La Gazette Drouot
Cote et tendance - La moderne Creil et Montereau
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La moderne Creil et Montereau
Une faïence fine, un décor imprimé, une imagerie du XIXe, "Creil et Montereau" affiche une cote stable.
L’histoire de la manufacture de Creil et Montereau se confond avec celle de deux rivales ayant choisi de s’unir le 1er avril 1840, par l’entremise du directeur de Creil, Saint-Cricq-Casaux, fidèle à une politique de rapprochement menée dès 1819. Après des années de rivalités, lors des Expositions des produits de l’industrie notamment où les deux établissements sont en compétition, Creil et Montereau forment désormais une seule et même société où tout secret de fabrication n’a plus de raison d’être.
L’aînée, Montereau, voit le jour en 1745 : François Mazois, associé à Jacques Capelle, fondent cette manufacture avec l’objectif de concurrencer les célèbres faïences anglaises dites Queens’ware. En 1775, elle prend le titre de "manufacture de la reine", une appellation qui a donné son nom au célèbre décor peint "herborisé" dit "deuil à la reine", entre 1803 et 1804. La cadette, Creil, est créée en 1774 grâce à l’Anglais Stone et Coquerel. Sous la direction de Saint-Cricq-Casaux, elle se hisse sur le devant de la scène avec, parmi ses adeptes, la duchesse d’Angoulême en personne. Dès 1819, elle obtient une médaille d’argent et, quelques années plus tard, décroche l’or. En 1840, les deux rivales s’unissent pour le meilleur et pour le pire... le meilleur jusqu’en 1895. Sous la raison sociale Lebeuf, Milliet et Cie, la manufacture obtient de nombreux prix, une médaille d’or en 1864 et en 1867 et rien de moins qu’une citation dans L’Éducation sentimentale de Flaubert. Le pire survient avec la suppression de Creil et le transfert de l’ensemble des activités à Montereau, l’appellation Creil et Montereau sera maintenue. L’année 1895 marque aussi le début du déclin avec une production peu renouvelée.
500 € lot 112.
Bassin à décor imprimé d’une scène de pêcheurs chinois avec deux galons en brun sur fond jaune, Creil, XIXe. Diam. 30,5 cm.
Paris Drouot, 18 novembre 2002,
Pescheteau-Badin.
3 000 €.
Partie de service en faïence à décor en camaïeu bleu de bouquets de fleurs et rinceaux dit Flora.
Paris Drouot, 12 juin 2003, Pescheteau-Badin.
6 400 €
Service de table en faïence à décor parisien d’inspiration chinoise comprenant 114 pièces, XIXe siècle, 26 novembre 2003. Chinon, Herbelin.
2 300 €.
Service Flora comprenant 64 pièces, XIXe siècle.
Reims, 21 mars 2004, Dapsens Auction.
1 100 €.
Partie de service en faïence fine modèle Japon comprenant 24 pièces, fin XIXe siècle.
Lyons-la-Forêt, 20 juin 2004, Pillet.
9 000 €.
Suite de 10 assiettes rondes, série philhellénique dont Mavrocordatos prenant un fort défendu par des Turcs, et le Comité grec présidé par M. de Châteaubriand. Marque "LL & T MONTau" en creux, première moitié du XIXe siècle. Diam. 21,5 cm.
Vendôme, 26 janvier 2003, Rouillac.
3 500 €.
Lot 57 Paires de grandes soupières royales à anses feuillagées, décor de frises de feuilles de chêne et médaillons, en Creil 27 x 39,5 x 29 cm.

10 500 €.
Lot 58 Paire de vases Médicis, sujets symboliques et historiques, H. 312, diam. 23,5 cm.

2 400 €.
Lot 60. Corbeille ovale décorée de petits amours, 9,5 x 29 x 20 cm.

1 100 €.
Lot 62. Paire de saladiers carrés à côtes médaillons d’architecture et frise de feuilles de chêne,H. 8 cm, L. 24,5 cm.
Paris Drouot, 7 avril 2004, Libert.
Auguste Delaherche ou la poésie du grès
Figure emblématique de l’art nouveau, Auguste Delaherche est un artiste résolument régional à la réputation nationale. Né à Goincourt en 1857, le céramiste a travaillé près d’Armentières. Marquées par cette tradition potière du Beauvaisis, sa vie, son œuvre sont dédiées à la réhabilitation du grès, son matériau de prédilection. Delaherche débute à la manufacture L’Italienne de Goincourt avant de reprendre à Paris l’atelier du céramiste Chaplet où il travaille jusqu’en 1894. De retour dans sa région natale, il s’installe aux Sables Rouges à Armentières. Fidèle à l’esprit art nouveau, le céramiste puise dans la nature les motifs de son inspiration. Les références aux mondes végétal et floral nourrissent son œuvre. Alchimiste, Delaherche invente des émaux enveloppant ses grès de jeux colorés dont il maîtrise la cuisson. Inconditionnel de la pièce unique, il n’aura de cesse de défendre une tradition artisanale préservée des dérives de l’art industriel. L’ami et directeur de la manufacture de Beauvais, Ajalbert dira de lui, qu’il "a mené le grès à une noblesse incomparable ".
Son oeuvre intéresse aujourd’hui un public de plus en plus large. Delaherche est devenu un céramiste reconnu. Depuis une dizaine d’années, sa cote en ventes publiques connaît une réelle ascension, une reconnaissance portée par une actualité récente. Expositions et monographies redonnent à l’artiste sa place dans l’histoire de la céramique française. Sa production limitée en quantité - Delaherche a essentiellement travaillé seul - est peu représentée en ventes publiques. Le prix de ses créations se situe dans une fourchette de 600 à 7 000 €, selon la taille, la beauté et la qualité de la pièce.
La révolution de l’imprimé
L’activité de la manufacture s’oriente très tôt vers l’imitation des produits anglais, et cela déjà du temps où les deux rivales faisaient cavaliers seuls. Creil et Montereau regardent outre-Manche et rêvent de rivaliser avec ses meilleures manufactures réputées pour leur faïence fine, Wedgwood par exemple. À cet effet, son directeur s’adjoint les compétences de Boudon Saint-Amans. Avec cet éminent spécialiste, parti outre-Manche étudier la fabrication de cette pâte, Creil réalise une faïence fine qui surpasse les réalisations en terre de pipe traditionnelle. En 1834, lors de l’Exposition des produits de l’industrie, le jugement tombe, à Creil "Le style anglais y est bien imité, le goût national s’y trouve aussi et avec une pureté de lignes souvent remarquable". Cette volonté de concurrencer les productions anglaises se traduit également dans l’adoption des décors. Nombreux sont les motifs peints qui puisent leur source en Angleterre comme le célèbre motif herborisé, le Mocha anglais du XVIIIe siècle.
La manufacture Creil et Montereau tire toutefois son succès du décor imprimé apparu au début du XIXe siècle. Ce procédé de décalcomanie permet de reproduire tous sujets et motifs d’une gravure sur une faïence. Avec cette méthode "industrielle", un artisan peut "imprimer 200 à 250 assiettes par jour". La faïencerie saura tirer parti du procédé. Les catalogues de Creil et Montereau se "feuillent" comme un livre d’images consacrées au XIXe siècle. Les séries "imprimées" en noir, en bistre, en rouge ou en polychromie s’inspirent de l’archéologie avec les célèbres monuments de Paris ou d’Italie, racontent l’Histoire, les hauts-faits de l’Antiquité ou de la France, présentent le portrait de personnalités célèbres. Dans ces services se glisse aussi l’actualité : la première girafe arrivée au Jardin des plantes, le retour des cendres de Napoléon, la mythologie, la littérature, les beaux-arts et les scènes de genre... toute l’imagerie d’un XIXe siècle technique, industriel, politique et social. Les collectionneurs de Creil et Montereau sont nombreux à tenter de réunir ces séries voire les thèmes rattachés. D’autres s’intéressent plus volontiers aux pièces blanches, d’autres encore aux polychromes, les plus prisées.

La préférence de la couleur
S’il demeure un peu plus confidentiel que le célèbre Moustiers, le marché de Creil et Montereau possède ses amateurs, toujours prêts à saisir la pièce rare et de qualité. Au rang de celles-ci se placent invariablement les services à fond de couleur ou polychromes, le must du Creil et Montereau. Les prix relativement stables et stationnaires – pas de véritable grand écart – s’animent dès que la couleur apparaît. Fond jaune, fond vert ne passent généralement pas inaperçus. Les connaisseurs fixent leur choix sur des pièces de qualité et non tachées, la faïence fine présente ce défaut. Ils recherchent les séries complètes, la douzaine d’assiettes par exemple. Rappelons aussi que cette production concerne pour l’essentiel une vaisselle d’usage et son lot de malfaçons... Vigilance donc sur la qualité.
Actuellement, la vogue privilégie les séries sur l’histoire grecque, les campagnes napoléoniennes, celles de la vie quotidienne de 1820-1830, celles des modistes... Côté prix, rappelons que l’assiette se vend entre 40 et 1 000 euros, les pièces de forme : vase, légumier, pot à eau cotent généralement plus cher, le service complet oscille entre 3 000 et 6 000 euros.
Stéphanie Perris-Delmas
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp