La Gazette Drouot
Cote et tendance - Les costumes bretons
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Les costumes bretons
Les premiers costumes bretons dateraient du XIVe siècle… mais bien qu’ils aient été très populaires jusqu’aux années 1950, ils sont aujourd’hui en déshérence.

On pourrait dire qu’il existe en Bretagne autant de styles de costumes que de clochers. Les pièces les plus anciennes ayant quasiment disparu, les amateurs doivent se contenter d’archives et de descriptions littéraires et artistiques pour en retrouver trace.

À chaque pays son costume
Parmi les sources fiables d’information, les historiens peuvent compter sur les inventaires après décès ainsi que sur les archives criminelles locales. Ces dernières décrivent victimes, suspects et témoins dans les moindres détails, tel ce valet «vêtu d’une chemise, culotte et guêtres de toile grise (…), portant des bas de Saint-Maixent (…), sabots aux pieds» qui a comparu devant la cour royale de Concarneau en 1787.

7 400 € frais compris.
Pourpoint appelé «porpant», drap de laine noir,
brodé en fils de laine rouge, Noyal-Pontivy, 1811.

Douarnenez, Hôtel de France, 4 juillet 2010.
Adjug’art SVV. M. Le Berre.

Autres mines inépuisables : les vitraux, la sculpture religieuse et les manuscrits enluminés, réalisés pour la cour des ducs de Bretagne. Passer en revue l’ensemble des groupes vestimentaires de cette vaste région serait un exercice des plus complexes. Arrêtons-nous sur le plus connu, celui des Bigoudènes et leurs si déroutantes tours brodées, dont la hauteur a doublé pendant la Première Guerre mondiale. De très nombreuses photographies de famille envoyées aux pères, fils ou frères combattant dans les tranchées garnissent encore les archives des familles de Lorient, Brest ou Douarnenez. La première grande vedette du cru est sans conteste le personnage de Bécassine, témoignage de la vision condescendante que la bourgeoisie parisienne avait des Bretons durant la première moitié du XXe siècle. Elle fut un vecteur de diffusion hors pair, contribuant à ancrer dans l’imaginaire collectif – et pas seulement celui des enfants – une représentation du costume porté au quotidien dans la région. Pour en revenir aux costumes proprement dits, impossible de ne pas s’intéresser à ces magnifiques boutons réalisés dans les matériaux les plus divers – laiton, argent, étain, résidu de charbon, nacre, porcelaine, verre, os, bois… – et utilisés sans modération. Curieusement, ils n’enrichirent qu’assez tard la parure féminine, à l’extrême fin du XIXe siècle. Et les célèbres sabots bretons ? En bois, en cuir ou en paille, il s’agissait d’un luxe réservé à quelques-uns, alors que l’immense majorité des ruraux marchait pieds nus, a fortiori à la belle saison. Les dimanches et jours de fête, les plus aisés n’hésitaient pas à enfiler de fines chaussures de cuir à boucles de métal et, pour le bien-être chez soi, de confortables chaussons. Dernière spécificité locale, l’emblématique art de la broderie, que l’explosion des cercles celtiques a remis sur le devant de la scène au XXe siècle. C’est dans la communauté des Bretons de Paris que fut fondé, en 1910, le premier de ces cénacles, imité rapidement à Nantes, Perros-Guirec ou Saint-Brieuc. Il en existe aujourd’hui entre deux et trois cents à travers le monde !

318 € frais compris.
Hippolyte Lalaisse, lithographie (d’une série) pour la Galerie armoricaine, 1845-1846, 39,7 x 28,5 cm.
Paris, Drouot-Richelieu, 6 mai 2010. Piasa SVV. Mme Bonafous-Murat.
  1 180 € frais compris.
René Quillivic (1879-1969) – HB Quimper, Jeune Bigouden debout, sujet en faïence émaillée, h. 52 cm.
Rennes, Hôtel des ventes, 9 août 2008. Rennes Enchères SVV. Mme Bonafous-Murat.
  2 280 € frais compris.
Mathurin Méheut (1882-1958), Bretonne filant, dessin au fusain et rehauts d’aquarelle sur papier, 29 x 22 cm.
Paris, Hôtel-Dassault, 11 décembre 2006. Artcurial - Briest - Le Fur - Poulain - F. Tajan SVV.
         

Ils ont des chapeaux ronds…
À l’origine, la coiffure paysanne bretonne était un bonnet en laine de couleur bleue, rouge, verte ou blanche. La révolte des populations locales en 1675 n’est-elle d’ailleurs pas appelée celle des «bonnets rouges» ?
Il fut porté pendant tout le XIXe siècle avec assiduité, étant alors la coiffure de tous les marins européens. Mais, concurrencés sur la côte par les bérets, et dans les intérieurs par les chapeaux, les bonnets tirèrent peu à peu leur révérence. Les chapeaux, presque exclusivement noirs, étaient parfois ornés de boucles, ornement lié à la généralisation des rubans de satin et de velours, bien pratique pour caler la pipe. Si le Breton se contente de saluer son semblable par une légère inclination, il ôte immédiatement son couvre-chef devant tout ce qui peut représenter Dieu, que ce soit à l’église, lors d’une procession ou en passant près d’un calvaire ! Bien évidemment, plus personne aujourd’hui n’en porte au quotidien. Une casquette ou un béret font suffisamment l’affaire. Côté coiffes, les femmes n’étaient pas en reste. Collerettes, cols de lingerie, pans rabattus, débordements sur les épaules…, les variantes se comptent par dizaines pour ne pas dire centaines. On les regroupe en quatre grandes familles : la coiffe de cérémonie, celle de coton pour l’été, celle de velours pour l’hiver et celle de deuil, presque toujours en mousseline. Pour en revenir à notre pays bigouden, en 2008, on comptait moins de vingt femmes restées fidèles à la tenue de leur jeunesse. Elles étaient pourtant près de 700 en 1992 et plus de 3 000 en 1976 ! Une petite dizaine la sortent encore à certaines occasions et trois ou quatre la portent encore tous les jours. Mais rien n’est éternel… La preuve : le 15 août dernier, Berthe Jaouen – rendue célèbre via une publicité pour plats cuisinés –, qui ne sortait jamais sans sa coiffe de Bigoudène, est décédée à l’âge de 90 ans. Comme le criait haut et fort une ancienne du pays de Plouharnel : «Avec ma coiffe, je suis quelqu’une, sans ma coiffe je suis quelconque» ! Quid des enfants, nous direz-vous ? Eh bien, pendant les premiers mois, les nouveaux-nés étaient enveloppés dans un lange composé de bandelettes enserrant les jambes pour les tenir bien droites, comme dans de nombreuses autres régions. C’est le jour de son baptême que l’enfant portait son premier costume, et c’était ensuite vers l’âge de 6 ou 7 ans que les garçons endossaient le costume d’homme et les filles celui de leur mère. Petit Breton deviendra grand… !

Par Dimitri Joannidès - La Gazette Drouot N°02 du 14 janvier 2011
Le chiffre : 80
C’est le nombre de groupes vestimentaires que l’on dénombrait en Bretagne vers 1900.
À lire
Costumes de Bretagne, par Yann Guesdon, éditions Palantines, Quimper, 2009.
Trois questions à Michelle Soria-Friant, antiquaire à Quimper

Qui achète des coiffes aujourd’hui ?
Beaucoup de nostalgiques qui, à l’occasion d’un retour au pays, cherchent la coiffe de la grand-mère ou le gilet de l’aïeul. Il y a également des collectionneurs locaux, souvent des personnes d’un certain âge, comme ce professeur qui possède plus d’un millier de coiffes ! Ajoutons enfin, bien évidemment, tous les cercles celtiques, en Bretagne comme ailleurs.

Combien cela coûte-t-il ?
J’ai des listes d’attente de près de six ans, pour la pomponne de Pont-Croix par exemple. Des petits malins utilisent des tissus et draps anciens pour confectionner des modèles introuvables, mais les spécialistes ne s’y trompent pas ! Pour vous donner un ordre de prix, un petit bonnet de jeune fille du Pays pagan, datant des années 1830, se vendra tout de même entre 500 et 700 €.

Trouve-t-on des pièces intéressantes aux enchères ?
Bien sûr, comme ce superbe pourpoint (page de gauche) acheté, dit-on, par Paco Rabanne pour le musée de Rennes. Personnellement, je me fournis quasi exclusivement chez les particuliers… mais on n’est jamais à l’abri d’une belle opportunité en salle des ventes !
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp