La Gazette Drouot
Cote et tendance - Coffrets et boîtes à bijoux
Coffrets et boîtes à bijoux
Les bijoux délicats requièrent beaucoup de soins et d’attention…
Ça tombe bien : les coffres, boîtes et écrins sont là pour ça !

Impossible de se lasser de ces petits objets tant leurs formes, dimensions et factures peuvent être multiples. Et c’est tant mieux, car il serait tout de même malvenu de ranger ces merveilles dans un simple carton à chaussures.
L’origine de ces boîtes pourrait remonter au temps des prêtres de l’Égypte antique qui les auraient conçues afin d’y renfermer les objets sacrés de leur culte. Certains y voient également un objet marqué de l’empreinte des templiers et des francs-maçons, qui utilisaient des coffrets similaires pour dérober aux regards indiscrets leurs cordons, croix, petite truelle, compas et maillet.

À la châsse au trésor
En tout état de cause, l’existence des coffres à bijoux est clairement attestée dès la Rome antique où, dans les familles, la femme était dépositaire du cachet particulier de la maison qui servait à sceller les écrins renfermant les objets précieux. En effet, comme le rappelle un Manuel des dames de 1833, les pierres précieuses et les bijoux en or doivent être parfaitement à l’abri de l’humidité et préservés de tout contact crasseux ou graisseux : «il convient de les frotter de temps en temps avec un morceau de peau blanche ou de peau chamoisée» puis de les placer dans la «boîte aux bijoux». Y jeter un regard, c’est pénétrer une intimité parfois constituée de tout un monde de curiosités ! À l’origine d’ailleurs, ces écrins – mot dérivé du latin crines qui signifie «cheveux» – servaient à conserver des souvenirs travaillés en cheveux. Avec le temps, son usage s’élargit pour y recevoir l’ensemble des ornements qui servent à la parure de la tête : peigne, collier ou boucles d’oreilles. Que de chemin parcouru quand on sait que, de nos jours, il paraîtrait incomplet sans bracelet, chaînes, bagues et autres anneaux. En Occident, l’un des ancêtres les plus connus du coffre à bijoux n’est autre que la châsse, cercueil de pierre, de bois ou de métal dans lequel sont enfermés les restes d’un mort. Est-il vraiment nécessaire d’en dissocier doctement les usages, sacrés ou profanes, quand on sait à quel point émeraudes, diamants, rubis et autres saphirs font aujourd’hui encore l’objet d’une fascination qui frise parfois la dévotion  ?

1 850 € frais compris.
Coffret à bijoux en bronze doré et ciselé, époque Napoléon III, style XVIIIe, 17,5 x 22 x 11,5 cm.
Vendôme Hôtel des Ventes, 2 mars 2009. Rouillac SVV.

Des boîtes qui ont du coffre
Loin de nous la pensée que l’amateur d’objets précieux est nécessairement cupide  ; comme celle, inconvenante, qui ferait de l’artisan méticuleux un obsessionnel ! Seulement, des exemples éloquents nous montrent à quel point le coffre est parfois le meilleur allié des plus insatiables. Ainsi, Grégoire de Tours, cité par Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire raisonné du mobilier de 1868, rapporte-t-il que l’empereur Justinien étant mort à Constantinople, Justin, qui lui succéda, était d’une avarice bien connue : «telle était sa cupidité qu’il fit construire des coffres de fer pour y entasser des milliers de pièces d’or». Autre anecdote du même auteur : Frédégonde, voulant se venger de sa fille Rigonthe qui l’insultait sans cesse, la pousse à prendre ce que bon lui semble parmi ses bijoux. Entrant dans le réduit abritant le trésor, elle ouvre un coffre rempli de colliers et de bijoux. Pendant que, le bras enfoncé dans le coffre, Rigonthe en tire les effets, sa mère prend le couvercle et le lui rabat sur la tête, puis pèse dessus avec tant de force que le devant du coffre lui presse le cou au point que les yeux étaient prêts de lui sortir de la tête. Cette description, narrée avec la légendaire retenue des auteurs médiévaux, nous montre que les coffres de l’époque ressemblaient encore à de gros meubles, de la taille d’une huche ou d’un bahut. Au tournant des XIIIe et XIVe siècles, leur taille diminue, permettant au passage de les revêtir de matières précieuses, qu’il s’agisse de tissus, d’émaux ou de pierres. Visuellement, toutes ces boîtes perdirent leur aspect de coffre et de cercueil pour endosser la forme de petits monuments évoquant des chapelles ou des églises. À cette époque également, la fonte vient se marier au métal repoussé, embouti ou estompé.

Vers la démocratisation
Apanage des puissants et de l’aristocratie pendant des siècles, la démocratisation des boîtes à bijoux ne s’amorce qu’au XIXe siècle à la faveur de l’essor des manufactures et de la production à la chaîne. Car enfin, même moins fortunées que les princes, les familles ont toutes, pour l’essentiel, des bijoux légués par leurs aïeux et qu’il faut bien conserver quelque part. Du simple bois recouvert de velours, très prisé des Américains, au bronze doré et marqueterie laquée fortement appréciée sous Napoléon III, en passant par des versions ésotériques en zinc et écailles de tortue, que de voies auront été explorées ! Sous le second Empire par exemple, on s’ingénie à diminuer la taille de ces écrins, tout en les décorant de façon extravagante à base de feuilles d’or et d’ivoire. En comparaison, les coffres à bijoux américains de la fin du XIXe siècle semblent plus austères, et les boîtes anglaises de l’époque victorienne volontiers plus volumineuses et capitonnées à l’intérieur. Ornées de motifs à bords droits géométriques, elles peuvent ne comporter parfois, en guise de grain de folie, qu’un simple cartouche gravé. Autre époque reine pour les boîtes à bijoux, à l’aube de l’émancipation de la femme, l’art nouveau et ses formes «coups de fouet». En régule, cuivre, or, voire argent, les coffres de ces années sont souvent agrémentés de soie ou de satin. Parce que la facture en est délicate et les matières fragiles, les écrins dans leur état originel sont quasiment introuvables. Il y en eut pourtant beaucoup, après leur vive popularisation au tournant des années 1900. Mais dès les mois qui suivirent l’année 1918, elles disparurent purement et simplement des catalogues des fabricants pour laisser place aux boîtes en simili ivoire et Celluloïd, la fameuse ivoirine que les Anglais appellent le «French Ivory». De la limitation des matériaux et des changements de codes entraînés par la lame de fond art déco résulta une simplification à l’extrême de l’ornementation. Manque d’imagination ou paranoïa généralisée, les boîtes à bijoux du XXe siècle semblent avoir été supplantées par les coffres des banques. Inutile de prendre tant de précaution, car les plus hardis vous diront qu’aucun secret n’est inviolable...

Par Dimitri Joannidès - La Gazette Drouot N°21 du 27 mai 2011
319 € frais compris.
Petite boîte à bijoux Hermès en maroquin rouge et décor peint et laqué, 9 x 9 cm.
Paris, Hôtel Marcel Dassault, 9 novembre 2010. Artcurial Briest - Poulain - F. Tajan SVV.
867 € frais compris.
Coffret à tiroirs en bois naturel d’inspiration orientale, XIXe siècle, 22 x 38 x 28 cm.
Paris, Drouot-Richelieu, 9 février 2011. Kapandji-Morhange SVV, cabinet Quere-Blaise Associés.
3 090 € frais compris.
Petit coffre en placage de noyer avec intérieur en palissandre, Hollande, XVIIIe siècle, 27 x 40,5 x 28,5 cm.
Paris, Drouot-Richelieu, 30 mars 2011. Beaussant - Lefèvre SVV, MM. Bacot et de Lencquesaing.
LE CHIFFRE 80
C’est le nombre de gainiers, ébénistes et serruriers que comptait la maison Gellée Frères, l’une des spécialistes de la boîte à bijoux à Paris au XIXe siècle.
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp