La Gazette Drouot
Cote et tendance - Arts d'Extrême-Orient
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Arts d’Extrême-Orient
Prenez un marché d’initiés, des professionnels et pas plus d’une douzaine de grands collectionneurs au monde... avec beaucoup d’argent !
Il faut le dire : le genre qui s’exprimait, il y a dix ans, en milliers de francs, parle maintenant en millions d’euros. N’ayant rien à envier au patrimoine occidental sur le plan de ses trésors et/ou de ses volumes de production, l’art d’Extrême-Orient fascine depuis toujours, au prisme de nombreuses spécialités : bronze, céramique, porcelaine, laque, sculpture, peinture, bijoux, textile, mobilier, estampe, calligraphie. Le tout, réparti en quatre familles : l’archéologie, le religieux, le classique et le décoratif. Vaste programme culturel, pluriethnique, voire universel. «Englobant aussi bien le monde sinisé que le monde indianisé, ainsi qu’une partie de l’Islam installée aux confins de l’Asie, l’art d’Extrême-Orient constitue un gigantesque ensemble d’objets, datant du néolithique jusqu’à nos jours», témoigne Antoine Barrère, marchand à Paris. Autour de la Chine, on retrouve les arts du Tibet, du Japon et de la Corée.
5,6 M€ frais compris.
Sceau de l’empereur Kangxi (1662-1722), cachet impérial en stéatite beige.
Toulouse, 14 juin 2008. Chassaing-Marambat SVV. M. Ansas.
Divinité féminine, art khmer, style de Preah Ko, Cambodge, temple de Bakong, vers 881, grès, MA 12174. Musée Guimet, don de S.-E. et Mme John Gunther Dean, 2006.
675 960 € frais compris.
Boîte en laque rouge sur fond jaune à décor sculpté, h. 9 cm, diam. 19,5 cm, époque Ming, période Yongle, début XVe siècle.
Paris, Drouot-Richelieu, 5 décembre 2007. Piasa SVV. M. Portier.
1,62 M€ frais compris.
Aiguière hexagonale en laque noir et rouge sur corps en étain à décor gravé, h. 28 cm, époque Ming, période Jianjing, moitié XVIe siècle.
Paris, Drouot-Richelieu, 5 décembre 2007. Piasa SVV. M. Portier.
Autour de l’Inde, les courants hindouistes, mais aussi des formes musulmanes tout le long de l’Asie du Sud-Est, jusqu’en Indonésie et le centre de Java. En résumé, ces pays et régions limitrophes se répondent dans l’histoire créative, pour avoir largement produit sous l’influence de ces deux pôles, au niveau artistique, politique, économique. Les sociétés indienne et chinoise ayant les premières, rappelons-le, maîtrisé l’agriculture, inventé l’imprimerie, célébré les grandes religions et les grandes sagesses d’Asie. On ajoutera à ces deux géants démographiques – et leurs voisins plus ou moins proches – deux zones charnières, enclaves d’exception et plus particulièrement riches en art bouddhique : d’un côté, les Royaumes himalayens, avec une fonderie d’art népalaise réputée comme techniquement sans pareil ; de l’autre, l’Asie du Sud-Est –Cambodge, Thaïlande, Birmanie et Laos – y compris la civilisation khmère, à l’origine d’une statuaire parmi les plus somptueuses du continent jaune. Bref, pas étonnant que l’amateur d’arts asiatiques soit le plus souvent un connaisseur érudit, éclairé, averti. En résumé, le contraire d’un amateur : un professionnel. Surtout à ces niveaux très sélectifs en pièces d’exception. «Par tradition, le marché de l’art d’Extrême-Orient ne fonctionne qu’avec des intermédiaires commissionnés par leurs clients, selon les pratiques du courtage en majorité anglo-saxon», témoigne l’expert Thierry Portier. Un milieu d’autant plus spécifique qu’il est fort discret, voire jalousement gardé. Ici peut-être plus qu’ailleurs, confiance rime avec confidentialité. «Par exemple, des sculptures khmères en mains privées, les plus importantes ne sont qu’au nombre d’une centaine dans le monde, pour une dizaine d’acheteurs potentiels : quelques institutions, une poignée de collectionneurs américains ou européens.» Car il n’y a guère que l’Occident à convoiter ces œuvres, estimées en Asie comme de l’art funéraire. Les acheteurs asiatiques se disputent davantage leurs souvenirs d’époques régnantes, nationales de préférence, à coups de millions sur l’autel des enchères planétaires –Paris, Londres, New York, mais surtout Hongkong, et désormais Pékin. «À chaque fois qu’un pays d’Asie connaît un boom financier, le marché subit automatiquement une flambée des prix», reprend l’expert Pierre Ansas. Phénomène d’entraînement spéculatif ou non, de rapatriement au mieux, les conséquences parfois exponentielles peuvent prendre une décennie. Ce fut le cas avec le Japon dans les années 1970, la Thaïlande dans les années 1990, et la Chine aujourd’hui, qui absorbe plus de la moitié des échanges, contre 5 % il y a seulement cinq ans. Et ce n’est qu’un début ! Alors, quelles sont ces époques qui culminent nettement au-dessus des autres ? «Eh bien, les périodes d’apogée coïncident le plus souvent avec la naissance d’une culture, d’une dynastie, dès lors qu’une volonté politique et une vitalité religieuse s’affichent avec des moyens importants mis au service d’un savoir-faire de premier ordre, souligne Antoine Barrère. En Inde, on pense à la sculpture Gupta, empreinte d’influences gréco-bouddhiques, un grand moment de perfection. Citons aussi l’époque moghole du XVIIe siècle pour ses armes et le travail du jade. En Chine, les débuts de l’âge du bronze par exemple, sous les Shang (1600-1027). Mais encore ceux de la porcelaine, son invention sous les Yuan (1279-1368), et la maîtrise des émaux polychromes Qing au XVIIIe pour ce qui est de la vaisselle impériale.»


3 questions à Jacques Giès nouveau président du musée Guimet

Ayant succédé l’été dernier à Jean-François Jarrige, c’est aujourd’hui Jacques Giès qui préside à Paris aux destinées du musée national des Arts asiatiques. Docteur en histoire de l’art et diplômé en langue et civilisation chinoises, il y commença sa carrière en tant que conservateur en 1980, avant d’être nommé conservateur général en 1993, toujours responsable de la section Chine et Asie centrale.

Croyez-vous que, à l’image de l’art contemporain chinois, l’art d’Extrême-Orient provoque en Asie la même convoitise auprès de ses nouvelles fortunes ?
Disons qu’il existe deux régimes en matière d’arts asiatiques : l’art historique, notamment représenté dans nos collections parmi les plus importantes au monde – 45 000 pièces pour 5 000 objets exposés ; et la partie moderne, plus contemporaine, de la création dite émergeante. Avec des artistes stars des ventes internationales, dont les œuvres partent à des prix infiniment plus élevés que des peintures de l’époque Ming, par exemple. C’est une singularité qu’on ne peut ignorer, et des musées comme Guimet doivent s’ouvrir à ces phénomènes actuels.

Est-ce en fonction de cette réalité nouvelle que vous souhaitez développer votre fonds dans l’avenir ?
À sa création, le musée Guimet reflétait le goût d’un homme, celui de son temps. Maintenant, un musée qui ne fait plus d’acquisitions s’arrête de penser, au risque de transmettre un savoir erroné. Quant à nos collections, elles démarrent aux âges les plus profonds de l’archéologie en Asie, qui peut remonter jusqu’à -7 000 ans. Sans oublier les séquences classiques, qui ont peu évolué depuis le XIXe siècle. D’où la nécessité d’élire des œuvres non vues, sur ces moments clés d’une histoire qui reste à écrire. Alors même que l’Extrême-Orient devient le centre de gravité d’un monde globalisé.

Nonobstant les niveaux un peu fous d’un marché plutôt élitiste !
Parlez-vous des records irréels atteints par la céramique chinoise des dynasties Song et Yuan (XIe-XIIIe siècles), récemment adjugée pour 10, 20, 30 M$, mais qui coûtait, il y a près de vingt ans, dix à cent fois moins cher ? Pour autant, nos départements continuent de s’enrichir. Nous acquérons ainsi des pièces provenant de Chine, du Japon, de l’Inde, de la Corée, en vue d’illustrer au mieux ces cultures, sur leurs périodes les plus exemplaires.

Par Renaud Siegmann - Gazette N°03 du 23 janvier 2009






À voir
«Trésors de Dunhuang - Mille ans d’art bouddhique (Ve-XVe siècles)», au musée Guimet, jusqu’au 28 février, 6, place d’Iéna, 75116 Paris, www.guimet.fr
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