La Gazette Drouot
Cote et tendance - Les horloges comtoises
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Quand l’horloge se met à l’heure comtoise
Grâce à un mécanisme simple, cette production régionale a acquis une réputation nationale, une popularité qui aujourd’hui lui fait défaut en ventes publiques.
La tradition attribue à un certain Mayet, forgeron de son état, la naissance de l’industrie horlogère en Franche-Comté. L’histoire débute en 1660. Nous sommes dans les montagnes du Haut-Jura. Le gardien des Capucins de Saint-Claude, désireux de faire réparer l’horloge du couvent, se met en quête d’un artisan habile. L’homme trouve son salut à Morbier en la personne de Mayet. Celui-ci ne pouvant remettre le vieux mécanisme en bois en l’état, le reproduit à l’identique en fer. Le travail traditionnel de ce métal dans la région sera d’ailleurs l’un des atouts de la spécialité. Fort de ce succès, Mayet réalise sur le même principe d’autres mécanismes et écrit ainsi les premières pages de cette industrie franc-comtoise. Ces horloges, d’un modèle fort simple, à heure et à demie, dérivent des anciennes horloges monumentales à poids. Il faudra attendre les débuts du XVIIIe siècle et l’application de l’invention de Christiaan Huyghens en 1657 sur les qualités isochrones du pendule pour voir les comtoises adopter le système pendulaire. Produites de façon quasi industrielle au XIXe siècle, elles sont commercialisées à l’échelle nationale. La comtoise connaît alors un succès foudroyant et supplante toutes les autres horloges, normande en tête. Ses qualités ? Un prix de revient moins élevé et une plus grande autonomie. Le terme en vient même à désigner, abusivement d’ailleurs, toutes les horloges de parquet. Or, la comtoise ne fut pas toujours dotée d’une caisse. Les premiers modèles en sont même dépourvus. Elle fut d’abord cette fameuse "cage de fer", ce mécanisme qui s’exportait seul et se fixait directement au mur ou se posait sur une console.
Comtoise de 1780.
Musée de l’Horlogerie Château Pertusier, 25500 Morteau.
Photo M. Grégory Maugain.
1 700 €
Horloge comtoise milieu du XVIIIe siècle, signée Guietand A Macon, 8 jours « échappement à verge », 37,5 x 21,6 x 14,7 cm.
Coutances, Éric Boureau, 30/10/2004. M. Corpechot.
Comtoise une aiguille, 1700.
Musée de l’Horlogerie Château Pertusier, 25500 Morteau.
Photo M. Grégory Maugain.
Comtoise Louis XV.
Musée de l’Horlogerie
Château Pertusier,
25500 Morteau.
Photo M. Grégory Maugain.
1 400 €
Horloge comtoise signée CDG, cadran annulaire, cloche de "Dubois", mouvement 8 jours, "échappement à verge", 23,4 x 20,4 x 13,8 cm.
Coutances, Éric Boureau 30/10/2004. M. Corpechot.
Comtoise de 1851, cloche et gong.
Musée de l’Horlogerie
Château Pertusier, 25500 Morteau.
Photo M. Grégory Maugain.
Comtoise, pièce unique, H. 400 cm.
Musée de l’Horlogerie
Château Pertusier,
25500 Morteau.
Photo M. Grégory Maugain.
Exemple de mouvement quatre cloches.
Musée de l’Horlogerie Château Pertusier, 25500 Morteau. Photo M. Grégory Maugain.
Évolution du type
On reconnaît les premières comtoises à cette fameuse cage de fer. Son mécanisme présente la caractéristique d’avoir des rouages placés l’un à côté de l’autre entre des piliers de fer. Le balancier est en chaîne d’arpenteur, pour faciliter le transport. Une seule aiguille anime le cadran, simple cercle de laiton ou d’étain appliqué sur une tôle noire qui présente gravées les heures et les minutes. De petits motifs pivotants dissimulent les trous de remontage. Le fronton en laiton découpé dessine déjà des feuillages stylisés, parfois même un petit coq perché au sommet. Vers 1730-1750, des modifications interviennent. Il n’est pas rare désormais de voir, sur des cartouches d’émail où s’inscrivent en noir les chiffres romains, puis sur des cadrans entièrement émaillés, courir deux aiguilles. Le balancier arrière se dote d’une lentille en laiton remplaçant le poids qui, jusque-là, ponctuait le mouvement. C’est d’ailleurs pour protéger l’ensemble du mécanisme que la caisse apparaît. Les gaines habillant alors la comtoise ne sont pas toutes de fabrication locale. Le mécanisme une fois exporté reçoit sur place une caisse provençale, bressane, normande, basque...

Le balancier ne cessera de prendre de l’ampleur. Pour apprécier son mouvement, l’artisan ménage, au cours du temps, sur la façade de la caisse, une petite ouverture appelée oculus. Plus la lentille du balancier prend de l’importance, plus la gaine s’élargit pour adopter, au XIXe siècle, cette forme violonée si caractéristique. Ce siècle marque une étape décisive, celle de l’industrialisation des procédés de fabrication et de l’accroissement de la production. C’est aussi la période de la grande décoration. On ne parle plus de fronton, mais de couronnement tant cette partie supérieure du cadran revêt de l’importance. Estampé, ce dernier adapte ses motifs aux époques et aux modes : soleil, blason, aigle... Après 1850, la technique du surmoulage se généralise. Le cadran se décline en verre peint puis en albâtre. La lentille, tout autant que le couronnement avec lequel elle rivalise, s’enrichit de saynètes, estampées, peintes, parfois même animées. Sur certains modèles, une image d’Épinal ou une chromolithographie fait office de décoration. La véritable caisse franc-comtoise, notamment fabriquée dans le petit village de Bois-d’Amont, est alors en sapin polychromé selon la technique de la peinture gravée de motifs végétaux ou de petites scènes.

Le marché
Des petits prix pour un grand succès ! Après les heures de gloire, l’horloge comtoise semble en effet, sauf pièces rares, boudée par les collectionneurs et subit de plein fouet la désaffection touchant actuellement le mobilier "rustique". L’horloge que l’on trouvait il y a encore vingt ans à 600 euros se négocie aujourd’hui autour de 1 500 euros. Un prix qui semble, selon certains professionnels, revenir à la hausse. D’une manière générale, il faut compter entre 100 et 1 500 euros pour acquérir un modèle classique, entre 1 600 et 4 500 euros pour un modèle plus perfectionné. Le mécanisme seul se négocie entre 100 et 150 euros, en état de 220 à 300 euros. Ces prix varient en fonction de sa conservation, de l’esthétique et des éventuelles "complications", entendez perfectionnements. Car si le mécanisme proprement dit de la comtoise n’évolue guère au cours des deux siècles de production, l’entre-deux-guerres marquant l’arrêt de la fabrication, des complications furent ajoutées par les artisans jurassiens. Certains mouvements sont agrémentés de sonneries multiples, d’un air de musique, des phases de la lune, des quantièmes ou d’un réveil. Ces complications influent sur le prix, autant que la décoration. L’esthétique de la caisse, le décor du cadran et de son fronton ainsi que celui du balancier deviennent des critères déterminants. Lorsque vous achetez une horloge, méfiez-vous des éventuels remontages, certains éléments pouvant avoir été intervertis. Prendre en compte, dans le prix de l’horloge, le coût d’une éventuelle restauration nécessaire au bon fonctionnement. À savoir également : les noms inscrits sur les cadrans ne sont pas ceux des fabricants mais ceux des horlogers revendeurs voire de clients.
Stéphanie Perris-Delmas

Source
La Grande Horloge, la comtoise au XIXe siècle, Alain Caudine, éditions de l’Amateur, 2000.
La Comtoise, la Morbier, la Morez, Francis Maitzner et Jean Moreau, 1979.
Surfer sur le site de l’horloge comtoise ancienne, www.perso.wanadoo.fr/comtoise.caudine

Remerciements à M. Corpechot, expert.
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp