La Gazette Drouot
Cote et tendance - Les automates, jouets de luxe pour grands enfants
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Les automates, jouets de luxe pour grands enfants
À partir du milieu du XIXe siècle et pendant près de cent ans, d’habiles artisans parisiens ont donné vie aux automates de salon, savant mariage de technique et d’art.
Adaptée avec virtuosité à de précieux automates réalisés à l’unité au XVIIIe siècle, la subtile mécanique horlogère voit ses pièces miniaturisées et simplifiées grâce aux machines de la révolution industrielle. Le gain de temps et la baisse du coût de revient permettent de fabriquer des automates en plus grand nombre et de les diffuser largement auprès d’une nouvelle clientèle, la bourgeoisie. Une véritable industrie de l’automate s’installe dans le Marais, à Paris, au milieu du siècle. Ses réalisations, présentées lors des expositions universelles, acquièrent rapidement une réputation d’excellence en Europe et jusqu’en Amérique et en Orient, où elles sont exportées. Aujourd’hui encore, les collectionneurs étrangers les recherchent assidûment. Alexandre Nicolas Théroude, qui se lance dans la production d’automates dès 1845, en est alors le meilleur représentant. Soucieux d’améliorer le naturel de ses créations, il perfectionne les mécanismes qu’il cache dans le corps de ses personnages. Il crée pas moins de quatre-vingt-quinze modèles, sans compter leurs variantes. Ébranlée par la guerre de 1870 – responsable de la faillite de Théroude –, la fabrication des automates reprend peu à peu, et les années 1880 voient la consécration de maisons comme Phalibois, Vichy, Lambert, Roullet Decamps ou encore Renou. Derrière ces grands noms se cachent une multitude d’artisans horlogers, mécaniciens, modeleurs, habilleurs... Ils seront cinquante à travailler pour Roullet Decamps en 1893. Le succès immédiat de leurs automates, dont le prestige est parfois renforcé par les prix obtenus lors des expositions universelles, suscite l’émulation. La concurrence est rude. Pour séduire, il est nécessaire de proposer des modèles inédits, rapidement renouvelés. L’expert François Theimer indique qu’«il peut y avoir pléthore de modèles, mais le collectionneur ne cherchera que la pièce qui lui manque, pour avoir un éventail représentatif».
6 568 € frais compris.
Roullet Decamps, La Coquette au miroir, vers 1890, 58 x 24 x 28 cm.
Deauville, 18 novembre 2007. Artcurial Deauville SVV. M. Roudillon.
287 500 € frais compris.
Gustave Vichy, Le Dresseur d’oiseau ou L’Oiseleur jouant de la flûte, 1895-1900, h. 110 cm.
Chartres, 20 mai 2007. Galerie de Chartres SVV.
62 396 € frais compris.
Léopold Lambert, La Sérénade, dix mouvements, h. 50 cm.
Paris, Hôtel Ambassador, 22 septembre 2007. Lombrail - Teucquam SVV. M. Theimer.
46 408 € frais compris.
Gustave Vichy, Sonnette de l’entracte, no 512 du catalogue, 1900, h. 75 cm.
Paris, Drouot-Richelieu, 29 novembre 2007. Kahn - Dumousset SVV. M. Cazenave.
Certains automates, réalisés en nombre restreint, souvent exceptionnels, sont d’autant plus recherchés. Créée par Decamps et inspirée par Nala Damajenti, qui se produit aux Folies-Bergère, la Charmeuse de serpent aurait ainsi été fabriquée en une vingtaine d’exemplaires seulement, en raison de sa complexité et de son coût la destinant à une clientèle haut de gamme. Présentée lors de la vente de la collection Jacques Courtois en octobre 1977 – le premier grand ensemble d’automates vendu aux enchères en France –, elle était adjugée 17 684 € (valeur actualisée), un record pour l’époque (Galerie de Chartres). Témoins de leur temps, les fabricants s’emparent des thèmes en vogue. Certains sujets deviennent des classiques, largement diffusés par les catalogues de plusieurs maisons. L’extravagance du monde du spectacle est déclinée sous la forme de clowns, de magiciens et d’acrobates, tandis que l’exotisme s’exprime avec les fumeurs de narguilé, les personnages orientaux ou les musiciens noirs. Tradition ancienne toujours aussi prisée, les singes parodiant les humains sont mis en scène de façon cocasse. La vie quotidienne fournit des sujets charmants dont les activités varient à l’infini. Certains personnages sont produits en séries de cent à deux cents pièces, comme les petites filles fabriquées par Lambert. S’il est possible de trouver les automates les plus simples autour de 3 000 €, il faut compter un minimum de 10 000 € pour une belle pièce. L’état de conservation et les habits d’origine jouent un rôle important, mais Me Lelièvre précise que le prix «est fonction du coup de coeur, de la rareté, de la technique. Les automates les plus prisés sont ceux qui sont les plus spectaculaires». Le record actuel de 333 494 € pour une Danseuse cambodgienne de Decamps était obtenu le 3 décembre 2006 grâce à un coup de foudre ayant provoqué une bataille d’enchères (Galerie de Chartes). L’électricité va bouleverser ce petit monde et créer de nouveaux débouchés pour les plus grandes maisons. Bob et sa grenouille savante, un automate aux mouvements particulièrement complexes, témoigne de cette transition. Sa version mécanique, réalisée vers 1900 par Vichy-Triboulet, obtenait 131 807 € (valeur actualisée) le 26 mars 1994 à la Villette, lors du congrès mondial de collectionneurs de poupées. Sa variante électrique, fabriquée vers 1925 par le repreneur de Vichy-Triboulet, la société Jouet et Automate français, était disputée jusqu’à 98 216 € le 29 mars dernier (Lombrail - Teucquam). Encore un record. Après la Première Guerre mondiale, de telles pièces peinent à trouver leur clientèle. Tandis que les automates mécaniques disparaissent progressivement, précipitant la fin de plusieurs fabricants, l’électricité détourne les personnages animés des salons privés pour les présenter dans les vitrines des magasins. Un défi que la maison Decamps relèvera avec succès. Si les automates ne sont plus visibles que dans des collections privées ou les musées, notre désir de démiurge n’a pas disparu pour autant. L’informatique est la nouvelle alliée pour imiter la vie. Peut-être collectionnerons-nous un jour les chiens robots ou encore les robots joueurs de foot ?
Par Sophie Reyssat - Gazette N°27 du 11 juillet 2008

À LIRE -
L’Âge d’or des automates, 1848-1914, Christian Bailly, Ars Mundi, 1991.
Les Automates de Monte-Carlo, André Soriano, textes par Antoine Battaïni et Annette Bordeau, Éditions André Sauret, Monte-Carlo, 1985.

À VOIR
L’exceptionnelle collection de Mme de Galéa est présentée au musée national des Automates et Poupées d’autrefois de Monaco, 17, avenue Princesse-Grace, tél. : 00 3 77 98 98 91 26.

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