec Loubon pour maître et la Provence comme atelier », précise Jean Roger Soubiran auteur d’un excellent catalogue sur le sujet. L’exaltation de ce terroir a d’ailleurs sa correspondance en littérature. Frédéric Mistral en est le représentant poétique avec son mouvement, le Félibrige, exaltant les oeuvres occitanes. Littérature et peinture oeuvrent de concert pour donner l’image d’une Provence « idéalisée ». Les représentants de cette jeune génération se nomment Marius Engalière (1824-1857), Auguste Auguier (1814-1865), Paul Guigou (1834-1871), Prosper Gresy (1801-1874) ou Adolphe Monticelli (1824-1886).
Tous à leurs manières et selon leur propre sensibilité représentent la région de Martigues à Cassis, de l’intérieur des terres aux façades maritimes. Ils s’inspirent d’un pays aux multiples facettes : les garrigues, les étangs, les accents du climat (la chaleur et le mistral), sa végétation (les cyprès et les oliviers). Devant le spectacle de cette nature, chacun trouve sa voie sans négliger les leçons naturalistes du maître. De cette diversité émerge une image type, celle d’une Provence solaire, dominée par l’omniprésence de la lumière. C’est cette image d’un « pays des tons bleus et des couleurs rares », que vient chercher Van Gogh en 1888 lorsqu’il s’installe en Arles suivi par les peintres de l’avant-garde dont Cézanne.

De l’Estaque à Nice vers la modernité
Cézanne, l’enfant du pays, connaît ces peintres provençaux de la première génération. Il fréquente Guigou et Monticelli au café Guerbois à Paris, siège de la « bande » à Manet. Les peintures de Loubon ne sont pas sans influencer ses débuts ainsi que les oeuvres de Grésy. Tout ce petit monde se connaît, se fréquente, échange des idées faisant ainsi du paysage provençal le terrain de la modernité. À la fin de l’été 1870 pour fuir la guerre, Cézanne s’installe à l’Estaque, bourg situé à l’extrême banlieue de Marseille. Là, « Le soleil est s’y effrayant qu’il me semble que les objets s’enlèvent en silhouette non pas seulement en blanc et noir, mais en bleu, en rouge, en brun, en violet...c’est l’antipode du modelé », écrit-il dans une lettre adressée à Pissarro lors de son séjour de 1876. Ses vues de l’Estaque et de la montagne Sainte-Victoire comptent parmi les plus belles représentations d’une Provence moderne, où les formes se dissolvent dans la couleur. Leur souvenir conduira à l’Estaque la jeune génération expressionniste, Braque et Derain en 1905-1906, puis Dufy en 1908 et Marquet en 1918. Tandis que Van Gogh tente de récréer à Arles une nouvelle école de Midi en compagnie de Gauguin, la deuxième génération de l’école provençale, héritière de Loubon, poursuit son chemin. Alphonse Moutte (1840-1913), Antoine Ponchin, Charles Camoin, Alfred Casile (1848-1909), Jean-Baptiste Olive (1848-1936) ou Louis-Mathieu Verdilhan (1875-1928) comptent parmi ses représentants. Ils ne sont pas les seuls, peintres locaux ou d’adoption tel Felix Ziem (1821-1911)... Un peu partout, à Nîmes, Aix, Toulon ou Avignon se forment alors des écoles locales. Marseille conserve sa place de leader mais doit désormais compter avec Saint-Tropez qui reçoit Bonnard et Signac et avec Nice qui accueille Matisse et Chagall. Durant la seconde moitié du siècle, Pierre Ambrogiani, Jean-Claude Quilici, Yves Brayer, Plagnol consacrent encore à la Provence quelques belles pages de l’histoire de l’art contemporain.

Un marché "ensoleillé"
Le succès de cette "école" tient à la fidélité de sa clientèle, fidélité qui date des origines. Dès le XIXe siècle, la bourgeoisie locale a joué le jeu de la politique artistique menée conjointement par l’école, le salon, la société des amis des arts et la presse locale, quatre « institutions » qui ont favorisé le goût des arts et suscité la vocation des collections. Cette bourgeoisie est devenue le principal mécène de la jeune école. Les choses n’ont guère changé. Aujourd’hui la peinture provençale trouve ses principaux adeptes auprès d’une clientèle régionale et parmi les Provençaux d’adoption. Sur le marché, les oeuvres des pionniers, maîtres de la première génération, sont rares. Leurs toiles figurent plus volontiers sur les cimaises des musées. Au sommet de la hiérarchie du genre, les marines et les vues de port. Viennent ensuite les lieux identifiés. Les prix varient selon les époques et les artistes. Parmi les têtes d’affiche, citons, par exemple, F. Ziem et J.-BOlive dont les vues de port se vendent entre 23 000/45 000 €. Les toiles de Monticelli se situent dans le même éventail de prix, celles d’André Verdilhan entre 15 000/45 000 €, celles de Vincent Courdouan ou de Ponson, entre 7 600/30 000 €, d’Alfred Casile, entre 4 500/145 000 €. L’amateur peut toutefois espérer acquérir dans la production des « petits maîtres », des oeuvres de qualité entre 1 500 et 4 500 €.

Stéphanie Perris-Delmas
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp